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Samedi 22 septembre 2007
Voici un an et demi, j'avais cru bon de mettre en ligne un article concernant la déplétion pétrolière (le b-a-ba pour comprendre est disponible sur cet excellent site) et les risques qu'elle induit pour l'avenir de l'humanité. Les dernières données financières commençaient à dater un peu (avril 2006) ; et je dois dire que les six derniers mois de cette année 2006 semblaient donner raison à mes détracteurs. Le cours du baril, sans doute surévalué à l'époque ($74), s'était réajusté, jusqu'à redescendre à $50 (janvier 2007). Niveau encore préoccupant, mais pas dramatique.

Pourtant, je ne m'étais pas fait l'écho de cette décrue ; non par timidité, mais parce que j'étais absolument convaincu de son caractère conjoncturel et éphémère. De fait, le cours a une nouvelle fois franchi la barre des $74 au mois d'août 2007, dans la plus totale indifférence et dans la plus grande discrétion médiatique, alors qu'en 2005, à l'époque de Katrina, le dépassement des $70 avait fait la une des quotidiens nationaux (souvenez-vous...). Le Président de la République, qui pourtant avait déclaré devant le G7 en octobre 2004 que "la question de la cherté du pétrole est devant nous", aurait pu trouver là une bonne occasion de briller, en signalant qu'il avait vu juste ; ç'eût été d'ailleurs un geste conforme à sa personnalité ; mais il a gardé sur ce dossier un silence assourdissant.

Ce silence paraît d'autant plus grave que, mardi 18 septembre, un nouveau plafond historique a été crevé, le baril cotant à $81 (et vendredi 21 septembre, on a même enregistré le cours de $84) ; or le seuil de $80 s'assimile, pour beaucoup d'analystes et d'experts, comme l'élément déclencheur d'une tourmente financière mondiale. Il faut se rappeler que ce niveau de tarifs avait, au début des années 80, provoqué en Europe une crise économique majeure de dix années. Alors quand, comme M. Sarkozy, on a fait toute sa campagne sur le thème de la croissance, condition sine qua non de la revalorisation du pouvoir d'achat, on a évidemment intérêt à se taire lorsque le baril cote à $80. Soyons lucides : le pouvoir d'achat ne sera pas revalorisé, faute de croissance ; M. Sarkozy le savait-il depuis 2004 ? Il l'avait prophétisé, en tous cas. S'est-il laissé abuser par la relative accalmie de 2006 ? L'indulgence commande de le supposer ; et cela d'autant plus que les électeurs eux-mêmes ne pouvaient prendre au sérieux les promesses de croissance : les inquiétudes au sujet du pétrole sont publiques depuis 2003, au moins.

Le fait est, cependant, que fort peu de citoyens veulent les entendre ; et de toute évidence, un Président nouvellement élu ne saurait s'exprimer sur cette question sans déchoir aussitôt de l'état de grâce ; car la crise de l'énergie à laquelle nous faisons face depuis maintenant cinq ans impliquerait, si l'on voulait s'y attaquer, des réformes prodigieusement impopulaires.

Pourquoi ? Les produits pétroliers (pétrole et gaz) représentent 49% de l'énergie consommée en France (l'électricité, seulement 41%). Le pétrole proprement dit (34% de la consommation française d'énergie) connaît deux usages principaux : comme matière première dans l'industrie pétrochimique (16% du total, production de plastiques et de cosmétiques, pour l'essentiel) et comme source d'énergie (84% du total). Plus précisément, dans cette catégorie, s'avèrent particulièrement gourmands le chauffage résidentiel et tertiaire (22%) et surtout les transports aériens, maritimes et routiers (65%). De son côté, le gaz (15% de la consommation française d'énergie) sert essentiellement à chauffer des locaux résidentiels et industriels (93%). (Chiffres de 2005. Source : Science et décision.)

Ces chiffres révèlent que les transports recourant aux dérivés pétroliers représentent 18,5% de la consommation totale d'énergie française, tandis que le chauffage résidentiel et industriel au pétrole ou au gaz atteint, lui, 20,2% de cette même consommation. Réduire la facture énergétique de la France (et de tous les pays industrialisés), et se déprendre de notre dépendance au pétrole, requiert donc prioritairement deux gestes simples : baisser la chaudière et laisser la bagnole au garage.

Peuplade de râleurs culs-gelés voiturolâtres (la ville de Paris mène campagne pour réduire la température des appartements de 20 à 19°, tout en accueillant un million et demi de visiteurs au Mondial de l'automobile en 2006), les Français ne manqueraient pas de réagir avec animosité si le gouvernement annonçait cet automne des mesures sérieuses contre la consommation de produits pétroliers. On préfère délibérer sur le paquet fiscal, suivre le rugby, et me taxer de "pessimisme".

Allez, bonne chance, les somnambules. Ça commence. C'est commencé. C'est irrémédiable.

J.

PS : Dans un éclair de lucidité (ou de naïveté touchante), Elodie Boulch écrivait hier, dans le Figaro : "
Enfin, à quelques semaines de l’hiver, le marché juge insuffisant l’approvisionnement du marché (sic) en or noir, et ce malgré la décision de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (Opep) d’augmenter sa production journalière de 500 000 barils. L’Opep pensait stopper la flambée des prix en agissant ainsi, mais c’est l’effet inverse qui s’est produit. Les marchés ont jugé trop tardive et trop faible la hausse de production." Bé oui, Elodie. 500.000 barils, ça paraît un chiffre énorme ; mais si tu avais révisé tes fiches, tu te serais avisée que le monde engloutit chaque jour 82 millions de barils. Le "coup de pouce" accordé par l'Opep ne représente que 0,6% de ce chiffre. Autant dire, peanuts. Cela dit, le fait que l'annonce d'un acroissement de l'offre, si léger soit-il, entraîne une hausse du prix (prédiction effectuée depuis 2003 par l'ASPO et révélatrice d'une crise majeure) devrait quand même faire réfléchir. Quoi  ? La loi de l'offre et de la demande ne s'appliquerait-elle pas mécaniquement ? Les fondements "scientifiques" sur lesquels s'appuient le MEDEF et le FMI ne seraient-ils qu'une idéologie de pacotille ?
par Jérôme Coudurier-Abaléa publié dans : Editos
 
 
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