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Jeudi 31 janvier 2008

Le rasoir d’Occam

« Il ne faut pas multiplier inutilement les étants. »

La science moderne utilise cette citation comme principe fondamental de sa démarche : si une hypothèse n’apporte rien à un édifice théorique, on la supprime. Ce même principe permet d’élaborer un critère de choix entre deux théories concurrentes qui rendent compte des mêmes phénomènes : on choisira le système le plus simple. Par exemple, les systèmes de Ptolémée et de Copernic ont la même précision mais le système de Copernic est plus économique.


Russell (logicien britannique) vers 1910 constate dans ses Problèmes de philosophie qu’il est impossible de prouver ou de démontrer logiquement que Berkeley a tort car il affirme que le réel n’est pas distinct de sa pensée subjective et de sa perception. Pour lui prouver que son réel existe indépendamment de lui, il est impossible de lui démontrer son erreur, mais la conception que Berkeley se fait du monde est beaucoup plus compliqué et beaucoup moins vraisemblable que la théorie classique. Russell écarte Berkeley au nom du recours au rasoir d’Occam : la démarche n’es pas légitime ; mais il pose un postulat lourd, l’univers est simple.


2) l’approche d’Emmanuel Kant

La démarche scientifique moderne procède en quatre temps : après l’observation d’un phénomène, le scientifique élabore une hypothèse pour expliquer le phénomène, puis compare cette hypothèse avec les résultats des expériences en laboratoire destinées à la valider ou à l’écarter. Mais ce faisant, la science s’en tient à décrire les apparences sans pour autant être capable d’affirmer avec certitude que ces apparences sont conformes au réel. L’écart entre apparence et réel reste inconnu. On peut aussi bien prétendre la totale identité de l’un et de l’autre que, avec Berkeley, aller jusqu’à nier l’existence du réel.

Comment aller au-delà de la physique ? Comment atteindre une certitude sur le réel ? Comment connaître la vérité ? Ces questions n’en font qu’une : la question métaphysique (au-delà de la physique).

Chacun semble capable de répondre comme il lui plaît à la question métaphysique. En 1780, Kant part de ce constat d’échec, mais aussitôt après, il s’avise que toute la philosophie jusqu’à lui tente de régler ce problème en partant de « l’objet réel ». Or cet objet, on ne le perçoit pas et on ne le connaît pas. Il est donc évident que tenter de tracer une image mentale d’un objet non perçu et non connu appartient au domaine de l’imaginaire. Kant propose donc de partir dans une démarche inverse : quelles sont les capacités de la pensée ? Ce nouveau point de départ semble beaucoup plus solide, car la pensée se perçoit et se connaît elle-même (cf. cogito de Descartes). Kant opère un « changement d’origine » qu’il appelle sa « révolution copernicienne ».


Suite du cours sur la vérité
par Jérôme Coudurier-Abaléa publié dans : Terminales STL PLPI 2007-2008
 
 
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