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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

La vérité - 1


Introduction


L'extrême violence du problème de la vérité tel qu'il se pose à nous s'exprime de manière très ramassée. D'une part, dans une perspective cartésienne, reconnaissons tout de suite notre profond intérêt pour les connaissances "utiles à la conduite de la vie" : il est clair que nous mobilisons des savoirs (réels ou supposés), lors de chaque choix (dont certains engagent notre vie entière), pour les effectuer en "connaissance" de cause (photographie (c) Michael Buckingham). Lorsque, par exemple, vous consultez les ressources du Centre d'Orientation pour décider de votre carrière future, vous présupposez que les informations consultables sont grosso modo exactes. Autrement dit : que ces sources disent "vrai". C'est pourquoi, parlant de la vérité, Husserl déclare qu'elle constitue une "conviction fondamentale" : nous avons tendance à accorder crédit à ce que l'on nous dit (mieux que personne, le menteur le sait, et en joue).

D'autre part, dans une perspective contemporaine (et c'est pourquoi le problème de la vérité, qu'on avait pu croire "résolu", pour l'essentiel, au milieu du XIXè siècle, possède en fait une actualité renouvelée), reconnaissons aussi que l'image que la physique moderne brosse du réel contredit presque tout ce que le sens commun nous inciterait à croire, dans un mouvement radicalement anticartésien, où "l'évidence" n'est pas du tout un critère de vérité, mais au contraire aurait tendance à nous inspirer méfiance et suspicion. Jamais notre "bon sens" n'aurait suspecté que le réel pût s'avérer aussi étrange, aussi bizarre, avec un temps relatif et une matière à la fois corpusculaire et ondulatoire (voir aussi ce cours).

Cartésiens en pratique, anticartésiens en théorie : ce grand écart est-il tenable ?

Rappelons que la vérité peut se définir d'ores et déjà d'au moins trois manières, dont une seulement peut nous paraître acceptable. Primo, "vrai" peut se confondre avec "réel" - ou, dans un sens à peine élargi, avec "conforme à la définition". Par exemple, un "vrai" Van Gogh est une toile peinte de la main même de Vincent Van Gogh (ci-contre, l'Arlésienne au Metropolitan Museum de New York, à l'authenticité discutée) ; dans une même sens, une "vraie" catastrophe désigne un événement qui remplit entièrement la définition de la catastrophe. Une telle confusion, cependant, entre vrai et réel, ne paraît pas admissible puisqu'elle oublie justement la question centrale : comment savoir si ce que nous appelons "réel" est vraiment réel ? Si nous pouvons nous tromper, ou nous illusionner, sur le réel, alors il s'ensuit que réel et vrai ne se recouvrent pas.

Secundo, "vrai" au sens cartésien (mais aussi spinoziste) se confond avec l'évidence indubitable. Le vrai possède cette propriété caractéristique de résister au doute : si "les plus extravagantes suppositions des sceptiques" ne parviennent pas à ébranler notre intime conviction, alors cette conviction s'avère assez "ferme et assurée" pour servir de vérité. Pourtant, cette position risque de confondre certitude et vérité : et chacun de nous sait bien, par expérience, que le fanatisme pousse à soutenir des assertions scientifiquement fausses : ainsi la profonde idiotie du créationnisme contemporain, qui vient encore d'atteindre un sommet avec la publication de "l'Atlas de la création" (mais ce scandale, d'initiative fondamentaliste musulmane, ne doit pas faire oublier le lobbying intense mené depuis les années 1920 par les tenants catholiques et protestants du "dessein intelligent").

Pour corriger ces deux premières définitions, nous pouvons, tertio, recourir à la définition canonique de la vérité, élaborée par Isaac Israëli dans son livre des Définitions (VIIIè siècle), et reprise par Thomas d'Aquin : adequatio rei et intellectus (adéquation de la chose avec l'idée). Cette troisième définition, cependant, pose une réelle difficulté car elle présuppose pour nous la faculté d'accéder directement au réel "brut". Sinon, sans un tel accès à la chose même, comment donc pourrions-nous comparer notre "idée" de la chose avec "cette" chose ?

Depuis le début du cours de philosophie, nous savons que cet accès au réel "brut" (à "l'objet physique" dans la terminologie de Russell, au "noumène" dans le vocabulaire de Kant) s'avère en fait problématique pour nous, consciences localisées dans le temps et dans l'espace, donc fatalement liées à un point de vue subjectif, par nature insuffisant et inexact ; mais aussi curieux que cela puisse paraître, cette difficulté n'a été découverte qu'assez récemment. Pendant de nombreux siècles, il n'a fait aucun doute que l'individu humain possédait un lien direct et immédiat avec le réel. Commençons, alors, par examiner ces conceptions.


Suite du cours : l'idéalisme dogmatique.
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