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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

Mea culpa à propos de Jane Austen

C'est La Rochette qui va être contente !

Je suis allé voir hier le film Pride & Prejudice, adapté du roman de Jane Austen (vous en trouverez ici le texte intégral en version originale), avec Keira Knightley, Mathew McFayden et Judie Dench, et réalisé par Joe Wright.

Mesurer mon propos à ce sujet va m'être très difficile : je déborde d'enthousiasme. A vrai dire, je n'avais pas exulté à ce point devant un jeu d'acteurs depuis Le Goût des autres. Tous les interprètes travaillent au plus haut niveau de nuances avec un naturel aussi désarmant que drôle, le plus souvent, ou tragique, par instants : Charles Bingley, désireux de bien faire jusqu'à la maladresse, Collins, pédant et compassé, Mrs Bennet, empressée et popu, Lady Catherine de Bourgh, hautaine jusqu'à la vulgarité, Charlotte, lucide jusqu'au pathétique lorsqu'elle assume son choix, Jane, très gracieuse mais très banale, Caroline Bingley, venimeuse mais profondément éprise de Darcy, Darcy lui-même et Lizzie, enfin, aussi fiers et intelligents l'un que l'autre - ils livrent une scène de querelle d'une violence et d'un érotisme bouleversants.

Ils sont servis par des décors et des costumes sublimés par une mise en scène irréprochable - les scènes de bal en particulier sont un pur régal, mais le traitement des extérieurs touche également au génie. Wright parvient même à des tours de force singuliers, comme tourner à travers des vitres déformantes ou face à un miroir. Quant au traitement de la lumière, ceux qui me connaissent vont s'ahurir, eh bien, Stanley Kubrick a trouvé, je ne dis pas un maître, mais un rival sérieux. Depuis Eyes Wide Shut, et peut-être même depuis Barry Lindon, je n'avais pas vu une telle maîtrise de l'ombre et de la couleur, des éblouissements qui ne soient pas agressifs, des veloutés qui ne soient pas doucereux, des ténèbres qui ne soient pas étouffantes. Je salue aussi la virtuosité de Jean-Yves Thibaudet, qui porte avec bonheur certains moments du film.

Disons le mot : c'est parfait ; et à ce sujet, je voudrais gourmander le critique de Studio qui fait la fine bouche en évoquant l'exercice de style. J'avoue ne pas comprendre cette critique. Comment peut-on en vouloir à un artiste de chercher la plus abrupte excellence ? Comment peut-on lui reprocher de l'atteindre ? Avec l'âge, ce snobisme de l'irrévérence, cette préférence affichée pour l'approximation, me paraissent révélateurs d'une petitesse d'âme qui m'énerve de plus en plus.

Pour finir, ce film n'aurait évidemment jamais pu briller sans des dialogues tirés au cordeau. Derrière les répliques feutrées, on perçoit le fiel ou l'envie, expression d'une volonté presque implacable, qui elle-même voile des faiblesses et des inquiétudes touchantes - le tout perçu avec une acuité si piquante, une science de la langue si pointue et un sens de la comédie si juste et si acide que, presque à chaque phrase, on a envie de rire à gorge déployée, d'un rire particulièrement jaune.

J'avoue : Jane Austen est une très grande romancière et je ne suis pas sûr qu'aucun Français atteigne son génie (peut-être Proust, Flaubert ou Giono, quand même, mais déjà Maupassant ahane derrière). J'ai médit de Jane Austen : mea culpa (mieux vaut tard que jamais !).

Merci infiniment à ma femme adorée qui a insisté pour que je l'accompagne (fan de Jane Austen, elle a déployé dans ma conversion une patience et un entrain dont je lui suis éternellement reconnaissant).
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L
Quel éloge ! Je peine à croire qu'il est bel et bien de vous ! :D Qui l'eût cru ? Jane Austen est effectivement une grande dame de la littérature (bien supérieure à Flaubert !), et je crois que seuls les anglais peuvent écrire de cette façon si espiègle et mesurée... A quand un poème en hommage à la non moins géniale Duras ? puisque vous voilà dans une phase de conversion !
A bon entendeur
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M
Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage!!
Et au service de Jane Austen la patience porte toujours ses fruits.

J'ajoute en bonne prof d'anglais, :0040: qu'il est indispensable de lire le livre, pas pour apprécier le film, les néophytes se délecteront peut-être d'autant mieux qu'ils ne connaissent ni les personnages ni le dénouement, mais tout simplement parce que bon.
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