Qu'on ne s'y trompe pas : le présent article n'a aucunement vocation à désigner mes élèves "préférés", ni à réveiller la vieille querelle entre scientifiques et littéraires. Il s'agit seulement de pointer quelques faits objectifs.
On sait la difficulté de la dissertation, exercice-roi de l'enseignement français, et d'autant plus délicat à réussir que les différentes disciplines présentent des exigences divergentes, parfois contraires (entre enseignants de français, de littérature, d'histoire et de philosophie, nous sommes à peu près d'accord pour dire que la dissertation comporte une introduction, un développement et une conclusion, mais au-delà, les plus vives discussions nous divisent). Un élève d'habitude brillant peut échouer dans une dissertation ; tandis qu'un élève médiocre n'a quasi aucun espoir de dépasser une note passable (même si l'on a parfois de bonnes surprises). Ces accidents ont bien moins de chance de se produire dans les disciplines où il s'agit de trouver la solution d'un exercice. Les candidats de L passent quatre épreuves de dissertation : quelle autre section en demande autant ?
Parmi ces disciplines, la philosophie, dont j'ai tendance à penser (souffrez, amis collègues, que je place mon enseignement au premier rang !) qu'il s'agit, de très loin, de la matière la plus exigeante. Elle requiert en effet une rigueur de pensée au moins égale à celle des sciences exactes, un sens du réel et de l'observation au moins égal à celui des sciences expérimentales, une sensibilité aux nuances conceptuelles d'une maniaque précision, une culture générale portant sur tous les domaines, un réel talent rhétorique, une expression française irréprochable. En L, cette discipline est affectée du plus gros coefficient (7), ce qui donne à cette épreuve une importance écrasante.
Ce plus gros coefficient affecte de surcroît une discipline que les candidats n'étudient que pendant neuf mois à raison de huit heures par semaine. Comparons : en S, le plus gros coefficient affecte les mathématiques (7, ou 9 quand le candidat choisit une spécialité maths), discipline étudiée depuis le CP (soit pendant douze ans), au moins cinq heures par semaine. Pour pallier cette injustice, certains établissements bien inspirés créèrent une heure d'introduction à la philosophie pour les élèves de Première (raison pour laquelle ce blog s'adresse aussi à eux). Hélas, non seulement cette initiative n'a rien d'obligatoire, mais encore elle paraît très insuffisante. Au Portugal, à titre de comparaison, la philosophie est enseignée à raison de quatre heures hebdomadaires, toutes sections confondues, dès l'entrée au lycée. On y aborde dès la Seconde des questions du type : "Les valeurs et l'action".
Comment contester, au vu de ces éléments, la singulière difficulté de la section L ?
Comment nier qu'il s'agit de la filière d'excellence stricto sensu ?
Parents d'élèves qui croyez encore que la section S est la "voie royale", décillez-vous !
On sait la difficulté de la dissertation, exercice-roi de l'enseignement français, et d'autant plus délicat à réussir que les différentes disciplines présentent des exigences divergentes, parfois contraires (entre enseignants de français, de littérature, d'histoire et de philosophie, nous sommes à peu près d'accord pour dire que la dissertation comporte une introduction, un développement et une conclusion, mais au-delà, les plus vives discussions nous divisent). Un élève d'habitude brillant peut échouer dans une dissertation ; tandis qu'un élève médiocre n'a quasi aucun espoir de dépasser une note passable (même si l'on a parfois de bonnes surprises). Ces accidents ont bien moins de chance de se produire dans les disciplines où il s'agit de trouver la solution d'un exercice. Les candidats de L passent quatre épreuves de dissertation : quelle autre section en demande autant ?
Parmi ces disciplines, la philosophie, dont j'ai tendance à penser (souffrez, amis collègues, que je place mon enseignement au premier rang !) qu'il s'agit, de très loin, de la matière la plus exigeante. Elle requiert en effet une rigueur de pensée au moins égale à celle des sciences exactes, un sens du réel et de l'observation au moins égal à celui des sciences expérimentales, une sensibilité aux nuances conceptuelles d'une maniaque précision, une culture générale portant sur tous les domaines, un réel talent rhétorique, une expression française irréprochable. En L, cette discipline est affectée du plus gros coefficient (7), ce qui donne à cette épreuve une importance écrasante.
Ce plus gros coefficient affecte de surcroît une discipline que les candidats n'étudient que pendant neuf mois à raison de huit heures par semaine. Comparons : en S, le plus gros coefficient affecte les mathématiques (7, ou 9 quand le candidat choisit une spécialité maths), discipline étudiée depuis le CP (soit pendant douze ans), au moins cinq heures par semaine. Pour pallier cette injustice, certains établissements bien inspirés créèrent une heure d'introduction à la philosophie pour les élèves de Première (raison pour laquelle ce blog s'adresse aussi à eux). Hélas, non seulement cette initiative n'a rien d'obligatoire, mais encore elle paraît très insuffisante. Au Portugal, à titre de comparaison, la philosophie est enseignée à raison de quatre heures hebdomadaires, toutes sections confondues, dès l'entrée au lycée. On y aborde dès la Seconde des questions du type : "Les valeurs et l'action".
Comment contester, au vu de ces éléments, la singulière difficulté de la section L ?
Comment nier qu'il s'agit de la filière d'excellence stricto sensu ?
Parents d'élèves qui croyez encore que la section S est la "voie royale", décillez-vous !
Commentaires
Tout à fait d'accord. Mais il y aussi ,dans certains lycées ,des professeurs qui aiment tellement la section L qu'ils font tout leur possible pour que certains n'y aillent pas ( ne voulant que les meilleurs). L'amour de littérature , on l'a ou on ne l'a pas...
commentaire n° : 2
posté par :
savadjan
(site web)
le: 15/03/2006 17:02:12
Peut-on leur reprocher de mettre leur plus haute estime où elle doit être ?
(Blague à part, il existe effectivement une sorte d'effet "accélérateur" de bizutage quand on aime passionnément sa discipline - on devient beaucoup plus exigeant avec les élèves - mais encore une fois, un prof, même excellent, reste humain, n's'pas ?)
(Blague à part, il existe effectivement une sorte d'effet "accélérateur" de bizutage quand on aime passionnément sa discipline - on devient beaucoup plus exigeant avec les élèves - mais encore une fois, un prof, même excellent, reste humain, n's'pas ?)
réponse de : JérÃÂŽme Coudurier-Abaléa (site web)
le: 15/03/2006 17:51:42
Profs : une engeance à part ?
commentaire n° : 3
posté par :
Solene
le: 17/03/2006 17:37:02
une petite TL qui vous remercie pour ces messages, ca fait toujours plaisir et c'est encourageant de savoir que tout le monde ne voit pas cette section comme une fillière "poubelle" car,il existe de vrai littéraires et, je confirme, ce n'est vraiment pas evident toutes ces dissertes!! connaitre un grand nombre de notions philosophiques sur le bout des doigts en 1an, maitriser des chapitres d'histoires et des cartes de géographies à ne plus s'y retrouver,connaitre 4 livres sur le bout des doigts, ne parlons même pas du niveau exigé en langues(surtout en anglais)
...avec tout cela...prions pour ne pas etre au rattrapage!! à moins de deux mois du bac j'en sais quelque chose!!
et je tiens à rajouter à propos des S(sans vouloir critiquer...juste dégonfler quelques chevilles)...ils ont un coef 7 (voire 9) en maths mais ce n'est pas leur seul gros coef...ils peuvent donc se rattraper...dûr pour nous de tout miser sur une matière!! =) ce sera tout...en tout cas merci !
...avec tout cela...prions pour ne pas etre au rattrapage!! à moins de deux mois du bac j'en sais quelque chose!!
et je tiens à rajouter à propos des S(sans vouloir critiquer...juste dégonfler quelques chevilles)...ils ont un coef 7 (voire 9) en maths mais ce n'est pas leur seul gros coef...ils peuvent donc se rattraper...dûr pour nous de tout miser sur une matière!! =) ce sera tout...en tout cas merci !
commentaire n° : 4
posté par :
shaomee
le: 16/04/2008 18:57:59
Sans oublier que la section S a quatres heures de philosphie par semaine et que c'est coefficient 3 ou 4 pour le bac...
commentaire n° : 5
posté par :
Michael
le: 20/05/2008 18:58:38
Petite remarque d'une non-philosophe et mère de surcroit : on demande un niveau maximum en langue dans la filiere philo. Mais l'eleve qui veut (et peut) se destiner exclusivement à la linguistique est "condamné" a opter pour le bac philo.
Or, on peut aimer les langues (et etre "costaud" dans ces matières) tout en n'ayant aucun atome crochu avec la philo. En outre, le coeff 7 pénalise lourdement les apprentis-linguistes.
C'est ce qui s'est produit avec ma fille qui, sans la philo, aurait eu un bac avec mention (et quelle mention !) et qui a pourtant été juste sauvée du rattrapage par l'anglais et, surtout, l'italien appris toute seule via le CNED !
Or, on peut aimer les langues (et etre "costaud" dans ces matières) tout en n'ayant aucun atome crochu avec la philo. En outre, le coeff 7 pénalise lourdement les apprentis-linguistes.
C'est ce qui s'est produit avec ma fille qui, sans la philo, aurait eu un bac avec mention (et quelle mention !) et qui a pourtant été juste sauvée du rattrapage par l'anglais et, surtout, l'italien appris toute seule via le CNED !
commentaire n° : 6
posté par :
Nimbus
le: 20/05/2008 19:27:57
@ michael:
en S on a 3 heures de philo par semaine et pour le bac elle est coeff 4
en S on a 3 heures de philo par semaine et pour le bac elle est coeff 4
commentaire n° : 7
posté par :
ricou
le: 25/05/2008 19:26:47
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Autrement dit pour les littéraires la section L est une occasion de développer des aptitudes d'analyse et une culture livresque qui devait appâter plus d'une école. Seulement dans beaucoup d'établissement la section L reste la section "poubelle" n'ayons pas peur des mots ou l'ont case des élèves sans aucune sensibilité littéraire mais dont les parents auraient trop honte s'il devaient annoncer dans les dîners que leurs enfants sont en STG ou STT.
Vivement le temps ou les élèves littéraires ne devront pas trimer pour décroché péniblement un mention AB en S ou ES (voir pas de mention du tout), alors qu'il pourrait décrocher des mentions Bien ou très Bien s'ils avaient été correctement orientés.