V. Justice et philia
1) Critique des Modernes
À ce stade : peut-on accepter la pensée de Machiavel ? Plusieurs graves difficultés.
D’abord, le rejet de la science politique. Aucun savoir ne permet de prendre la bonne décision dans une affaire comme Coventry. Aristote en a eu la géniale intuition, on en a aujourd’hui la preuve historique : il n’est pas possible de réduire le critère de la justice au critère de l’efficacité.
Ensuite, en posant la loi comme garantie de la République et des droits individuels, on oublie quelque chose. La loi est peut-être un palliatif à la sagesse, une sorte de sagesse pour les imbéciles, mais elle présente des limites infranchissables qui n’en font pas un bon garant. La loi peut vous ordonner d’être raisonnables, pas d’être intelligents. Elle peut contraindre à vivre en concorde, mais pas à s’aimer les uns les autres.
Encore, la difficulté de la justice politique devient économique ; mais le problème a été identifié depuis longtemps par Aristote. La difficulté réside dans la richesse par rapport aux droits (les pauvres, au nom de l’égalité politique, veulent l’égalité financière ; les riches, au nom de la différence financière, veulent la distinction politique). Ils ont des conceptions de la justice différentes.
Enfin, la loi ne peut se passer d’un juge, d’une personne qui l’applique.
On ne se débarrasse pas si facilement du concept de justice. Comme Aristote a senti toutes ces difficultés, n’est-ce pas vers lui qu’il convient de se tourner ?
Suite du cours : la vertu de justice.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
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