3) La philia
La justice = le bonheur (renvoi extrait 5). Mais ce bonheur s’exprime en termes d’amitié avec soi-même. Il y a quelque chose de plus dans la justice. Vertu éminemment sociale. La justice est aux humains ce que l’égalité est aux nombres. Elle rapproche, identifie, nivèle les différences, contrairement aux vices dans l’excès et le défaut, qui créent de la discorde. La justice est la condition de la concorde sociale. Idem Platon.
La justice, condition de la philia et philia, complément indispensable de la justice (cf. Arendt).
Extrait 6 : philia (l’amitié), complément indispensable de la justice
L’amitié est en effet une certaine vertu, ou ne va pas sans la vertu ; de plus, elle est ce qu’il y a de plus nécessaire pour vivre. Car sans amis personne ne choisirait de vivre, eût-il tous les autres biens (et de fait les gens riches, et ceux qui possèdent autorité et pouvoir semblent avoir plus que quiconque besoin d’amis : à quoi servirait une pareille prospérité, une fois ôtée la possibilité de répandre des bienfaits, laquelle se manifeste principalement, et de la façon la plus digne d’éloge, à l’égard des amis ? Ou encore, comment cette prospérité serait-elle gardée ou conservée sans amis ? car plus elle est grande, plus elle est exposée au risque) […]. L’amitié semble aussi constituer le lien des cités, et les législateurs paraissent y attacher un plus grand prix qu’à la justice même [car] quand les hommes sont amis il n’y a plus besoin de justice, tandis que s’ils se contentent d’être justes ils ont en outre besoin d’amitié […].
1155a, l. 1-27
La parfaite amitié : pas le copinage, la communauté de vues, ou même l’intérêt bien compris, mais le désir mutuel de rechercher ce qui est noble pour les amis et avantage supplémentaire : la vertu devient alors une disposition stable.
Extrait 7 : la philia vertueuse
Mais la parfaite amitié est celle des hommes vertueux et qui sont semblables en vertu : car ces amis-là se souhaitent pareillement du bien les uns aux autres en tant qu’ils sont bons, et ils sont bons par eux-mêmes. Mais ceux qui souhaitent du bien à leurs amis pour l’amour de ces derniers sont des amis par excellence (puisqu’ils se comportent ainsi l’un envers l’autre en raison de la nature propre de chacun d’eux, et non par accident [comme dans l’intérêt bien compris ou dans le plaisir de partager les mêmes goûts]) ; aussi leur amitié persiste-t-elle aussi longtemps qu’ils sont eux-mêmes bons, et la vertu est une disposition stable. […] Il est naturel que les amitiés de cette espèce soient rares, car de tels hommes sont en petit nombre. En outre, elles exigent comme condition supplémentaire du temps et des habitudes communes car, selon le proverbe, il n’est pas possible de se connaître l’un l’autre avant d’avoir consommé ensemble la mesure de sel […] ; si la volonté de contracter une amitié est prompte, l’amitié ne l’est pas.
1156, l. 7-33
Le cœur de l’amitié consiste donc à rechercher ensemble ce qui est noble. La sagesse. L’amitié pour la sagesse. La philosophie.
Suite du cours : la philosophie.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
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Notions











