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Samedi 21 janvier 2006
III. L’être et le néant : la liberté terrifiante.

1) L’Être et le néant.

Accomplissant un choix, l’individu fait l’expérience de sa liberté et de sa volonté, mais il découvre aussi l’angoisse du néant, cette sorte de monstre gris qui dévore irrémédiablement le choix rejeté. Je suis allé au cinéma plutôt qu’à la piscine… N’ai-je pas raté, ce faisant, une expérience merveilleuse ? Cette angoisse forme le complément inévitable de l’existence humaine, ce que Sartre résume dans le titre de son livre l’Être et le néant. Il précise que, dans ces matières, nous n’avons pas le choix, justement : « nous sommes condamnés à être libres ».

Non seulement nous ignorons l’avenir, mais nous ignorons aussi une bonne partie de ce qui aurait pu être. Cette étonnante situation qui combine liberté, panique et regret, se résume d’un seul concept dans les religions monothéistes : libre-arbitre.

Ballottés dans le flux d’un temps que nous ne contrôlons pas, mais en même temps auteurs d’actes emportant des conséquences dont nous sommes responsables, il paraît très raisonnable de se tourner vers le secours d’un Dieu certes omniscient et tout-puissant, mais surtout miséricordieux. Imparfaits de par notre statut même de créature, nous sommes sujets à l’erreur, aux mauvaises actions et au mal ; mais du moins notre juge est-il aussi capable de nous pardonner nos égarements.
 

La difficulté intellectuelle et théologique, ici, consiste à se demander comment le même individu humain peut être simultanément totalement responsable de ses actes et totalement dépendant d’un Dieu tout-puissant et omniscient. Il semblerait qu’il existe une contradiction dans les termes. Cette question est au cœur des débats entre catholiques et protestants. Cette même contradiction a pu mener certains penseurs à rejeter entièrement l’idée de Dieu.

Les mathématiques du chaos ont démontré, dans les années récentes, que le programme de Laplace n’était pas justifié. Il existe, aussi stupéfiant que cela peut paraître, des phénomènes déterministes (on sait parfaitement comment ils « fonctionnent » et on peut résumer ce fonctionnement sous forme d’équations mathématiques), et pourtant imprévisibles. De nos jours, la causalité scientifique ne peut plus s’entendre au sens rigide du XIXème siècle.

Dans une telle perspective, l’humain peut réagir, et agir. La liberté retrouve sa place, et peut s’illustrer d’une image : une forêt qui brûle à cause d’une cigarette mal éteinte. Ni une nature déterministe, ni un Dieu tout-puissant, ne nous dispensent de faire attention.


Suite du cours : la liberté civile par opposition à la liberté sauvage.
par Jérôme Coudurier-Abaléa publié dans : Notions
 
 
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