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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

Théorie et expérience - 3


II. La puissance de la méthode scientifique


Ces critiques n'ont rigoureusement aucune pertinence, pour la bonne raison que les sciences expérimentales entrent en scène précédées des trompettes et des tambours de leurs triomphes éclatants.

L'épistémé "à la grecque", série de déductions logiques à partir d'évidences, a sans doute ses vertus : mais l'exploration du réel par la méthode expérimentale provoque, en deux cents ans, une prodigieuse série de découvertes, lesquelles, fécondes, donnent aussitôt lieu à des applications pratiques ou techniques. Ces innovations, d'une part, révolutionnent tous les aspects de la vie quotidienne ; et d'autre part, du fait même qu'elles "marchent", elles justifient et prouvent, de facto, le bien-fondé des théories d'où elles surgissent. Main dans la main, le scientifique et l'ingénieur engagent la science sur la voie du progrès, et la société sur celle de l'industrialisation. Les commodités de l'existence se développent à une vitesse stupéfiante, améliorant la qualité de la vie et la longévité : maîtrise de l'électricité, découvertes médicales, avancées majeures en optique et en métallurgie, hybridations pour améliorer les rendements agricoles, études systématisées de la botanique, de la zoologie, de la chimie, automatisation des productions, des transports, des communications... Les résultats des théories appliquées dépassent toute espérance.

Mieux encore. A la fin du XVIIIè siècle, l'astronome William Herschel découvre la planète Uranus ; or, après une observation assidue de l'astre nouvellement découvert, les astronome constatent d'assez graves irrégularités dans l'orbite. L'astronome français Urbain Le Verrier (à gauche) impute ces irrégularités à une huitième planète dont il postule l'existence au-delà d'Uranus. Muni des lois de Newton et de Kepler, il entreprend de calculer la masse et la position de cet astre supposé. Après deux ans d'un travail acharné, en 1846, il envoie ses résultats à un collaborateur allemand, Johann Galle (à droite) qui, le jour même, observe la région du ciel calculée par Le Verrier : il y découvre, en effet, la planète Neptune (ci-dessous). Comment mieux prouver la véracité des théories de Newton et Kepler ? Cette observation ne devait rien au hasard, et aucun autre méthode de prédiction n'aurait pu donner des résultats aussi précis et aussi exacts. Il faut mesurer l'abîme qui sépare la science des simples opinions, et l'écrasante supériorité de celle-là sur celles-ci. cette même efficacité explique que des penseurs allemands comme Hegel ou Marx voient dans la confrontation au réel par le travail la source de toute liberté et de toute connaissance.


Le développement fantastique de la science, l'efficacité évidente des techniques, justifie un mouvement philosophique qui domine le XIXè siècle français : le positivisme d'Auguste Comte. Selon lui, après une "jeunesse théologienne" (dominée par la superstition et le polythéisme, où l'individu attribue les phénomènes naturels à des puissances surnaturelles) et une "adolescence métaphysique" (dominée par la religion et le monothéisme, où l'individu explique l'origine et le but de l'univers par un même dessein divin), l'humanité a enfin atteint sa "maturité positive", où triomphe la science déterministe et utilitaire. L'humain, désormais, s'intéresse à des problèmes qu'il peut effectivement résoudre, renonce aux "grandes questions" du type "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?" ("questions d'enfant", aux yeux de Comte), et s'engage sur la voie d'un progrès scientifique. A terme, l'humanité atteindra à la fois une connaissance intégrale de l'univers et une parfaite maîtrise de celui-ci. Ce dernier état se présente comme "fixe et définitif". Conception d'un Univers déterministe, régi par la loi de causalité, le positivisme constitue une généralisation optimiste du rationalisme cartésien.

Nous devons donc envisager l’état présent de l’univers comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. L’esprit humain offre, dans la perfection qu’il a su donner à l’Astronomie, une faible esquisse de cette intelligence. Ses découvertes en Mécanique et en Géométrie, jointes à celles de la pesanteur universelle , l’ont mis à portée de comprendre dans les mêmes expressions analytiques les états passés et futurs du système du monde. En appliquant la même méthode à quelques autres objets de ses connaissances, il est parvenu à ramener à des lois générales les phénomènes observés et à prévoir ceux que les circonstances données doivent faire éclore. Tous ces efforts dans la recherche de la vérité tendent à le rapprocher sans cesse de l’intelligence que nous venons de concevoir, mais dont il restera toujours infiniment éloigné.
Pierre-Simon de Laplace, Essai philosophique sur les probabilités
 
Ce programme esquissé par Laplace, précurseur de Comte, à la fin du XVIIIè siècle, ménage l'Eglise dans la dernière phrase : il ne faisait pas bon prétendre, à l'époque, que l'intelligence humaine pût rivaliser avec celle de Dieu ; mais Laplace n'en pensait pas moins. A ses yeux, il ne fait aucun doute que l'humanité soit capable, avec le temps, d'atteindre cette "formule universelle" (similaire à bien des égards à la "caractéristique universelle" de Leibniz, voir ce cours). Alors qu'il exposait son système du monde à Napoléon Ier, l'Empereur l'interrompit : "Votre travail est excellent, mais il n'y a pas trace de Dieu dans votre ouvrage." Laplace répondit froidement : "Sire, je n'ai pas besoin de cette hypothèse."

Au-delà de l'anecdote, cette réplique porte une importante exigence méthodologique. Selon la célèbre formule de Guillaume d'Occam, "il ne faut pas multiplier les étants sans nécessité". En langage moderne : si l'on peut sans dommage se passer d'une hypothèse, on la supprime. Ce précepte, connu sous le nom de "rasoir d'Occam", détermina le succès de l'hypothèse héliocentriste de Copernic sur la théorie astronomique géocentriste énoncée par Claude Ptolémée dans l'Almageste. Les prédictions de Copernic ne sont ni plus exactes ni plus complètes que celles de Ptolémées : elles sont seulement beaucoup plus facile à calculer. En somme, si les astronomes ont préféré Copernic à Ptolémée, et fait chanceler l'Eglise sur ses bases (voir ce cours) c'est seulement parce que le système copernicien fait économiser du papier, de l'encre, et du temps. Point final.

Point final capital, pourtant : car évidemment, l'efficacité d'une théorie s'évalue en fonction de sa puissance de prédiction et de l'économie de ses hypothèses de départ. Entre deux théories expliquant les mêmes faits, l'une étant plus économe en hypothèses que l'autre, la science préfère la première théorie.

Mieux encore : dans la mesure où le scientifique souscrit à l'hypothèse de l'homogénéité de l'Univers, du fait même qu'il cherche les lois qui le régissent ; et si du reste cette homogénéité de l'Univers s'explique, comme le rappelle Laplace, par le fait que le l'état présent de l'Univers n'est que la résultante de toutes les causes qui s'y manifestaient à l'instant antérieur (autrement dit, que tous les phénomènes de l'Univers s'enchaînent dans une série de causes et d'effets) ; alors il faut conclure que toutes les théories scientifiques, au fond, parlent de parties d'un seul et même objet, l'Univers. Aussi toutes ces théories sont-elles appelées à se compléter l'une l'autre, et à se fondre progressivement dans des théories nouvelles, plus englobantes, plus générales, jusqu'à ce qu'on parvienne à la théorie unifiée qui décrira, en quelques équations simples, tous les phénomènes de l'Univers. Puisqu'il existe un seul réel, il doit aussi exister une seule théorie pour en rendre compte.

Rassembler des phénomènes en apparence disparates sous une même loi qui les explique tous : tel est exactement l'oeuvre de Newton, qui voit dans les révolutions des planètes le même phénomène à l'oeuvre dans la chute des corps - autrement dit, que les orbites ne sont que des chutes esquivées. Perspective sidérante, pour son époque. De même lorsque, remarquant la similitude des équations décrivant les phénomènes électriques et magnétiques, Ampère jette un pont théorique entre ces deux disciplines et fonde l'électromagnétisme en 1820. A sa suite, l'Ecossais Maxwell réduit en 1864 l'ensemble des phénomènes électromagnétiques à quatre équations mathématiques dont la portée permit ensuite d'intégrer à la théorie toutes les ondes lumineuses. L'optique fusionnait ainsi avec l'électromagnétisme. En 1914, enfin, le Français Louis de Broglie établit la mécanique ondulatoire, qui rend compte de l'ensemble des phénomènes périodiques.

Au début du XXè siècle, la cause semble entendue. Les différentes branches de la physique semblent sur le point de concourir pour aboutir à la théorie générale du réel. (Ci-contre : Inspiration divine par Jan Matejko, fresque appartenant à la série Le triomphe du progrès à l'Université de Lviv.) La physique va s'achever, croit-on. Et c'est à ce moment précis que toutes les belles espérances s'effondrent.

Suite du cours : la mort du déterminisme au XXè siècle.
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