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Dimanche 22 janvier 2006 7 22 /01 /Jan /2006 11:14

III. La nature humaine et la place de l’humain dans la nature


Récapitulons. Le couple de notions nature et culture s'anime de rapports qui semblent parfois conflictuels - ce qui sous-entend que la culture diffère nettement de la nature ; mais par ailleurs on peine souvent à distinguer avec certitude, chez l'individu ou dans un peuple, ce qui relève de la nature et ce qui relève de la culture. En passant à une échelle supérieure, et ultime, d’observation, nous nous trouvons très brutalement confrontés à deux conceptions antagonistes des rapports entre nature et culture. Le conflit entre ces deux manières d’envisager ces rapports atteint son intensité maximale.


1) L’affrontement de la culture contre la nature

Spontanément, dans la pensée occidentale, une distinction philosophique s’opère entre la nature d’une part, la culture d’autre part. En particulier, il semble évident que ce qui varie d’une communauté humaine à l’autre n’est pas naturel à l’humain. Par exemple, la langue : puisque les Anglais parlent anglais, et que les Français parlent français, et que les uns et les autres peuvent apprendre la langue qui n’est pas la leur, il semble évident que ni la langue anglaise ni la langue française ne sont "naturelles" à l’humain ; mais qu'en revanche, puisque à la fois les Anglais et les Français parlent une langue, alors "le langage" (l'aptitude à recourir à un système de signes arbitraires en vue de produire un énoncé sensé) est sans doute naturel. De même chaque droit local (le "droit positif" de chaque pays) manifeste une "aptitude juridique" (un "droit naturel") de l'humain. De même encore pour l'art culinaire de chaque culture, et "la cuisine", naturelle à tous les humains.

La culture, selon ce premier critère, correspond à ce qui relève des pures convenances, des conventions du groupe, de la société locale, par opposition à ce qui résulte de la physique, de la biologie ou, plus généralement, du milieu. La maladie est naturelle, la traiter est naturel (pour les humains), mais la manière de traiter les maladies (antibiotiques ou chamanisme) est culturelle.

De ce premier critère s'ensuivent deux conséquences. La première concerne les propriétés respectives de la nature et de la culture. Cette dernière est plastique, évolutive, toujours contingente : elle pourrait être différente de ce qu’elle est, et elle pourrait même ne pas être. À rebours, les phénomènes naturels semblent immuables et invariables, au moins à l’échelle humaine : les éclipses de soleil, les marées, les chutes de neige, les virus, existaient avant l’apparition de l’humain, et lui subsisteront sans doute. En somme, la nature apparaît comme ce qui entoure l’humain chronologiquement, spatialement, matériellement, psychologiquement etc.

La deuxième concerne la place de l’humain dans la nature : une place véritablement à part. Le travail humain et son produit (culturels) s’opposent radicalement aux réalisations de la nature ou des animaux. Par exemple, il n’existe par nature aucune locomotive (elles ne poussent pas dans les arbres, et on ne les extrait pas de mines). Le naturel s’oppose à l’artificiel. Ici, la nature apparaît comme le matériau de base, ce sur quoi l’humain travaille. Elle est le "fond", il lui donne "forme".

L’opposition entre nature et culture, entre inné et acquis, entre naturel et artificiel, semble complet et définitif. Cet antagonisme traverse la culture occidentale depuis la Genèse : Dieu remet "la terre" (c'est-à-dire le monde entier) en partage à l'humain, pour qu'il le "domine". Un même esprit de maîtrise et de possession anime également la philosophie cartésienne (voir ce cours).


Suite du cours : la culture, réalité naturelle de l'humain confronté à la nature.
Par Jérôme Coudurier-Abaléa - Publié dans : Notions
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