












L’Homme est-il l’être contre-nature ?
L’art nous détourne-t-il du réel ?
Explication de texte : Hannah Arendt.
C'est l'avènement de l'automatisation qui, en quelques décennies, probablement videra les usines et libérera l'humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le fardeau du travail, l'asservissement à la nécessité. [...] C'est une société de travailleurs que l'on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. Dans cette société qui est égalitaire, car c'est ainsi que le travail fait vivre ensemble les hommes, il ne reste plus de classe, plus d'aristocratie politique ou spirituelle, qui puisse provoquer une restauration des autres facultés de l'homme. Même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société, et parmi les intellectuels il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu'ils font comme des œuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est à dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire.
La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Quel pouvoir avons-nous sur les passions ?
Pourquoi le progrès de la science n’a-t-il pas fait disparaître les religions ?
Explication de texte : Jean-Jacques Rousseau
Il est aisé de voir qu’entre les différences qui distinguent les hommes, plusieurs passent pour naturelles qui sont uniquement l’ouvrage de l’habitude et des divers genres de vie que les hommes adoptent dans la société. Ainsi un tempérament robuste ou délicat, la force ou la faiblesse qui en dépend, viennent souvent plus de la manière dure ou efféminée dont on a été élevé, que de la constitution primitive des corps. Il en est de même des forces de l’esprit, et non seulement l’éducation met de la différence entre les esprits cultivés et ceux qui ne le sont pas, mais elle augmente celle qui se trouve entre les premiers à proportion de la culture ; car qu’un géant et un nain marchent sur la même route, chaque pas qu’ils feront l’un et l’autre donnera un nouvel avantage au géant. Or, si l’on compare la diversité prodigieuse d’éducations et de genres de vie qui règnent dans les différents ordres de l’état civil avec la simplicité et l’uniformité de la vie animale et sauvage, où tous se nourrissent des mêmes aliments, vivent de la même manière et font exactement les mêmes choses, on comprendra combien la différence d’homme à homme doit être moindre dans l’état de nature que dans celui de société, et combien l’inégalité naturelle doit augmenter dans l’espèce humaine par l’inégalité d’institution.
La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Le désir est-il la marque de la misère humaine ?Vous établirez au propre un plan détaillé d’une dissertation sur ce sujet. Il comprendra, pour chaque partie, l’énoncé clair des arguments soutenus, les citations précises d’auteurs que vous envisagez d’employer ou les exemples retenus pour illustrer le propos. (Chaque partie comporte évidemment plusieurs arguments).
Explication de texte : PlatonLa connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Socrate : « La Cité réduite aux nécessités les plus élémentaires serait donc formée de quatre ou cinq hommes. […] Mais alors, faut-il que chacun offre le service de son propre travail, le mettant en commun à la disposition de tous les autres, par exemple que le laboureur procure à lui seul les vivres pour quatre et multiplie par quatre le temps et l’effort pour fournir le blé et le partager avec les autres ? Ou bien, sans se soucier d’eux, doit-il produire pour ses seuls besoins le quart de ce blé, en un quart de temps, et qu’il consacre les trois quarts restants, l’un à la préparation d'une maison, l’autre aux vêtements, l’autre à des chaussures, et qu’au lieu de chercher à mettre en commun les choses qu’il possède, il exerce sa propre activité par lui-même et pour lui seul ? »
Adimante : « Sans doute, Socrate, serait-il plus facile de faire ce que tu as dit d’abord. »
Socrate : « Par Zeus, dis-je, rien d'étonnant à cela. De fait moi aussi, pendant que tu parles, je réfléchis au fait que chacun de nous, au point de départ, ne s'est pas développé naturellement de manière tout à fait semblable, mais que la nature nous a différenciés, chacun s’adonnant à une activité différente. [...] Entre celui qui travaillerait dans plusieurs métiers différents, et celui qui exercerait seulement le métier conforme à ses qualités naturelles, lequel réussirait le mieux ? »
Adimante : « Celui qui n’exercerait qu’un seul métier. »
Socrate : « [...] Le résultat est que des biens seront produits en plus grande quantité, qu’ils seront de meilleure qualité et produits plus facilement, si chacun ne s’occupe que d’une chose selon ses dispositions naturelles et au moment opportun, [sans] s’occuper des travaux des autres. »
Pour moi, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaleur, de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne parviens jamais, à aucun moment, à me saisir moi-même sans une perception et je ne peux jamais rien observer d’autre que la perception. Quand mes perceptions sont absentes pour quelque temps, quand je dors profondément, par exemple, je suis, pendant tout ce temps, sans conscience de moi-même et on peut dire à juste titre que je n’existe pas. Et si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort, si je ne pouvais plus penser, ni éprouver, ni voir, aimer ou haïr après la destruction de mon corps, je serais entièrement anéanti et je ne conçois pas du tout ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi une parfaite non-entité. Si un homme, après une réflexion sérieuse et dénuée de préjugés, pense qu’il a une notion différente de lui-même, je dois avouer que je ne peux plus discuter avec lui. Tout ce que je peux lui concéder, c’est qu’il peut, tout autant que moi, avoir raison et que nous différons essentiellement sur ce point. II se peut qu’il perçoive quelque chose de simple et de continu qu’il appelle lui-même, encore que je sois certain qu’il n’y a pas un tel principe en moi.La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Je regarde cette feuille blanche, posée sur ma table ; je perçois sa forme, sa couleur, sa position. Ces différentes qualités ont des caractéristiques communes : d'abord elles se donnent à mon regard comme des existences que je puis seulement constater et dont l'être ne dépend aucunement de mon caprice. Elles sont pour moi, elles ne sont pas moi […]. Elles sont présentes et inertes à la fois. Cette inertie du contenu sensible, qu'on a souvent décrite, c'est l'existence en soi […]. Ce qui est certain, c'est que le blanc que je constate, ce n'est certes pas ma spontanéité qui peut le produire. Cette forme inerte […] que l'on doit observer, apprendre peu à peu, c'est ce qu'on appelle une chose. En aucun cas, ma conscience ne saurait être une chose, parce que sa façon d'être en soi est précisément un être pour soi. Exister, pour elle, c'est avoir conscience de son existence. Elle apparaît comme une pure spontanéité, en face du monde des choses qui est pure inertie. Nous pouvons donc poser dès l'origine deux types d'existence.A faire pour la séance du 9 octobre : examiner le sujet de dissertation suivant : "Peut-il y avoir une science de l'inconscient ?" ; sur une feuille volante, établir l'analyse de ce sujet en répondant aux questions suivantes : (1) définir les termes de la question ; (2) examiner, à partir de ces définitions, les relations entre ces termes ; (3) élaborer deux réponses antagonistes possibles en les justifiant (une réponse commençant par "oui, parce que..." et une réponse commençant par : "non, parce que..." ; (4) formuler le problème posé par la question.
Sartre
On soutient communément que c'est le toucher qui nous instruit, et par constatation pure et simple, sans aucune interprétation. Mais il n'en est rien. Je ne touche pas ce dé cubique. Non. Je touche successivement des arêtes, des pointes, des plans durs et lisses, et réunissant toutes ces apparences en un seul objet, je juge que cet objet est cubique. Exercez-vous sur d'autres exemples, car cette analyse conduit fort loin, et il importe de bien assurer ses premiers pas. Au surplus il est assez clair que je ne puis pas constater comme un fait donné à mes sens que ce dé cubique et dur est en même temps blanc de partout, et marqué de points noirs. Je ne le vois jamais en même temps de partout, et jamais les faces visibles ne sont colorées de même en même temps, pas plus du reste que je ne les vois égales en même temps. Mais pourtant c'est un cube que je vois, à faces égales, et toutes également blanches. Et je vois cette chose même que je touche. Platon, dans son Théétète, demandait par quel sens je connais l'union des perceptions des différents sens en un seul objet. Revenons à ce dé. Je reconnais six taches noires sur une des faces. On ne fera pas difficulté d'admettre que c'est là une opération d'entendement, dont les sens fournissent seulement la matière. Il est clair que, parcourant ces taches noires, et retenant l'ordre et la place de chacune, je forme enfin, et non sans peine au commencement, l'idée qu'elles sont six, c'est-à -dire deux fois trois, qui font cinq et un. Apercevez-vous la ressemblance entre cette action de compter et cette autre opération par laquelle je reconnais que des apparences successives, pour la main et pour l'oeil, me font connaître un cube ? Par où il apparaîtrait que la perception est déjà une fonction d'entendement [...] et que l'esprit le plus raisonnable y met de lui-même bien plus qu'il ne croit. [...] Et nous voilà déjà mis en garde contre l'idée naïve dont je parlais en commençant.A faire pour la séance du 2 octobre : examiner le sujet de dissertation suivant : "Est-ce dans la solitude qu'on prend conscience de soi ?" ; sur une feuille volante, établir l'analyse de ce sujet en répondant aux questions suivantes : (1) définir les termes de la question ; (2) examiner, à partir de ces définitions, les relations entre ces termes ; (3) élaborer deux réponses antagonistes possibles en les justifiant (une réponse commençant par "oui, parce que..." et une réponse commençant par : "non, parce que..." ; (4) formuler le problème posé par la question.
Alain
Chaque objet reçut d'abord un nom particulier, sans égard aux genres, et aux espèces, que ces premiers instituteurs n'étaient pas en état de distinguer ; et tous les individus se présentèrent isolés à leur esprit, comme ils le sont dans le tableau de la nature. Si un chêne s'appelait A, un autre chêne s'appelait B de sorte que plus les connaissances étaient bornées, et plus le dictionnaire devint étendu. L'embarras de toute cette nomenclature ne put être levé facilement car pour ranger les êtres sous des dénominations communes, et génétiques, il en fallait connaître les propriétés et les différences ; il fallait des observations, et des définitions, c'est-à -dire, de l'histoire naturelle et de la métaphysique, beaucoup plus que les hommes de ce temps-là n'en pouvaient avoir. D'ailleurs, les idées générales ne peuvent s'introduire dans l'esprit qu'à l'aide des mots, et l'entendemcnt ne les saisit que par des propositions. C'est une des raisons pour quoi les animaux ne sauraient se former de telles idées, ni jamais acquérir la perfectibilité qui en dépend. Quand un singe va sans hésiter d'une noix à l'autre, pense-t-on qu'il ait l'idée générale de cette sorte de fruit, et qu'il compare son archétype à ces deux individus ? Non sans doute ; mais la vue de l'une de ces noix rappelle à sa mémoire les sensations qu'il a reçues de l'autre, et ses yeux, modifiés d'une certaine manière, annoncent à son goût la modification qu'il va recevoir. Toute idée générale est purement intellectuelle ; pour peu que l'imagination s'en mêle, l'idée devient aussitôt particulière. Essayez de vous tracer l'image d'un arbre en général, jamais vous n'en viendrez à bout, malgré vous il faudra le voir petit ou grand, rare ou touffu, clair ou foncé, et s'il dépendait de vous de n'y voir que ce qui se trouve en tout arbre, cette image ne ressemblerait plus à un arbre. Les êtres purement abstraits se voient de même, ou ne se conçoivent que par le discours. La définition seule du triangle nous en donne la véritable idée : sitôt que vous en figurez un dans votre esprit, c'est un tel triangle et non pas un autre, et vous ne pouvez éviter d'en rendre les lignes sensibles ou le plan coloré. Il faut donc énoncer des propositions, il faut donc parler pour avoir des idées générales car sitôt que l'imagination s'arrête, l'esprit ne marche plus qu'à l'aide du discours. Si donc les premiers inventeurs n'ont pu donner des noms qu'aux idées qu'ils avaient déjà , il s'ensuit que les premiers substantifs n'ont pu jamais être que des noms propres.A faire pour la séance du 25 septembre : examiner le sujet de dissertation suivant : "Prendre conscience, est-ce avoir connaissance ?" ; sur une feuille volante, établir l'analyse de ce sujet en répondant aux questions suivantes : (1) définir les termes de la question ; (2) examiner, à partir de ces définitions, les relations entre ces termes (sont-ils synonymes ? En quoi ? Antonymes ? En quoi ? Comment se distinguent-ils tout en se ressemblant ? Où entrent-ils en friction ?) ; (3) élaborer deux réponses antagonistes possibles en les justifiant (une réponse commençant par "oui, parce que..." et une réponse commençant par : "non, parce que..." ; (4) formuler le problème posé par la question.
Jean-Jacques Rousseau
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