Mardi 29 janvier 2008
Suite du cours sur les passions : les passions mauvaises ; la guerre entre raison et passions
DS du mardi après-midi :
L’Homme est-il l’être contre-nature ?
L’art nous détourne-t-il du réel ?
Explication de texte : Hannah Arendt.
C'est l'avènement de l'automatisation qui, en quelques décennies, probablement videra les usines et libérera l'humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le fardeau du travail, l'asservissement à la nécessité. [...] C'est une société de travailleurs que l'on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. Dans cette société qui est égalitaire, car c'est ainsi que le travail fait vivre ensemble les hommes, il ne reste plus de classe, plus d'aristocratie politique ou spirituelle, qui puisse provoquer une restauration des autres facultés de l'homme. Même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société, et parmi les intellectuels il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu'ils font comme des œuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est à dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire.
La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Lundi 28 janvier 2008
Suite du cours sur le désir : stoïciens, spinozistes, épicuriens.
Mardi 22 janvier 2008
Cours annulé : absence pour cause de concours : une heure à ratrapper (soient trois au total).
Lundi 21 janvier 2008
Début du cours sur le désir : ambiguité et violence du désir.
Mardi 15 janvier 2008
Suite du cours sur la technologie : la démystifier.
Lundi 14 janvier 2008
Suite du cours sur le travail : la technologie ; définitions ; l'approche rousseauiste et le paradoxe à chercher à connaître l'état de nature.
A faire pour la séance du 5 février 2008 :
Quel pouvoir avons-nous sur les passions ?
Pourquoi le progrès de la science n’a-t-il pas fait disparaître les religions ?
Explication de texte : Jean-Jacques Rousseau
Il est aisé de voir qu’entre les différences qui distinguent les hommes, plusieurs passent pour naturelles qui sont uniquement l’ouvrage de l’habitude et des divers genres de vie que les hommes adoptent dans la société. Ainsi un tempérament robuste ou délicat, la force ou la faiblesse qui en dépend, viennent souvent plus de la manière dure ou efféminée dont on a été élevé, que de la constitution primitive des corps. Il en est de même des forces de l’esprit, et non seulement l’éducation met de la différence entre les esprits cultivés et ceux qui ne le sont pas, mais elle augmente celle qui se trouve entre les premiers à proportion de la culture ; car qu’un géant et un nain marchent sur la même route, chaque pas qu’ils feront l’un et l’autre donnera un nouvel avantage au géant. Or, si l’on compare la diversité prodigieuse d’éducations et de genres de vie qui règnent dans les différents ordres de l’état civil avec la simplicité et l’uniformité de la vie animale et sauvage, où tous se nourrissent des mêmes aliments, vivent de la même manière et font exactement les mêmes choses, on comprendra combien la différence d’homme à homme doit être moindre dans l’état de nature que dans celui de société, et combien l’inégalité naturelle doit augmenter dans l’espèce humaine par l’inégalité d’institution.
La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Mardi 8 janvier 2008
Suite du cours sur le travail : la tension entre travail et nature.
Lundi 7 janvier 2008
Suite du cours sur le travail : critique du travail ; l'approche marxiste.
Vacances de Noël
Mardi 18 décembre 2007
Cours annulé : sortie à Paris.
Lundi 17 décembre 2007
Suite du cours sur le travail : les vertus du travail.
Pour le 7 janvier 2008 :
Le désir est-il la marque de la misère humaine ?Vous établirez au propre un plan détaillé d’une dissertation sur ce sujet. Il comprendra, pour chaque partie, l’énoncé clair des arguments soutenus, les citations précises d’auteurs que vous envisagez d’employer ou les exemples retenus pour illustrer le propos. (Chaque partie comporte évidemment plusieurs arguments).
Entre chaque partie, vous expliciterez les transitions qui permettent l’unité du propos.
Ce plan détaillé s’accompagnera d’une conclusion et d’une introduction intégralement rédigées. Vous veillerez en conclusion à répondre explicitement à la question posée. L’introduction fera l’objet d’un soin particulier : vous veillerez à y définir brièvement les termes du sujet, à exprimer une réponse spontanée, à la mettre en doute, à poser le problème, et à énoncer le plan.
Mardi 11 décembre 2007
Conclusion du cours sur l'art. Introduction du cours sur le travail : le lien étroit entre travail et technique.
Lundi 10 décembre 2007
Suite du cours sur l'art : présentation powerpoint sur le portrait et le paysage dans la peinture occidentale de 1530 à nos jours.
Pour le 18 décembre 2007 :
Explication de texte : PlatonLa connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Socrate : « La Cité réduite aux nécessités les plus élémentaires serait donc formée de quatre ou cinq hommes. […] Mais alors, faut-il que chacun offre le service de son propre travail, le mettant en commun à la disposition de tous les autres, par exemple que le laboureur procure à lui seul les vivres pour quatre et multiplie par quatre le temps et l’effort pour fournir le blé et le partager avec les autres ? Ou bien, sans se soucier d’eux, doit-il produire pour ses seuls besoins le quart de ce blé, en un quart de temps, et qu’il consacre les trois quarts restants, l’un à la préparation d'une maison, l’autre aux vêtements, l’autre à des chaussures, et qu’au lieu de chercher à mettre en commun les choses qu’il possède, il exerce sa propre activité par lui-même et pour lui seul ? »
Adimante : « Sans doute, Socrate, serait-il plus facile de faire ce que tu as dit d’abord. »
Socrate : « Par Zeus, dis-je, rien d'étonnant à cela. De fait moi aussi, pendant que tu parles, je réfléchis au fait que chacun de nous, au point de départ, ne s'est pas développé naturellement de manière tout à fait semblable, mais que la nature nous a différenciés, chacun s’adonnant à une activité différente. [...] Entre celui qui travaillerait dans plusieurs métiers différents, et celui qui exercerait seulement le métier conforme à ses qualités naturelles, lequel réussirait le mieux ? »
Adimante : « Celui qui n’exercerait qu’un seul métier. »
Socrate : « [...] Le résultat est que des biens seront produits en plus grande quantité, qu’ils seront de meilleure qualité et produits plus facilement, si chacun ne s’occupe que d’une chose selon ses dispositions naturelles et au moment opportun, [sans] s’occuper des travaux des autres. »
Vous établirez au propre un plan détaillé d’une explication de ce texte. Il comprendra, pour chaque partie, l’énoncé clair des arguments soutenus par l’auteur, et toutes les informations qui vous paraissent pertinentes pour nourrir votre explication.
Le plan détaillé s’accompagnera d’une conclusion et d’une introduction intégralement rédigées. La conclusion d’une explication possède pour double but de dégager ce que le texte nous enseigne sur la philosophie de l’auteur, et ce que le texte vous enseigne à vous aujourd’hui. L’introduction commencera par poser le problème en en montrant la réalité et l’importance. Elle présentera la thèse de l’auteur comme réponse au problème. Enfin, elle énoncera le plan de l’extrait.
Mardi 4 décembre 2007
Suite du cours sur l'art : caractère déterminant des qualités formelles de l'oeuvre.
Lundi 3 décembre 2007
Suite du cours sur l'art autour de la notion de norme du goût chez David Hume. Exemples concrets de l'Olympia de Manet pour la comparaison (avec la Vénus d'Urbino du Titien) et du statuaire de la cathédrale de Strasbourg (concernant les visées et les prérequis de l'oeuvre).
Mardi 27 novembre 2007
Début du cours sur l'art : des goûts et des couleurs, il ne faut pas discuter. Arguments en faveur de la relativité des goûts chez David Hume. Elaboration de la norme du goût. Rôle de l'éducation et de la pratique.
Lundi 26 novembre 2007
Sartre, suite du cours sur autrui. Rôle d'autrui dans la fondation de l'identité et dans la connaissance du monde. Leibniz. Retour à Russell : notion d'espace privé des sense-data et notion d'espace public où les subjectivités connaissent des intersections. Le malaise qu'inspire l'alter ego et comment le surmonter.
Mardi 20 novembre 2007
La conscience comme variable et l'effritement de l'identité : corrigé du texte de David Hume. Comment refonder son identité ? Quel sens peut avoir le mot "je" ?
Une heure récupérée : Retour vers Sartre : la revendication de la responsabilité de nos actes parce qu'on en assume la paternité. Revendication face à autrui. Expérience du regard d'autrui.
Lundi 19 novembre 2007
Freud , la deuxième topique ; les critiques de la psychanalyse.
Mardi 13 novembre 2007
Suite du cours sur la première topique.
Lundi 12 novembre 2007
Début du cours sur l'inconscient : Leibniz et les petites perceptions, inaccessibilité des petites perceptions, l'impuissance de la conscience, Freud (hypothèse de l'inconscient).
VACANCES DE TOUSSAINT
Mardi 23 octobre 2007
Fin de la correction du travail sur Jean-Paul Sartre. La variabilité de la conscience. Aspects de l'existentialisme.
Lundi 22 octobre 2007
Une heure échangée avec la professeure de mathématiques, rattrapée le mardi 20 novembre. Début de la correction du sujet sur Jean-Paul Sartre. Une demi-heure consacrée à la célébration de Guy Môquet.
Mardi 16 octobre 2007
Absence exceptionnelle, à rattraper.
Lundi 15 octobre 2007
Suite du cours sur la conscience. La critique nietzschéenne de Descartes. Examen des analyses de Russell, et la distinction entre objet physique et sense-data. Comparaison avec phénomène et noumène chez Kant.
Mardi 9 octobre 2007
La refondation solide du monde : le cogito cartésien. Examen détaillé de l'expérience de pensée cartésienne. La seule chose dont nous soyons sûrs, à partir de ce stade, est l'existence de notre propre pensée. Peut-être alors le monde n'est-il que le pur produit de notre imagination. Aperçus sur Berkeley et l'immatérialisme.
A faire pour la séance du 12 novembre : exercices de type baccalauréat. Traiter au choix :
Peut-il y avoir une science de l’inconscient ?
Les Beaux-Arts sont-ils les arts du beau ?
Explication de texte : David Hume
Pour moi, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaleur, de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne parviens jamais, à aucun moment, à me saisir moi-même sans une perception et je ne peux jamais rien observer d’autre que la perception. Quand mes perceptions sont absentes pour quelque temps, quand je dors profondément, par exemple, je suis, pendant tout ce temps, sans conscience de moi-même et on peut dire à juste titre que je n’existe pas. Et si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort, si je ne pouvais plus penser, ni éprouver, ni voir, aimer ou haïr après la destruction de mon corps, je serais entièrement anéanti et je ne conçois pas du tout ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi une parfaite non-entité. Si un homme, après une réflexion sérieuse et dénuée de préjugés, pense qu’il a une notion différente de lui-même, je dois avouer que je ne peux plus discuter avec lui. Tout ce que je peux lui concéder, c’est qu’il peut, tout autant que moi, avoir raison et que nous différons essentiellement sur ce point. II se peut qu’il perçoive quelque chose de simple et de continu qu’il appelle lui-même, encore que je sois certain qu’il n’y a pas un tel principe en moi.La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.
Lundi 8 octobre 2007
Corrigé de la fiche de lecture du texte d'Alain et de l'analyse du sujet sur la conscience de soi. La priorité au problème. Suite du cours sur la conscience : même si les mathématiques structurent le monde, cela ne fait que renforcer l'interrogation : qui sommes-nous, en tant qu'auteurs de notre représentation du monde ? Tentative de distinction entre sujet et objet.
Mardi 2 octobre 2007
Suite du cours sur la conscience. Le relativisme. Présentation de l'école sophiste. L'argument de Socrate contre la phrase de Protagoras : "L'homme est la mesure de toute chose".
A faire pour la séance du 8 octobre : lire le texte de Jean-Paul Sartre ci-dessous. Sur une feuille volante, en établir une fiche de lecture (déterminer le thème, la thèse, le problème et le plan).
Je regarde cette feuille blanche, posée sur ma table ; je perçois sa forme, sa couleur, sa position. Ces différentes qualités ont des caractéristiques communes : d'abord elles se donnent à mon regard comme des existences que je puis seulement constater et dont l'être ne dépend aucunement de mon caprice. Elles sont pour moi, elles ne sont pas moi […]. Elles sont présentes et inertes à la fois. Cette inertie du contenu sensible, qu'on a souvent décrite, c'est l'existence en soi […]. Ce qui est certain, c'est que le blanc que je constate, ce n'est certes pas ma spontanéité qui peut le produire. Cette forme inerte […] que l'on doit observer, apprendre peu à peu, c'est ce qu'on appelle une chose. En aucun cas, ma conscience ne saurait être une chose, parce que sa façon d'être en soi est précisément un être pour soi. Exister, pour elle, c'est avoir conscience de son existence. Elle apparaît comme une pure spontanéité, en face du monde des choses qui est pure inertie. Nous pouvons donc poser dès l'origine deux types d'existence.A faire pour la séance du 9 octobre : examiner le sujet de dissertation suivant : "Peut-il y avoir une science de l'inconscient ?" ; sur une feuille volante, établir l'analyse de ce sujet en répondant aux questions suivantes : (1) définir les termes de la question ; (2) examiner, à partir de ces définitions, les relations entre ces termes ; (3) élaborer deux réponses antagonistes possibles en les justifiant (une réponse commençant par "oui, parce que..." et une réponse commençant par : "non, parce que..." ; (4) formuler le problème posé par la question.
Sartre
Lundi 1 octobre 2007
Première heure de cours consacrée à l'événement violent survenu le vendredi 28 septembre au lycée. Deuxième heure : suite du cours sur la conscience. La faculté technique de surmonter les défauts de nos organes sensoriels ; la notion de point de vue ; le drame de la conscience.
Mardi 25 septembre 2007
Suite du cours sur la conscience. Présentation du scepticisme antique (pyrrhonisme). La sagesse dans la suspension de jugement (épochê).
A faire pour la séance du 1er octobre : lire le texte de Alain ci-dessous. Sur une feuille volante, en établir une fiche de lecture (déterminer le thème, la thèse, le problème et le plan).
On soutient communément que c'est le toucher qui nous instruit, et par constatation pure et simple, sans aucune interprétation. Mais il n'en est rien. Je ne touche pas ce dé cubique. Non. Je touche successivement des arêtes, des pointes, des plans durs et lisses, et réunissant toutes ces apparences en un seul objet, je juge que cet objet est cubique. Exercez-vous sur d'autres exemples, car cette analyse conduit fort loin, et il importe de bien assurer ses premiers pas. Au surplus il est assez clair que je ne puis pas constater comme un fait donné à mes sens que ce dé cubique et dur est en même temps blanc de partout, et marqué de points noirs. Je ne le vois jamais en même temps de partout, et jamais les faces visibles ne sont colorées de même en même temps, pas plus du reste que je ne les vois égales en même temps. Mais pourtant c'est un cube que je vois, à faces égales, et toutes également blanches. Et je vois cette chose même que je touche. Platon, dans son Théétète, demandait par quel sens je connais l'union des perceptions des différents sens en un seul objet. Revenons à ce dé. Je reconnais six taches noires sur une des faces. On ne fera pas difficulté d'admettre que c'est là une opération d'entendement, dont les sens fournissent seulement la matière. Il est clair que, parcourant ces taches noires, et retenant l'ordre et la place de chacune, je forme enfin, et non sans peine au commencement, l'idée qu'elles sont six, c'est-à-dire deux fois trois, qui font cinq et un. Apercevez-vous la ressemblance entre cette action de compter et cette autre opération par laquelle je reconnais que des apparences successives, pour la main et pour l'oeil, me font connaître un cube ? Par où il apparaîtrait que la perception est déjà une fonction d'entendement [...] et que l'esprit le plus raisonnable y met de lui-même bien plus qu'il ne croit. [...] Et nous voilà déjà mis en garde contre l'idée naïve dont je parlais en commençant.A faire pour la séance du 2 octobre : examiner le sujet de dissertation suivant : "Est-ce dans la solitude qu'on prend conscience de soi ?" ; sur une feuille volante, établir l'analyse de ce sujet en répondant aux questions suivantes : (1) définir les termes de la question ; (2) examiner, à partir de ces définitions, les relations entre ces termes ; (3) élaborer deux réponses antagonistes possibles en les justifiant (une réponse commençant par "oui, parce que..." et une réponse commençant par : "non, parce que..." ; (4) formuler le problème posé par la question.
Alain
Lundi 24 septembre 2007
Conclusion du cours sur le langage. Corrigé de la fiche de lecture du texte de Jean-Jacques Rousseau à établir pour cette séance. Début du cours sur la conscience : le problème des sens imparfaits. La possibilité que le monde ne soit qu'un rêve.
Mardi 18 septembre 2007
Détermination en classe et par oral du thème, de la thèse et du problème soulevés par le texte d'Hannah Arendt. Approche méthodologique de l'explication de texte par le biais du travail préalable de la "fiche de lecture" (étapes 1 à 3 de la méthode proposée ici). Sur la notion de "problème" philosophique, voir aussi les considérations préliminaires ici.
A faire pour la séance du 24 septembre : lire le texte de Jean-Jacques Rousseau ci-dessous. Sur une feuille volante, en établir une fiche de lecture (déterminer le thème, la thèse, le problème et le plan).
Chaque objet reçut d'abord un nom particulier, sans égard aux genres, et aux espèces, que ces premiers instituteurs n'étaient pas en état de distinguer ; et tous les individus se présentèrent isolés à leur esprit, comme ils le sont dans le tableau de la nature. Si un chêne s'appelait A, un autre chêne s'appelait B de sorte que plus les connaissances étaient bornées, et plus le dictionnaire devint étendu. L'embarras de toute cette nomenclature ne put être levé facilement car pour ranger les êtres sous des dénominations communes, et génétiques, il en fallait connaître les propriétés et les différences ; il fallait des observations, et des définitions, c'est-à-dire, de l'histoire naturelle et de la métaphysique, beaucoup plus que les hommes de ce temps-là n'en pouvaient avoir. D'ailleurs, les idées générales ne peuvent s'introduire dans l'esprit qu'à l'aide des mots, et l'entendemcnt ne les saisit que par des propositions. C'est une des raisons pour quoi les animaux ne sauraient se former de telles idées, ni jamais acquérir la perfectibilité qui en dépend. Quand un singe va sans hésiter d'une noix à l'autre, pense-t-on qu'il ait l'idée générale de cette sorte de fruit, et qu'il compare son archétype à ces deux individus ? Non sans doute ; mais la vue de l'une de ces noix rappelle à sa mémoire les sensations qu'il a reçues de l'autre, et ses yeux, modifiés d'une certaine manière, annoncent à son goût la modification qu'il va recevoir. Toute idée générale est purement intellectuelle ; pour peu que l'imagination s'en mêle, l'idée devient aussitôt particulière. Essayez de vous tracer l'image d'un arbre en général, jamais vous n'en viendrez à bout, malgré vous il faudra le voir petit ou grand, rare ou touffu, clair ou foncé, et s'il dépendait de vous de n'y voir que ce qui se trouve en tout arbre, cette image ne ressemblerait plus à un arbre. Les êtres purement abstraits se voient de même, ou ne se conçoivent que par le discours. La définition seule du triangle nous en donne la véritable idée : sitôt que vous en figurez un dans votre esprit, c'est un tel triangle et non pas un autre, et vous ne pouvez éviter d'en rendre les lignes sensibles ou le plan coloré. Il faut donc énoncer des propositions, il faut donc parler pour avoir des idées générales car sitôt que l'imagination s'arrête, l'esprit ne marche plus qu'à l'aide du discours. Si donc les premiers inventeurs n'ont pu donner des noms qu'aux idées qu'ils avaient déjà, il s'ensuit que les premiers substantifs n'ont pu jamais être que des noms propres.A faire pour la séance du 25 septembre : examiner le sujet de dissertation suivant : "Prendre conscience, est-ce avoir connaissance ?" ; sur une feuille volante, établir l'analyse de ce sujet en répondant aux questions suivantes : (1) définir les termes de la question ; (2) examiner, à partir de ces définitions, les relations entre ces termes (sont-ils synonymes ? En quoi ? Antonymes ? En quoi ? Comment se distinguent-ils tout en se ressemblant ? Où entrent-ils en friction ?) ; (3) élaborer deux réponses antagonistes possibles en les justifiant (une réponse commençant par "oui, parce que..." et une réponse commençant par : "non, parce que..." ; (4) formuler le problème posé par la question.
Jean-Jacques Rousseau
Lundi 17 septembre 2007
Etude intégrale du texte de Wittgestein. Quel sens peut avoir la philosophie ? Se résume-t-elle à des problèmes de grammaire ? Si oui, n'est-ce pas du temps perdu ? Peut-on vraiment soutenir l'équation pensée = proposition sensée = logique = réalité, par opposition à cette autre équation : émotion = proposition insensée = délire = imaginaire ? Paradoxalement, il n'est pas insensé de tenter d'exprimer l'inexprimable, et de tenter de faire entrer dans le chap du langage pourvu de sens des choses auparavant indicibles.
Pour le 18 septembre : lecture et fiche de lecture du texte d'Hannah Arendt disponible ici.
Mardi 11 septembre 2007
Reprise de l'analyse du langage comme système de signes arbitraires (symboles). Aperçu rapide de la théorie des actes de langage.
A faire pour la séance du 17 septembre : lire le texte de Ludwig Wittgenstein disponible ici. Se procurer le livre de Bertrand Russell Problèmes de Philosophie (dans la traduction de François Rivenc).
Lundi 10 septembre 2007
Prise de contact. Première approche concernant la philosophie. Brève présentation de l'épreuve au baccalauréat. Conseils relatifs à la réflexion. Début du cours sur le langage. Nature de l'humain comme zoôn logôn. Examen de l'emploi manipulatoire et de l'usage communicatif du langage. Caractère paradoxal de ce double usage. Heure au CDI. Distinction entre langue et langage. Caractère flou du langage. Distinction entre symbole et indice. Extension du langage à l'ensemble des codes symboliques (y compris, par exemple, les mathématiques, le langage des images, le langage des fleurs). Permanence de la pratique langagière chez l'humain. Les mots conçus comme reliquat commun et impersonnel des expériences personnelles différentes (exemple du mot "rivière" et des images différentes qu'il inspire).
par Jérôme Coudurier-Abaléa
publié dans :
Terminales S 2007-2008
L'objectif de cette section du Labyrinthe spécifiquement consacrée à mes élèves de Terminale est triple.
Primo, dans un souci pédagogique, il s'efforce de faciliter l'année scolaire en permettant aux élèves de planifier leur travail, tout en formant une communauté virtuelle offrant la possibilité de poursuivre le cours de philosophie au-delà des murs du lycée. Si un aspect du cours n'est pas clair, n'hésitez pas à poser des questions par le biais des commentaires en bas de chaque article : j'y répondrai aussi vite que possible.
Secundo, dans un souci écologique d'abord, économique ensuite, il vise à supprimer, sinon toute, du moins la majeure partie des documents photocopiés que je distribuais naguère et qui avaient une singulière tendance à disparaître des cahiers, tant il est vrai, hélas, que les feuilles volantes... s'envolent. Désormais, ces documents, notamment les textes des auteurs, sont disponibles en ligne dans les cours concernés.
Tertio, le document indispensable qu'est le cahier de textes est désormais remplacé par un article correspondant en ligne, qui permet, par des liens hypertexte, de renvoyer au cours. Un élève absent peut donc s'y reporter sans avoir à passer par les notes d'un camarade, parfois fautives ou lacunaires ; dans le cas, enfin, où un problème médical entraînerait mon absence pour une période longue, mon suppléant n'aura qu'à se reporter au site pour savoir exactement où j'en suis et quels buts je poursuis.
Ces trois objectifs, pleinement atteints l'an dernier, demeurent d'actualité.
Primo, dans un souci pédagogique, il s'efforce de faciliter l'année scolaire en permettant aux élèves de planifier leur travail, tout en formant une communauté virtuelle offrant la possibilité de poursuivre le cours de philosophie au-delà des murs du lycée. Si un aspect du cours n'est pas clair, n'hésitez pas à poser des questions par le biais des commentaires en bas de chaque article : j'y répondrai aussi vite que possible.
Secundo, dans un souci écologique d'abord, économique ensuite, il vise à supprimer, sinon toute, du moins la majeure partie des documents photocopiés que je distribuais naguère et qui avaient une singulière tendance à disparaître des cahiers, tant il est vrai, hélas, que les feuilles volantes... s'envolent. Désormais, ces documents, notamment les textes des auteurs, sont disponibles en ligne dans les cours concernés.
Tertio, le document indispensable qu'est le cahier de textes est désormais remplacé par un article correspondant en ligne, qui permet, par des liens hypertexte, de renvoyer au cours. Un élève absent peut donc s'y reporter sans avoir à passer par les notes d'un camarade, parfois fautives ou lacunaires ; dans le cas, enfin, où un problème médical entraînerait mon absence pour une période longue, mon suppléant n'aura qu'à se reporter au site pour savoir exactement où j'en suis et quels buts je poursuis.
Ces trois objectifs, pleinement atteints l'an dernier, demeurent d'actualité.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
publié dans :
Terminales S 2007-2008
Chers parents,
Bienvenue dans le Labyrinthe - initiative qui, je l'espère, recevra votre agrément malgré son apparent « jeunisme ». La création d'un site Internet de philosophie présente, à mon sens, plusieurs avantages pédagogiques décisifs :
La contrepartie de ces avantages est claire : il est souhaitable que vos enfants disposent d'un accès à Internet - je ne dis pas d'un accès « illimité », entendons-nous, mais dans la mesure où le travail à effectuer figure sur le site, il vaut mieux que les élèves puissent en être informés.
Le défi pédagogique du programme de philosophie en série scientifique (consultable sur le site du Ministère) se résume en quatre chiffres : 90 heures de cours annuelles réparties en 30 semaines, 19 notions à examiner, 57 auteurs à présenter. Ces ambitions encyclopédiques excèdent les forces des meilleurs. Aussi le BO laisse-t-il une grande latitude à l'enseignant dans la préparation de son cours : « L'ordre dans lequel les notions sont abordées [...] relève de la liberté philosophique et de la responsabilité du professeur ». Comme le sommaire vous le confirmera, j’organise le mien en quatre parties principales :
Tout au long de l’année, nous cheminerons avec les élèves de S dans l’excellente compagnie de Bertrand Russell, logicien et mathématicien de génie, figure majeure de la philosophie analytique, prix Nobel de la paix : ses lumineux Problèmes de philosophie (traduction de François Rivenc, éditions Payot) éclaireront de nombreuses notions, et seront retenus comme œuvre intégrale à étudier sur l’année. Bien entendu, je procéderai dans le cours à la présentation d’autres œuvres – par exemple le Banquet et la République de Platon, le Prince de Machiavel ou encore la Critique de la raison pure de Kant.
Le cours se complète, en introduction, par un examen du problème du langage parce que, à l’évidence, toute science, toute philosophie, toute littérature, tout conseil de classe, tout dossier de prépa, se présentent comme des recueils de textes ou de paroles, et qu’il convient de vérifier si l’outil linguistique mérite effectivement qu’on s’y fie ; et en conclusion, par un chapitre sur la philosophie elle-même, car il messiérait au professeur de philo, après un examen critique de l’activité des psychologues, des artistes, des ouvriers, des savants, des politiciens, de se soustraire à cette même critique et de s’en tirer à trop bon compte.
Deux idées reçues appellent, de la part de l’enseignant en philosophie, une prise de position claire et nette. Première idée reçue : la philo, au bac, est une « loterie » qui dépend entièrement du correcteur. C’est faux. On constate qu’entre la note à l’épreuve et la note figurant dans le dossier de l’élève, l’écart n’excède deux points que dans 5% des cas - ce qui correspond aux "accidents » des élèves trop stressés, ou soudain transcendés par l'épreuve (il existe aussi des accidents heureux). La grande homogénéité de notation entre les correcteurs se renforce encore lors des commissions d'harmonisation pendant lesquelles nous échangeons nos impressions et délibérons sur les copies difficiles à évaluer. Soulignons-le avec force : la note ne dépend aucunement de la couleur politique ou religieuse du contenu : un professeur croyant peut accorder une note excellente à une copie athée ; un correcteur d’obédience marxiste peut couronner une dissertation d’inspiration conservatrice. Cela pour une raison très simple : la copie de philosophie ne constitue pas un contrôle d’érudition, encore moins un exposé des opinions, mais bien un exercice de réflexion. Nous évaluons en partie la connaissance du programme, mais en partie seulement : on peut écrire une excellente copie sans citer d’auteur (c’est quand même rare). Plus de la moitié de la note juge la rigueur du raisonnement, la précision de la pensée, l’exactitude des nuances, la pertinence des exemples, le sens de l’observation etc. D’où une importante conséquence a contrario : des mauvaises notes répétées en philosophie indiquent un réel problème de réflexion chez l’élève. Un élève qui raisonne juste ne descend pas, sauf accident grave, en dessous de 05/20. Si tel est le cas pour votre enfant, vous devriez vous en alarmer et prendre contact avec l'enseignant.
Deuxième idée reçue : la philo est une discipline où il suffit de « discuter », et qu’on peut s’abstenir de réviser. Ce conseil stupide provoque la moitié des échecs à l’examen parce que les copies inspirées par ce précepte, loin de toute réflexion, exposent des opinions ; or la philosophie commence justement par la mise en question des opinions et leur dépassement. Aussi l’épreuve exige-t-elle une rigueur et une honnêteté intellectuelles au moins égales à celles requises en sciences : ne nous étonnons donc pas qu’une foule de philosophes (Russell, mais aussi Kant, Descartes, Leibniz, Pascal, Platon, entre autres) excellaient aussi en mathématiques, en logique ou en physique.
Une année suffit à peine pour découvrir notre « discipline », au sens propre de ce terme. Non seulement mémoriser régulièrement le cours s’avère indispensable, mais encore il convient de s’en emparer, de le méditer, de l’approfondir par des apports individuels (exemples nouveaux, lectures personnelles, rapprochements avec d’autres disciplines etc.). Je m’emploie à faciliter ce travail par une demande régulière de devoirs-maisons (un par mois à peu près), mais aussi, aussi souvent que possible, de fiches de lecture ou d’analyses de sujets. Ce travail régulier est vérifié en classe, et peut faire l’objet d’une note orale. Le travail doit représenter au moins une heure de préparation par heure de cours (sans compter la préparation des devoirs-maison) – cela au début de l’année, en tous cas (l’habitude facilite l’exercice).
Souhaitant à vos enfants une excellente réussite en juin, je vous prie de recevoir l'expression de ma plus haute considération.
J. C.-A.
Bienvenue dans le Labyrinthe - initiative qui, je l'espère, recevra votre agrément malgré son apparent « jeunisme ». La création d'un site Internet de philosophie présente, à mon sens, plusieurs avantages pédagogiques décisifs :
- Pour les élèves, il s'agit d'un outil pédagogique aussi complet que possible, qui résout bien des situations jadis épineuses. Par exemple, dans la mesure où le cours est en ligne (près des trois quarts du programme sont déjà disponible, et j'espère achever ce travail cette année), un élève malade désireux de rattraper le cours n'a pas à s'en remettre aux notes, toujours partiales, d'un camarade. Les conseils de méthode et les corrigés des devoirs, également mis en ligne, me font gagner de précieuses heures de cours en classe, qui pourront être employées de manière plus intéressante.
- Pour vous, et dans le droit fil de la politique du ministère nous conseillant une meilleure concertation avec les parents d'élève, le site vous permet d'abord, par le cahier de textes, de suivre le travail demandé. Par ailleurs, si ce que votre enfant vous rapporte de mon cours vous paraît douteux ou contestable, vous pouvez vérifier vous-même le contenu de mes propos. Pour toute question, n'hésitez pas à m'envoyer un email (jerome.philo chez free.fr) – mais accordez-moi quelques jours de délai pour répondre, car je suis parfois trop occupé pour consulter ma boîte (en période de corrections de copies, par exemple).
- Pour vous, et dans le droit fil de la politique du ministère nous conseillant une meilleure concertation avec les parents d'élève, le site vous permet d'abord, par le cahier de textes, de suivre le travail demandé. Par ailleurs, si ce que votre enfant vous rapporte de mon cours vous paraît douteux ou contestable, vous pouvez vérifier vous-même le contenu de mes propos. Pour toute question, n'hésitez pas à m'envoyer un email (jerome.philo chez free.fr) – mais accordez-moi quelques jours de délai pour répondre, car je suis parfois trop occupé pour consulter ma boîte (en période de corrections de copies, par exemple).
La contrepartie de ces avantages est claire : il est souhaitable que vos enfants disposent d'un accès à Internet - je ne dis pas d'un accès « illimité », entendons-nous, mais dans la mesure où le travail à effectuer figure sur le site, il vaut mieux que les élèves puissent en être informés.
*
Le défi pédagogique du programme de philosophie en série scientifique (consultable sur le site du Ministère) se résume en quatre chiffres : 90 heures de cours annuelles réparties en 30 semaines, 19 notions à examiner, 57 auteurs à présenter. Ces ambitions encyclopédiques excèdent les forces des meilleurs. Aussi le BO laisse-t-il une grande latitude à l'enseignant dans la préparation de son cours : « L'ordre dans lequel les notions sont abordées [...] relève de la liberté philosophique et de la responsabilité du professeur ». Comme le sommaire vous le confirmera, j’organise le mien en quatre parties principales :
- la philosophie du sujet autour du problème de la conscience, voie d’accès assez aisée à la philosophie : puisque les apparences se distinguent de la réalité, de quoi pouvons-nous être assez certains pour conduire notre vie ? voir par exemple le film « Matrix » qui a popularisé ce problème ;
- l’esthétique : théorie de l’art et du beau, traitée en début d’année pour que des élèves à la culture générale lacunaire puissent la compléter par eux-mêmes, guidés par des lignes directrices tracées en classe ;
- l’épistémologie : théorie de la connaissance rationnelle et du vrai, morceau abstrait et technique du cours, mais évidemment de première importance pour des S et pour les STL ;
- enfin le politique : étude polémique de la morale, de l’éthique et des questions de société sur lesquels les élèves ont déjà, le plus souvent, réfléchi par eux-mêmes, ce qui permet de finir sur une note moins ardue, et de laisser plus de temps pour les révisions.
- l’esthétique : théorie de l’art et du beau, traitée en début d’année pour que des élèves à la culture générale lacunaire puissent la compléter par eux-mêmes, guidés par des lignes directrices tracées en classe ;
- l’épistémologie : théorie de la connaissance rationnelle et du vrai, morceau abstrait et technique du cours, mais évidemment de première importance pour des S et pour les STL ;
- enfin le politique : étude polémique de la morale, de l’éthique et des questions de société sur lesquels les élèves ont déjà, le plus souvent, réfléchi par eux-mêmes, ce qui permet de finir sur une note moins ardue, et de laisser plus de temps pour les révisions.
Tout au long de l’année, nous cheminerons avec les élèves de S dans l’excellente compagnie de Bertrand Russell, logicien et mathématicien de génie, figure majeure de la philosophie analytique, prix Nobel de la paix : ses lumineux Problèmes de philosophie (traduction de François Rivenc, éditions Payot) éclaireront de nombreuses notions, et seront retenus comme œuvre intégrale à étudier sur l’année. Bien entendu, je procéderai dans le cours à la présentation d’autres œuvres – par exemple le Banquet et la République de Platon, le Prince de Machiavel ou encore la Critique de la raison pure de Kant.
Le cours se complète, en introduction, par un examen du problème du langage parce que, à l’évidence, toute science, toute philosophie, toute littérature, tout conseil de classe, tout dossier de prépa, se présentent comme des recueils de textes ou de paroles, et qu’il convient de vérifier si l’outil linguistique mérite effectivement qu’on s’y fie ; et en conclusion, par un chapitre sur la philosophie elle-même, car il messiérait au professeur de philo, après un examen critique de l’activité des psychologues, des artistes, des ouvriers, des savants, des politiciens, de se soustraire à cette même critique et de s’en tirer à trop bon compte.
*
Deux idées reçues appellent, de la part de l’enseignant en philosophie, une prise de position claire et nette. Première idée reçue : la philo, au bac, est une « loterie » qui dépend entièrement du correcteur. C’est faux. On constate qu’entre la note à l’épreuve et la note figurant dans le dossier de l’élève, l’écart n’excède deux points que dans 5% des cas - ce qui correspond aux "accidents » des élèves trop stressés, ou soudain transcendés par l'épreuve (il existe aussi des accidents heureux). La grande homogénéité de notation entre les correcteurs se renforce encore lors des commissions d'harmonisation pendant lesquelles nous échangeons nos impressions et délibérons sur les copies difficiles à évaluer. Soulignons-le avec force : la note ne dépend aucunement de la couleur politique ou religieuse du contenu : un professeur croyant peut accorder une note excellente à une copie athée ; un correcteur d’obédience marxiste peut couronner une dissertation d’inspiration conservatrice. Cela pour une raison très simple : la copie de philosophie ne constitue pas un contrôle d’érudition, encore moins un exposé des opinions, mais bien un exercice de réflexion. Nous évaluons en partie la connaissance du programme, mais en partie seulement : on peut écrire une excellente copie sans citer d’auteur (c’est quand même rare). Plus de la moitié de la note juge la rigueur du raisonnement, la précision de la pensée, l’exactitude des nuances, la pertinence des exemples, le sens de l’observation etc. D’où une importante conséquence a contrario : des mauvaises notes répétées en philosophie indiquent un réel problème de réflexion chez l’élève. Un élève qui raisonne juste ne descend pas, sauf accident grave, en dessous de 05/20. Si tel est le cas pour votre enfant, vous devriez vous en alarmer et prendre contact avec l'enseignant.
Deuxième idée reçue : la philo est une discipline où il suffit de « discuter », et qu’on peut s’abstenir de réviser. Ce conseil stupide provoque la moitié des échecs à l’examen parce que les copies inspirées par ce précepte, loin de toute réflexion, exposent des opinions ; or la philosophie commence justement par la mise en question des opinions et leur dépassement. Aussi l’épreuve exige-t-elle une rigueur et une honnêteté intellectuelles au moins égales à celles requises en sciences : ne nous étonnons donc pas qu’une foule de philosophes (Russell, mais aussi Kant, Descartes, Leibniz, Pascal, Platon, entre autres) excellaient aussi en mathématiques, en logique ou en physique.
Une année suffit à peine pour découvrir notre « discipline », au sens propre de ce terme. Non seulement mémoriser régulièrement le cours s’avère indispensable, mais encore il convient de s’en emparer, de le méditer, de l’approfondir par des apports individuels (exemples nouveaux, lectures personnelles, rapprochements avec d’autres disciplines etc.). Je m’emploie à faciliter ce travail par une demande régulière de devoirs-maisons (un par mois à peu près), mais aussi, aussi souvent que possible, de fiches de lecture ou d’analyses de sujets. Ce travail régulier est vérifié en classe, et peut faire l’objet d’une note orale. Le travail doit représenter au moins une heure de préparation par heure de cours (sans compter la préparation des devoirs-maison) – cela au début de l’année, en tous cas (l’habitude facilite l’exercice).
Souhaitant à vos enfants une excellente réussite en juin, je vous prie de recevoir l'expression de ma plus haute considération.
J. C.-A.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
publié dans :
Terminales S 2007-2008











