0. Commençons par rappeler l'essentiel de l'essentiel.
0.1. Il s'agit d'un exercice.
0.2. Il s'agit d'un exercice de réflexion.
Nul ne possède la solution : pas plus les auteurs que votre prof ou moi. Lire des corrigés ou des méthodes n'a jamais enseigné à quiconque à rédiger une bonne copie de philo, pas plus que la mémorisation de traités d'anatomie n'a produit un seul grand chirurgien. Opérer par soi-même reste indispensable. Candidats au bac, vous devez travailler la technique de la copie de philo en... écrivant des copies de philo. Pour la maîtriser, vous n'aurez pas trop d'une année.
0.3. La notion de problème.
0.4. Les consignes implicites découlant de la notion de problème.
Aussi la structure de la copie de philosophie (introduction, développement en trois parties, conclusion) découle-t-elle intégralement de la notion de problème. Par voie de conséquence, si vous parvenez à déterminer le problème, rédiger la copie s'avérera très facile ; tandis que, si vous tentez de "remplir" la structure "thèse-antithèse-synthèse" sans avoir cerné le problème, vous parviendrez à un "remplissage", justement, qui peinera à dépasser 10/20.
Maintenant, entrons dans le vif du sujet :
La copie de philosophie au baccalauréat constitue un exercice de réflexion.
0.1. Il s'agit d'un exercice.
Dès lors, toute copie de philosophie, même excellente, conserve un caractère en partie artificiel. Aucune grande oeuvre de philosophie n'a pris la forme d'une dissertation ou d'une explication de texte.
En tant qu'exercice, par ailleurs, elle implique des consignes à respecter. Ces consignes découlent en large part du fait même que la copie de philosophie constitue un exercice de réflexion (voir ci-dessous 0.4). Sans doute contraignantes, elles vous paraîtront peut-être pénibles à mettre en oeuvre au début ; mais elles permettent autant l'écriture de copies médiocres que d'excellents devoirs, tout comme la versification classique produisit des vers de mirliton ou Phèdre.
En tant qu'exercice, par ailleurs, elle implique des consignes à respecter. Ces consignes découlent en large part du fait même que la copie de philosophie constitue un exercice de réflexion (voir ci-dessous 0.4). Sans doute contraignantes, elles vous paraîtront peut-être pénibles à mettre en oeuvre au début ; mais elles permettent autant l'écriture de copies médiocres que d'excellents devoirs, tout comme la versification classique produisit des vers de mirliton ou Phèdre.
0.2. Il s'agit d'un exercice de réflexion.
La copie de philosophie n'est pas un contrôle de connaissances. Du fait même qu'il s'agit de philosophie, nul ne possède la solution de la question - sinon, nous ferions de la science.
(On devine dès à présent toute la frustration que porte la philosophie, puisqu'elle n'apportera probablement pas de réponse définitive à la question ; et en même temps, sa grandeur, puisqu'elle se tient à la lisière de l'inconnu.)
(On devine dès à présent toute la frustration que porte la philosophie, puisqu'elle n'apportera probablement pas de réponse définitive à la question ; et en même temps, sa grandeur, puisqu'elle se tient à la lisière de l'inconnu.)
Nul ne possède la solution : pas plus les auteurs que votre prof ou moi. Lire des corrigés ou des méthodes n'a jamais enseigné à quiconque à rédiger une bonne copie de philo, pas plus que la mémorisation de traités d'anatomie n'a produit un seul grand chirurgien. Opérer par soi-même reste indispensable. Candidats au bac, vous devez travailler la technique de la copie de philo en... écrivant des copies de philo. Pour la maîtriser, vous n'aurez pas trop d'une année.
Puisque nul ne possède la solution, il s'ensuit que la question pose un problème.
0.3. La notion de problème.
On n'entend pas par là un simple exercice difficile dont on vous demande la solution - au sens où les mathématiques ou la physique emploient le mot "problème". En philosophie, ce terme a plutôt le sens de "dilemme", de choix très embarrassant, dont les diverses solutions se révèlent toutes peu satisfaisantes, voire carrément inacceptables. Toutes proportions gardées, le problème de philosophie place le philosophe dans la même situation qu'un résistant arrêté et torturé par la milice, à qui son bourreau déclare soudain : "Maintenant, soit tu dénonces tes amis, soit je fais subir à ton enfant ce que tu viens d'endurer."
Le problème, selon l'étymologie grecque problêma, arrête la pensée. C'est, écrit Platon, "un rempart qu'il faut franchir en combattant" (Sophiste, 261a). Les plus grands esprits affrontent ces questions depuis trois millénaires sans parvenir à les résoudre : vous n'y arriverez pas en quatre heures. Aussi nul ne vous demande de trouver la "solution" de la question posée, mais le jury exige du candidat qu'il ait déterminé le problème.
Pour faire image : on ne vous demande pas de faire sortir l'éléphant (surtout quand il se montre particulièrement rétif et agressif) du magasin de porcelaines (d'autant que la porte n'est peut-être pas assez large pour lui) ; mais on exige que vous ayez vu l'éléphant, sans quoi vous êtes vraiment myopes. Quant aux porcelaines, me direz-vous, que représentent-elles dans cette allégorie ? Eh bien, chers amis, ces porcelaines sont nos préjugés, nos croyances, nos valeurs, nos petites certitudes confortables.
Le problème, selon l'étymologie grecque problêma, arrête la pensée. C'est, écrit Platon, "un rempart qu'il faut franchir en combattant" (Sophiste, 261a). Les plus grands esprits affrontent ces questions depuis trois millénaires sans parvenir à les résoudre : vous n'y arriverez pas en quatre heures. Aussi nul ne vous demande de trouver la "solution" de la question posée, mais le jury exige du candidat qu'il ait déterminé le problème.
Pour faire image : on ne vous demande pas de faire sortir l'éléphant (surtout quand il se montre particulièrement rétif et agressif) du magasin de porcelaines (d'autant que la porte n'est peut-être pas assez large pour lui) ; mais on exige que vous ayez vu l'éléphant, sans quoi vous êtes vraiment myopes. Quant aux porcelaines, me direz-vous, que représentent-elles dans cette allégorie ? Eh bien, chers amis, ces porcelaines sont nos préjugés, nos croyances, nos valeurs, nos petites certitudes confortables.
Face à la question de philosophie, toutes nos conceptions, toutes nos raisons de vivre, risquent de s'écrouler. Chaque fois. Le danger est réel. Le danger est extrême. Seul un sot y resterait insensible. Pourquoi se poser des questions si difficiles ? Voyez ici.
0.4. Les consignes implicites découlant de la notion de problème.
Remarquons d'abord que le sujet de philosophie ne comporte pas, comme les sujets de français que vous avez pu traiter pendant les épreuves anticipées, de consigne explicite. Vous n'avez que la question, ou le texte : les consignes sont donc implicites. Elles découlent de la notion de problème.
Primo, vous devez présenter le problème - l'introduire - exactement de la même manière qu'on présente une personne à une autre. Pour introduire le problème, vous devez :
- montrer sa réalité (ce n'est ni un jeu de mots ni une attrape : nous avons quelque chose à y perdre) ;
- montrer son urgence (tout le monde a quelque chose à y perdre et par ailleurs le problème se pose même dans des situations courantes).
Secundo, vous devez développer le problème. Dans le cas de l'explication de texte, comment l'auteur résout-il la question ? Quels arguments fait-il valoir ? En quoi sont-ils convaincants ? Le plus simple pour y parvenir consiste à déterminer le plan du texte (sauf cas exceptionnel, l'extrait se divise en trois parties), puis de l'examiner morceau par morceau.
Dans le cas de la dissertation, approfondir le problème consiste à justifier solidement deux manière antagonistes de répondre à la question (on les appelle habituellement "thèse" et "antithèse"). Ces justifications existent nécessairement sans quoi nous n'affronterions pas de problème.
Tertio, sachez que, sauf cas exceptionnel, la dissertation exige une troisième partie ("synthèse"). Certaines méthodes tolèrent, voire promeuvent, le plan en deux parties, mais je le déconseille vivement : il n'est pas naturel à la pensée de s'arrêter entre le pour et le contre, entre la piscine et le cinéma. Il faut choisir ! ou, à tout le moins, il faut expliquer pourquoi on ne peut (ou ne veut) pas choisir. Du reste, la synthèse permet d'accomplir un parcours philosophique authentique et personnel. Elèves désireux de vous exprimer, ne renoncez pas à la synthèse : elle est faite pour vous !
Quarto, à l'issue de ce parcours, il convient d'en tirer les principaux enseignements dans une conclusion.
Primo, vous devez présenter le problème - l'introduire - exactement de la même manière qu'on présente une personne à une autre. Pour introduire le problème, vous devez :
- montrer sa réalité (ce n'est ni un jeu de mots ni une attrape : nous avons quelque chose à y perdre) ;
- montrer son urgence (tout le monde a quelque chose à y perdre et par ailleurs le problème se pose même dans des situations courantes).
Secundo, vous devez développer le problème. Dans le cas de l'explication de texte, comment l'auteur résout-il la question ? Quels arguments fait-il valoir ? En quoi sont-ils convaincants ? Le plus simple pour y parvenir consiste à déterminer le plan du texte (sauf cas exceptionnel, l'extrait se divise en trois parties), puis de l'examiner morceau par morceau.
Dans le cas de la dissertation, approfondir le problème consiste à justifier solidement deux manière antagonistes de répondre à la question (on les appelle habituellement "thèse" et "antithèse"). Ces justifications existent nécessairement sans quoi nous n'affronterions pas de problème.
Tertio, sachez que, sauf cas exceptionnel, la dissertation exige une troisième partie ("synthèse"). Certaines méthodes tolèrent, voire promeuvent, le plan en deux parties, mais je le déconseille vivement : il n'est pas naturel à la pensée de s'arrêter entre le pour et le contre, entre la piscine et le cinéma. Il faut choisir ! ou, à tout le moins, il faut expliquer pourquoi on ne peut (ou ne veut) pas choisir. Du reste, la synthèse permet d'accomplir un parcours philosophique authentique et personnel. Elèves désireux de vous exprimer, ne renoncez pas à la synthèse : elle est faite pour vous !
Quarto, à l'issue de ce parcours, il convient d'en tirer les principaux enseignements dans une conclusion.
Aussi la structure de la copie de philosophie (introduction, développement en trois parties, conclusion) découle-t-elle intégralement de la notion de problème. Par voie de conséquence, si vous parvenez à déterminer le problème, rédiger la copie s'avérera très facile ; tandis que, si vous tentez de "remplir" la structure "thèse-antithèse-synthèse" sans avoir cerné le problème, vous parviendrez à un "remplissage", justement, qui peinera à dépasser 10/20.
Autrement dit : déterminer le problème doit constituer pour vous la priorité des priorités.
Maintenant, entrons dans le vif du sujet :
Méthode didactique de la dissertation
Méthode empirique de la dissertation
Méthode didactique de l'explication de texte
Méthode empirique de la dissertation
Méthode didactique de l'explication de texte
par Jérôme Coudurier-Abaléa
publié dans :
Méthodes
Nota Bene : cette méthode "didactique" explique comment écrire une explication de texte. Elle prend pour exemple concret l'étude d'un texte de Descartes comparant les organismes vivants et les machines mécaniques, dont un corrigé intégral se trouve ici.
Nota Bene 2 : après chaque "étape" de l'explication figurent deux chiffres. Le premier correspond au temps indicatif que devrait durer l'étape, le second au temps cumulé depuis le début de l'épreuve. Evidemment, ces chiffres sont indicatifs : pour certains textes, le problème est beaucoup plus "visible" (ou plus facile à formuler) que pour d'autres, d'où une recherche moins longue.
Nota Bene 3 : cette méthode paraîtra peut-être longue à lire ; certains auront sans doute du mal à ingurgiter tous ces conseils et à les mettre en pratique du premier coup. Il existe des méthodes plus synthétiques et moins "bavardes", dans un sens, que celle qui suit (par exemple, en voici une fort recommandable) ; mais elles me semblent présenter un grave défaut : à en dire si peu, elles finissent par soulever plus de questions qu'elles n'en résolvent et le candidat, embarrassé devant ce qu'il prend pour du flou, hésite à exercer sa pleine liberté.
Nota Bene 4 : une méthode exige d'être mise en pratique. Cette remarque vaut particulièrement pour l'explication de texte, exercice que les élèves choisissent rarement - faute d'un entraînement pendant l'année ! Comme le sujet de baccalauréat présente toujours deux questions de dissertation et un seul texte à expliquer, les candidats s'imaginent qu'ils ont "deux fois plus de chances" de produire une dissertation qu'une explication le jour de l'épreuve, et ils négligent complètement de s'entraîner à l'explication. Erreur stratégique ! Ces dernières années, les textes proposés à la sagacité des candidats pouvaient être traités avec une certaine aisance, que les sujets de dissertation excluaient sévèrement. Il faut donc, malgré les réticences ou le malaise que peut vous inspirer l'explication, vous mesurer à cet exercice, plusieurs fois au cours de l'année : refuser par principe un des exercices est aussi dangereux que de faire une impasse...
Etape 0 : lire tous les sujets et choisir le sien (15' - 0h15).
Nota Bene 2 : après chaque "étape" de l'explication figurent deux chiffres. Le premier correspond au temps indicatif que devrait durer l'étape, le second au temps cumulé depuis le début de l'épreuve. Evidemment, ces chiffres sont indicatifs : pour certains textes, le problème est beaucoup plus "visible" (ou plus facile à formuler) que pour d'autres, d'où une recherche moins longue.
Nota Bene 3 : cette méthode paraîtra peut-être longue à lire ; certains auront sans doute du mal à ingurgiter tous ces conseils et à les mettre en pratique du premier coup. Il existe des méthodes plus synthétiques et moins "bavardes", dans un sens, que celle qui suit (par exemple, en voici une fort recommandable) ; mais elles me semblent présenter un grave défaut : à en dire si peu, elles finissent par soulever plus de questions qu'elles n'en résolvent et le candidat, embarrassé devant ce qu'il prend pour du flou, hésite à exercer sa pleine liberté.
Nota Bene 4 : une méthode exige d'être mise en pratique. Cette remarque vaut particulièrement pour l'explication de texte, exercice que les élèves choisissent rarement - faute d'un entraînement pendant l'année ! Comme le sujet de baccalauréat présente toujours deux questions de dissertation et un seul texte à expliquer, les candidats s'imaginent qu'ils ont "deux fois plus de chances" de produire une dissertation qu'une explication le jour de l'épreuve, et ils négligent complètement de s'entraîner à l'explication. Erreur stratégique ! Ces dernières années, les textes proposés à la sagacité des candidats pouvaient être traités avec une certaine aisance, que les sujets de dissertation excluaient sévèrement. Il faut donc, malgré les réticences ou le malaise que peut vous inspirer l'explication, vous mesurer à cet exercice, plusieurs fois au cours de l'année : refuser par principe un des exercices est aussi dangereux que de faire une impasse...
Etape 0 : lire tous les sujets et choisir le sien (15' - 0h15).
Trois sujets (deux de dissertation, un d'explication) vous sont proposés : vous devez en traiter un, et un seul. Choisissez-le donc soigneusement, selon ce que vous vous sentez le mieux capable de réussir. Aussi la lecture préliminaire doit-elle être active. Ne vous laissez pas tétaniser par les questions mais d'emblée opérez des rapprochements avec certaines parties du cours ou certaines auteurs pour vous faire une idée des notions auxquelles la question réfère : voyez pourquoi ici.
Vous choisirez de préférence (1) le sujet portant sur la partie du cours que vous maîtrisez le mieux (vous n'avez évidemment pas fait d'impasse, mais certaines notions vous intéressent plus que d'autres ou ont provoqué chez vous plus de méditations) ; ou bien (2) le sujet qui vous paraît le plus choquant, le plus gênant, ou le plus bizarre (le problème est beaucoup plus facile à déterminer dans ces cas).
Quelques stratégies foireuses. Ne rejetez pas "par principe" l'un ou l'autre des exercices au motif que vous n'êtes pas familiarisé avec la méthode : si le texte vous pose tout de suite un grave problème, choisissez-le même si vous n'avez jamais rédigé d'explication parce qu'un problème bien compris constitue presque la garantie d'une note correcte. Ne choisissez pas "par prudence" le sujet qui vous paraît le "plus facile" : c'est un piège ! Le problème sera d'autant plus difficile à cerner que, précisément, vous avez l'impression que le sujet est facile - donc ne pose pas de problème.
Petits veinards ! Vous découvrez le jour de l'examen, à votre très agréable surprise, que vous avez déjà traité le texte à expliquer, ou que vous en avez déjà lu un corrigé (par exemple ici). Le coup de bol ! Evidemment, dans ce cas, vous choisissez ce sujet, à la double condition (1) que vous ayez compris et bien retenu le corrigé et (2) que vous ne vous contentiez pas de recracher un corrigé-type mais que vous l'ayez mis à votre sauce en approfondissant, en proposant des exemples originaux et pertinents, etc.
Vous choisirez de préférence (1) le sujet portant sur la partie du cours que vous maîtrisez le mieux (vous n'avez évidemment pas fait d'impasse, mais certaines notions vous intéressent plus que d'autres ou ont provoqué chez vous plus de méditations) ; ou bien (2) le sujet qui vous paraît le plus choquant, le plus gênant, ou le plus bizarre (le problème est beaucoup plus facile à déterminer dans ces cas).
Quelques stratégies foireuses. Ne rejetez pas "par principe" l'un ou l'autre des exercices au motif que vous n'êtes pas familiarisé avec la méthode : si le texte vous pose tout de suite un grave problème, choisissez-le même si vous n'avez jamais rédigé d'explication parce qu'un problème bien compris constitue presque la garantie d'une note correcte. Ne choisissez pas "par prudence" le sujet qui vous paraît le "plus facile" : c'est un piège ! Le problème sera d'autant plus difficile à cerner que, précisément, vous avez l'impression que le sujet est facile - donc ne pose pas de problème.
Petits veinards ! Vous découvrez le jour de l'examen, à votre très agréable surprise, que vous avez déjà traité le texte à expliquer, ou que vous en avez déjà lu un corrigé (par exemple ici). Le coup de bol ! Evidemment, dans ce cas, vous choisissez ce sujet, à la double condition (1) que vous ayez compris et bien retenu le corrigé et (2) que vous ne vous contentiez pas de recracher un corrigé-type mais que vous l'ayez mis à votre sauce en approfondissant, en proposant des exemples originaux et pertinents, etc.
Etape 1 : Débroussailler le texte (15' - 0h30).
Contrairement aux sujets de dissertation - qui vous sont donnés "secs" - le sujet d'explication s'accompagne d'une consigne, toujours la même. Lisons-la :
"La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question."
On ne saurait être plus lumineux. Partie négative de la consigne (première phrase - ce que vous ne devez pas faire) : pas d'érudition livresque. Vous avez peut-être lu avec passion le Discours de la méthode mais le texte à étudier ici, en l'occurrence, n'a rien à voir avec le cogito. On ne vous demande pas une fiche de lecture, ni (encore moins !) une notice biographique. J'aurai l'occasion de le répéter, mais aucun renseignement sur l'auteur ni sur son siècle ne sont nécessaires en introduction !
A contrario, cette première phrase est porteuse s'espérance : même si vous ne connaissez pas du tout l'auteur qui signe l'extrait, vous pouvez réussir une explication brillante.
Partie positive de la consigne (deuxième phrase : ce qu'on vous demande de faire) : votre copie doit "rendre compte du problème" dont il est question dans l'extrait. Chaque extrait proposé au baccalauréat présente un problème, et un seul : c'est ce problème dont il faut montrer les tenants et les aboutissants. Au cas où vous l'auriez déjà oublié, déterminer le problème doit être pour vous la priorité des priorités (voir les remarques préliminaires).
Précision supplémentaire : vous parviendrez à une explication réussie "par la compréhension précise du texte". On vous le souligne : "précise".
Pour résumer : le texte, tout le texte, et rien que le texte. Ce texte que vous avez sous les yeux. Comment mieux vous assurer que vous avez toutes les cartes en mains ?
La compréhension du texte requiert un défrichage" en trois temps - ce qui exige, à tous points de vue pratiques, trois lectures préalables du texte.
"La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question."
On ne saurait être plus lumineux. Partie négative de la consigne (première phrase - ce que vous ne devez pas faire) : pas d'érudition livresque. Vous avez peut-être lu avec passion le Discours de la méthode mais le texte à étudier ici, en l'occurrence, n'a rien à voir avec le cogito. On ne vous demande pas une fiche de lecture, ni (encore moins !) une notice biographique. J'aurai l'occasion de le répéter, mais aucun renseignement sur l'auteur ni sur son siècle ne sont nécessaires en introduction !
A contrario, cette première phrase est porteuse s'espérance : même si vous ne connaissez pas du tout l'auteur qui signe l'extrait, vous pouvez réussir une explication brillante.
Partie positive de la consigne (deuxième phrase : ce qu'on vous demande de faire) : votre copie doit "rendre compte du problème" dont il est question dans l'extrait. Chaque extrait proposé au baccalauréat présente un problème, et un seul : c'est ce problème dont il faut montrer les tenants et les aboutissants. Au cas où vous l'auriez déjà oublié, déterminer le problème doit être pour vous la priorité des priorités (voir les remarques préliminaires).
Précision supplémentaire : vous parviendrez à une explication réussie "par la compréhension précise du texte". On vous le souligne : "précise".
Pour résumer : le texte, tout le texte, et rien que le texte. Ce texte que vous avez sous les yeux. Comment mieux vous assurer que vous avez toutes les cartes en mains ?
La compréhension du texte requiert un défrichage" en trois temps - ce qui exige, à tous points de vue pratiques, trois lectures préalables du texte.
1.1. Saisir le thème du texte
De quoi est-il question, de manière très générale ? De quoi parle le texte ? Sur quelles notions porte-t-il ? Dans l'exemple proposé, Descartes compare les êtres vivants et les machines mécaniques.
De quoi est-il question, de manière très générale ? De quoi parle le texte ? Sur quelles notions porte-t-il ? Dans l'exemple proposé, Descartes compare les êtres vivants et les machines mécaniques.
1.2. Définir les termes du sujet.
Tous les noms et verbes abstraits du texte doivent recevoir une définition. Ne vous imaginez pas que l'auteur emploie le vocabulaire exactement comme vous en avez l'habitude dans vos relations avec vos copains. Outre le lexique philosophique (supposé connu), vous devez vous assurer que vous comprenez bien ce que l'auteur veut dire : certains mots ont changé de signification au cours des siècles, d'autres sont polysémiques. Cas vécu : dans un texte, Kant explique que, aussi longtemps qu'un individu se soumet à des "directeurs" de conscience (Kant mentionne les livres de morale, les docteurs et les prêtres comme exemple), il tarde à exercer sa pleine liberté de penser, sa pleine maturité, et reste donc, comme un enfant, un "mineur". Une copie comprit "mineur" comme "employé de la mine" et "directeur" comme "PDG". Heureusement, toutes les copies ne commettent pas de telles confusions, mais on trouve fréquemment des approximations ou des négligences qui vicient les explications. Dans le texte de Descartes donné en exemple, il fallait être très attentif à ce que l'auteur entend par "nature" et "naturel". Seul ce travail définitionnel accompli dès le début de l'épreuve vous évitera le premier écueil fatal en matière d'explication de texte : le contresens (c'est-à-dire comprendre autre chose que ce que l'auteur affirme). Voyez ici les vertus des définitions.
1.3. Formuler la thèse de l'auteur
Quelle position l'auteur soutient-il ? Quelle opinion affirme-t-il ? Comment la justifie-t-il ? Pourquoi ? Quels exemples emploie-t-il ? Quels raisonnements ? Quels arguments ? Quelles précautions prend-il ? Contre quelles critiques se prémunit-il ? Dans le texte proposé, la seconde phrase donne explicitement la thèse : toutes les choses qui sont artificielles sont avec cela naturelles. Pour Descartes, il n'existe aucune différence de nature entre les êtres vivants et les machines ; mais dans certains extraits, la thèse de l'auteur, faute de se présenter en toutes lettres, s'avère moins facile à saisir.
Tous les noms et verbes abstraits du texte doivent recevoir une définition. Ne vous imaginez pas que l'auteur emploie le vocabulaire exactement comme vous en avez l'habitude dans vos relations avec vos copains. Outre le lexique philosophique (supposé connu), vous devez vous assurer que vous comprenez bien ce que l'auteur veut dire : certains mots ont changé de signification au cours des siècles, d'autres sont polysémiques. Cas vécu : dans un texte, Kant explique que, aussi longtemps qu'un individu se soumet à des "directeurs" de conscience (Kant mentionne les livres de morale, les docteurs et les prêtres comme exemple), il tarde à exercer sa pleine liberté de penser, sa pleine maturité, et reste donc, comme un enfant, un "mineur". Une copie comprit "mineur" comme "employé de la mine" et "directeur" comme "PDG". Heureusement, toutes les copies ne commettent pas de telles confusions, mais on trouve fréquemment des approximations ou des négligences qui vicient les explications. Dans le texte de Descartes donné en exemple, il fallait être très attentif à ce que l'auteur entend par "nature" et "naturel". Seul ce travail définitionnel accompli dès le début de l'épreuve vous évitera le premier écueil fatal en matière d'explication de texte : le contresens (c'est-à-dire comprendre autre chose que ce que l'auteur affirme). Voyez ici les vertus des définitions.
1.3. Formuler la thèse de l'auteur
Quelle position l'auteur soutient-il ? Quelle opinion affirme-t-il ? Comment la justifie-t-il ? Pourquoi ? Quels exemples emploie-t-il ? Quels raisonnements ? Quels arguments ? Quelles précautions prend-il ? Contre quelles critiques se prémunit-il ? Dans le texte proposé, la seconde phrase donne explicitement la thèse : toutes les choses qui sont artificielles sont avec cela naturelles. Pour Descartes, il n'existe aucune différence de nature entre les êtres vivants et les machines ; mais dans certains extraits, la thèse de l'auteur, faute de se présenter en toutes lettres, s'avère moins facile à saisir.
Etape 2 : Déterminer le problème (30' - 1h00)
Pourquoi donc l'auteur se met-il en peine de formuler cette thèse ? S'il y consacre quinze ou vingt lignes, c'est sans doute qu'une telle thèse ne coule pas de source et ne relève pas des évidences ; autrement dit, qu'une thèse contraire pourrait être soutenue victorieusement. Efforcez-vous d'argumenter, mentalement, cette antithèse : quels arguments opposeriez-vous à Descartes pour prouver que les machines ne peuvent pas du tout être assimilées à des animaux, ni les animaux réduits à des machines ? Pourquoi cette question ne vous laisse-t-elle pas indifférents ? Pourquoi ne traitez-vous pas votre chat, votre chien, votre cheval ou votre poisson rouge comme vous traitez votre stylo bille, votre jean ou votre vélo ?
Une fois l'antithèse argumentée, vous pouvez commencer à percevoir le problème, en vous élevant vers l'abstraction et en cherchant les enjeux. Par exemple, dans cet extrait : peut-on vraiment réduire le vivant à une série de processus fondamentalement mécaniques ? Peut-on dissoudre la biologie dans la physique ? Sinon pourquoi ?
Hypergaffe ! Cette étape conditionne tout le reste, évidemment, puisque la consigne vous demande explicitement de "rendre compte du problème". N'hésitez pas à passer beaucoup de temps, au brouillon, à indiquer toutes les conséquences que la thèse de l'auteur peut avoir, toutes les justifications qu'on pourrait lui apporter, et toutes les objections qu'on pourrait lui opposer. Un problème de philosophie n'est jamais unidimensionnel. Dans le cas du texte de Descartes, le problème de la classification des êtres entre vivants et inertes se pose visiblement ; mais au-delà, se pose plus généralement le problème du corps et de ce qui l'affecte. Par exemple, dans la thèse de Descartes, peut-on vraiment faire la différence entre une blessure sur un corps humain et une panne dans un mécanisme ?
Ces recherches achevées, il peut être utile de formuler le problème en une seule question - comme si vous inventiez un sujet de dissertation : cette question occupera, à la fin de l'épreuve, le centre de votre introduction.
Stratégie payante : avant d'aller plus loin, il faut absolument que vous réexaminiez les différentes notes prises au brouillon pour vérifier que toutes se rattachent au texte. N'hésitez pas à vous rajuster : emporté par la pensée, l'esprit peut dériver très loin de ses considérations initiales. Ici par exemple vous risquiez, vu la première phrase de l'extrait, de vous perdre en considérations oiseuses sur la nécessité où se trouvent les ingénieurs de voir les engrenages qu'ils disposent pour construire les machines. N'hésitez pas à revenir au texte pour une quatrième, voire une cinquième lecture. Le recul critique vous évitera le deuxième écueil fatal en matière d'explication de texte : la surinterprétation, c'est-à-dire le fait d'imputer à l'auteur des idées ou des soucis qui lui sont étrangers. Cas vécu : un bon élève, expliquant un texte de Rousseau sur l'origine des langues, me remit une copie étincelante retraçant avec un rare brio l'évolution des primates depuis homo erectus. Hélas ce merveilleux devoir de paléontologie se tenait consciencieusement à l'écart de la philosophie...
Une fois l'antithèse argumentée, vous pouvez commencer à percevoir le problème, en vous élevant vers l'abstraction et en cherchant les enjeux. Par exemple, dans cet extrait : peut-on vraiment réduire le vivant à une série de processus fondamentalement mécaniques ? Peut-on dissoudre la biologie dans la physique ? Sinon pourquoi ?
Hypergaffe ! Cette étape conditionne tout le reste, évidemment, puisque la consigne vous demande explicitement de "rendre compte du problème". N'hésitez pas à passer beaucoup de temps, au brouillon, à indiquer toutes les conséquences que la thèse de l'auteur peut avoir, toutes les justifications qu'on pourrait lui apporter, et toutes les objections qu'on pourrait lui opposer. Un problème de philosophie n'est jamais unidimensionnel. Dans le cas du texte de Descartes, le problème de la classification des êtres entre vivants et inertes se pose visiblement ; mais au-delà, se pose plus généralement le problème du corps et de ce qui l'affecte. Par exemple, dans la thèse de Descartes, peut-on vraiment faire la différence entre une blessure sur un corps humain et une panne dans un mécanisme ?
Ces recherches achevées, il peut être utile de formuler le problème en une seule question - comme si vous inventiez un sujet de dissertation : cette question occupera, à la fin de l'épreuve, le centre de votre introduction.
Stratégie payante : avant d'aller plus loin, il faut absolument que vous réexaminiez les différentes notes prises au brouillon pour vérifier que toutes se rattachent au texte. N'hésitez pas à vous rajuster : emporté par la pensée, l'esprit peut dériver très loin de ses considérations initiales. Ici par exemple vous risquiez, vu la première phrase de l'extrait, de vous perdre en considérations oiseuses sur la nécessité où se trouvent les ingénieurs de voir les engrenages qu'ils disposent pour construire les machines. N'hésitez pas à revenir au texte pour une quatrième, voire une cinquième lecture. Le recul critique vous évitera le deuxième écueil fatal en matière d'explication de texte : la surinterprétation, c'est-à-dire le fait d'imputer à l'auteur des idées ou des soucis qui lui sont étrangers. Cas vécu : un bon élève, expliquant un texte de Rousseau sur l'origine des langues, me remit une copie étincelante retraçant avec un rare brio l'évolution des primates depuis homo erectus. Hélas ce merveilleux devoir de paléontologie se tenait consciencieusement à l'écart de la philosophie...
Etape 3 : Déterminer le plan du texte (10' - 1h10)
Saisir le problème philosophique posé en filigrane par le texte ("sous" la thèse, en quelque sorte) vous permet non seulement de comprendre pourquoi l'auteur se sent obligé d'argumenter cette question, mais aussi de quels moyens et de quels arguments il dispose pour l'argumenter. Comment choisit-il de raisonner ? Quel parcours sa pensée effectue-t-elle ? Dans quel ordre présente-t-il les arguments, et pourquoi ?
En principe, les extraits proposés au baccalauréat peuvent se diviser en trois parties ; bien plus rarement, en deux ou en quatre parties.
En principe, les extraits proposés au baccalauréat peuvent se diviser en trois parties ; bien plus rarement, en deux ou en quatre parties.
Stratégie foireuse : parce que le but de ce "défrichage" vise à déterminer le plan de l'extrait, nombre de candidats, par crainte de manquer de temps, commencent par là. On les imagine, ciseaux en mains, comme la Moire Atropos (ci-contre, Un fil doré de John Strudwick), en vrais obsédés du découpage. Excellent moyen de diviser le texte au petit bonheur la chance, de séparer des phrases intimement liées, de raccrocher deux propositions qui au contraire marquent une rupture dans l'argument, et finalement de ne rien comprendre à l'extrait. Il faut, pour comprendre un texte philosophique, procéder dans l'ordre indiqué ci-dessus. Cela vous paraît peut-être un peu rigide et dirigiste, mais cette règle, à ma connaissance, ne souffre aucune exception.Etape 4 : Etablir le plan de la copie (5' - 1h15)
Quoi de plus commode ? Vous avez divisé l'extrait en deux ou trois parties. Chaque partie de votre copie se consacrera à une partie de l'extrait. Et voilà ! Dans l'explication de texte, le plan de la copie ne pose jamais de difficulté, si toutefois le défrichage a été accompli correctement.
Plus précisément, chaque partie de l'extrait constitue un temps de l'argument dans la pensée de l'auteur. Elle joue un rôle de fond (elle affirme quelque chose) et un rôle de forme (elle affirme cela à un moment voulu, dans un certain style). La "compréhension précise du texte" qu'on vous demande consiste exactement à montrer quelle fonction chaque partie du texte occupe par rapport à l'ensemble de la thèse. En somme : que l'auteur écrit-il ? Pourquoi l'écrit-il de la manière dont il l'écrit ? Comment cette partie s'articule-t-elle avec les autres ? Répondre, pour chaque partie du texte, à ces trois questions, vous permet d'éviter le troisième écueil fatal en matière d'explication de texte : la paraphrase, c'est-à-dire le recopiage du texte dissimulé sous un lexique différent - souvent moins pertinent, moins net et moins coloré.
Par ailleurs, suivre rigoureusement le plan de l'extrait vous évite la stratégie hyperfoireuse qui consiste à... oublier complètement le texte pour écrire une dissertation répondant au problème ! Nombre de candidats se perdent dans ce douteux mélange d'exercices.
Plus précisément, chaque partie de l'extrait constitue un temps de l'argument dans la pensée de l'auteur. Elle joue un rôle de fond (elle affirme quelque chose) et un rôle de forme (elle affirme cela à un moment voulu, dans un certain style). La "compréhension précise du texte" qu'on vous demande consiste exactement à montrer quelle fonction chaque partie du texte occupe par rapport à l'ensemble de la thèse. En somme : que l'auteur écrit-il ? Pourquoi l'écrit-il de la manière dont il l'écrit ? Comment cette partie s'articule-t-elle avec les autres ? Répondre, pour chaque partie du texte, à ces trois questions, vous permet d'éviter le troisième écueil fatal en matière d'explication de texte : la paraphrase, c'est-à-dire le recopiage du texte dissimulé sous un lexique différent - souvent moins pertinent, moins net et moins coloré.
Par ailleurs, suivre rigoureusement le plan de l'extrait vous évite la stratégie hyperfoireuse qui consiste à... oublier complètement le texte pour écrire une dissertation répondant au problème ! Nombre de candidats se perdent dans ce douteux mélange d'exercices.
Etape 5 : Rassembler des arguments pour affiner l'explication (30' - 1h45)
A ce stade, vous pouvez produire une copie solide, parce que charpentée par une compréhension argumentative et rhétorique du texte. Il convient cependant d'approfondir pour réaliser un devoir pleinement satisfaisant.
Pour vivifier l'explication, vous pouvez notamment :
- donner un exemple concret lorsque l'auteur livre un raisonnement abstrait (voyez ici quels bons exemples vous pouvez trouver) ;
- tirer explicitement la leçon générale que l'auteur veut nous apprendre par un exemple particulier ;
- déceler une éventuelle allusion à un autre auteur, et l'expliquer - mais attention ! n'allez pas, à la légère, expliquer extensivement telle thèse d'un autre auteur à laquelle vous vous imaginez que l'extrait à commenter répond : le correcteur rayerait sans ménagement, et noterait simplement, en marge : "hors sujet" ;
- exposer brièvement les thèses des philosophes qui ont, ultérieurement, répondu à l'extrait - dans le texte proposé, par exemple, il n'était pas mauvais de rappeler en quelques mots la querelle des animaux-machines ;
- proposer des rapprochements avec des considérations plus actuelles, voire contemporaines, pour montrer l'actualité du texte - par exemple ici, ajouter l'ordinateur à la "montre" mentionnée par Descartes ;
- indiquer d'éventuelles difficultés que l'auteur n'avait peut-être pas prévues, mais que les découvertes ultérieures ont mises en lumière - par exemple ici, le fait que, à ce jour, les scientifiques échouent à déterminer dans quelles circonstances exactes la mulécule d'ADN s'est synthétisée à partir de réactions chimiques ;
- insister sur le but général du texte : s'agit-il de clarifier une notion ? de proposer une distinction conceptuelle ? d'anéantir un préjugé ? de montrer l'existence d'un problème ? d'attaquer un autre auteur ?
- mettre en valeur le ton général du texte : l'auteur s'exprime-t-il dans un style sentencieux ou ironique ? rigidement déductif ou émotionnel ? s'émerveille-t-il ou s'indigne-t-il ?
Attention toutefois à cette dernière possibilité : l'explication de texte philosophique se distingue de l'explication de texte littéraire. Ne perdez pas de temps à énumérer les figures de style, ni à élucider les beautés du texte !
En tout état de cause, il s'avère difficile de donner ici des conseils universellement valides : chaque texte particulier appelle des précisions spécifiques. Une seule observation générale peut - et doit - être mentionnée : comme vous le constatez, à aucun moment l'explication n'a vocation à déterminer si l'auteur, sur le fond, a raison ou tort. L'explication n'appartient pas au genre polémique : on ne vous demande ni de plaider pour l'auteur, ni de pondre un réquisitoire contre lui ! Le critère d'évaluation d'u texte philosophique s'avère beaucoup moins le vrai ou le bien que le convaincant, le cohérent, ou l'efficace. Que vous soyez ou non d'accord avec la thèse des animaux-machines, l'extrait proposé a au moins le mérite de vous faire réfléchir sur le préjugé selon lequel le vivant n'a rien de commun avec le mécanique. Vous pouvez donc parfaitement réaliser une explication brillante tout en restant en profond désaccord avec l'auteur.
Pour vivifier l'explication, vous pouvez notamment :
- donner un exemple concret lorsque l'auteur livre un raisonnement abstrait (voyez ici quels bons exemples vous pouvez trouver) ;
- tirer explicitement la leçon générale que l'auteur veut nous apprendre par un exemple particulier ;
- déceler une éventuelle allusion à un autre auteur, et l'expliquer - mais attention ! n'allez pas, à la légère, expliquer extensivement telle thèse d'un autre auteur à laquelle vous vous imaginez que l'extrait à commenter répond : le correcteur rayerait sans ménagement, et noterait simplement, en marge : "hors sujet" ;
- exposer brièvement les thèses des philosophes qui ont, ultérieurement, répondu à l'extrait - dans le texte proposé, par exemple, il n'était pas mauvais de rappeler en quelques mots la querelle des animaux-machines ;
- proposer des rapprochements avec des considérations plus actuelles, voire contemporaines, pour montrer l'actualité du texte - par exemple ici, ajouter l'ordinateur à la "montre" mentionnée par Descartes ;
- indiquer d'éventuelles difficultés que l'auteur n'avait peut-être pas prévues, mais que les découvertes ultérieures ont mises en lumière - par exemple ici, le fait que, à ce jour, les scientifiques échouent à déterminer dans quelles circonstances exactes la mulécule d'ADN s'est synthétisée à partir de réactions chimiques ;
- insister sur le but général du texte : s'agit-il de clarifier une notion ? de proposer une distinction conceptuelle ? d'anéantir un préjugé ? de montrer l'existence d'un problème ? d'attaquer un autre auteur ?
- mettre en valeur le ton général du texte : l'auteur s'exprime-t-il dans un style sentencieux ou ironique ? rigidement déductif ou émotionnel ? s'émerveille-t-il ou s'indigne-t-il ?
Attention toutefois à cette dernière possibilité : l'explication de texte philosophique se distingue de l'explication de texte littéraire. Ne perdez pas de temps à énumérer les figures de style, ni à élucider les beautés du texte !
En tout état de cause, il s'avère difficile de donner ici des conseils universellement valides : chaque texte particulier appelle des précisions spécifiques. Une seule observation générale peut - et doit - être mentionnée : comme vous le constatez, à aucun moment l'explication n'a vocation à déterminer si l'auteur, sur le fond, a raison ou tort. L'explication n'appartient pas au genre polémique : on ne vous demande ni de plaider pour l'auteur, ni de pondre un réquisitoire contre lui ! Le critère d'évaluation d'u texte philosophique s'avère beaucoup moins le vrai ou le bien que le convaincant, le cohérent, ou l'efficace. Que vous soyez ou non d'accord avec la thèse des animaux-machines, l'extrait proposé a au moins le mérite de vous faire réfléchir sur le préjugé selon lequel le vivant n'a rien de commun avec le mécanique. Vous pouvez donc parfaitement réaliser une explication brillante tout en restant en profond désaccord avec l'auteur.
Etape 6 : Souffler (5' - 1h50)Oui, sortez de la copie. Vous travaillez d'arrache-pied depuis presque deux heures. Insistons : d'arrache-pied. Il s'agit peut-être de la période la plus intense de votre baccalauréat, peut-être même de toute votre vie. Vous êtes vidé-e. Quoi de plus normal ?
Par ailleurs, personne ne parvient à maintenir une concentration soutenue pendant plus de deux heures. Selon les dernières recherches, c'est métaboliquement impossible ; et voilà longtemps que les chefs d'entreprises s'avisèrent que, sur une heure de travail, dix minutes sont toujours perdues.
Alors, soufflez. A foncer, nez dans le guidon, quatre heures durant, vous ne vous apercevrez pas que vous dérapez hors sujet, voire que vous déraisonnez. Au contraire, mieux vous serez sorti-e de votre copie, plus évidents vous paraîtront les éventuels défauts de votre plan.
Pour sortir de la copie, alimentez-vous : un fruit, une barre chocolatée, une boisson, ce qui vous plaît, pourvu que ça vous aide à penser à autre chose (aux vacances, au bouquin que vous êtes en train de lire - ou d'écrire ! - à votre copain-ine, à Anakin Skywalker, bref, à n'importe quoi qui ne soit pas philosophique et qui ne vous ramène pas au bac).
(La géniale photo de plage ci-dessus est de Tristan Nitot, (c) 2006 Sous licence Creative Commons BY-NC 2.0.)
Par ailleurs, personne ne parvient à maintenir une concentration soutenue pendant plus de deux heures. Selon les dernières recherches, c'est métaboliquement impossible ; et voilà longtemps que les chefs d'entreprises s'avisèrent que, sur une heure de travail, dix minutes sont toujours perdues.
Alors, soufflez. A foncer, nez dans le guidon, quatre heures durant, vous ne vous apercevrez pas que vous dérapez hors sujet, voire que vous déraisonnez. Au contraire, mieux vous serez sorti-e de votre copie, plus évidents vous paraîtront les éventuels défauts de votre plan.
Pour sortir de la copie, alimentez-vous : un fruit, une barre chocolatée, une boisson, ce qui vous plaît, pourvu que ça vous aide à penser à autre chose (aux vacances, au bouquin que vous êtes en train de lire - ou d'écrire ! - à votre copain-ine, à Anakin Skywalker, bref, à n'importe quoi qui ne soit pas philosophique et qui ne vous ramène pas au bac).
(La géniale photo de plage ci-dessus est de Tristan Nitot, (c) 2006 Sous licence Creative Commons BY-NC 2.0.)
Etape 7 : Vérification du brouillon (10' - 2h00)
Avant de revenir à votre brouillon, relisez encore une fois le texte puis examinez votre brouillon de manière critique en gardant à l'esprit les trois écueils fatals de l'explication de texte : contresens, surinterprétation, paraphrase. N'hésitez pas à rectifier : cela arrive aux meilleurs.
A cette étape aussi, si jamais vous avez le sentiment qu'une partie de votre explication s'égare dans des méandres alambiqués, tâchez d'en revenir à l'essentiel : que l'auteur veut-il dire ? Existe-t-il un moyen plus simple d'exprimer ce que vous comprenez ?
A l'inverse, vérifiez que vous expliquez bien tout le texte, et que vous n'avez pas laissé sous le tapis une phrase qui vous semble particulièrement obscure, absurde ou incompréhensible : cette esquive, cette politique de l'autruche, est d'autant plus dommageable que, neuf fois sur dix, c'est justement dans cette phrase d'apparence absconse que s'exprime le problème !
Tout va bien : voilà deux heures que vous travaillez et vous n'avez toujours rien écrit sur votre copie. C'est normal. Pas de panique : de toute façon, maintenant, vous disposez d'un plan solide et valide. Ce repère des deux premières heures d'épreuves ne devrait pas beaucoup varier : tout au plus pourrez-vous gagner quelques minutes sur la revue de votre brouillon ; mais en principe, si vous avez fini votre brouillon en moins d'une heure trente, vous pouvez être à peu près sûr-e qu'un aspect important du texte vous a échappé (sauf, évidemment, dans le cas où vous avez déjà traité le sujet...).
Attention ! Vous entrez dans la troisième heure d'épreuve : l'heure de tous les dangers !

(Ci-dessus, Harrison Ford interprète Indiana Jones dans Les aventuriers de l'arche perdue de Steven Spielberg.)A cette étape aussi, si jamais vous avez le sentiment qu'une partie de votre explication s'égare dans des méandres alambiqués, tâchez d'en revenir à l'essentiel : que l'auteur veut-il dire ? Existe-t-il un moyen plus simple d'exprimer ce que vous comprenez ?
A l'inverse, vérifiez que vous expliquez bien tout le texte, et que vous n'avez pas laissé sous le tapis une phrase qui vous semble particulièrement obscure, absurde ou incompréhensible : cette esquive, cette politique de l'autruche, est d'autant plus dommageable que, neuf fois sur dix, c'est justement dans cette phrase d'apparence absconse que s'exprime le problème !
Tout va bien : voilà deux heures que vous travaillez et vous n'avez toujours rien écrit sur votre copie. C'est normal. Pas de panique : de toute façon, maintenant, vous disposez d'un plan solide et valide. Ce repère des deux premières heures d'épreuves ne devrait pas beaucoup varier : tout au plus pourrez-vous gagner quelques minutes sur la revue de votre brouillon ; mais en principe, si vous avez fini votre brouillon en moins d'une heure trente, vous pouvez être à peu près sûr-e qu'un aspect important du texte vous a échappé (sauf, évidemment, dans le cas où vous avez déjà traité le sujet...).
Attention ! Vous entrez dans la troisième heure d'épreuve : l'heure de tous les dangers !

Etape 8 : Rédaction du développement (60' - 3h00)
Voilà deux heures que vous travaillez. Vous êtes fatigué-e. L'attention se relâche. Raison pour laquelle, à ce stade, vous ne devriez plus fournir aucun travail intellectuel exigeant. Au contraire : votre brouillon vous guide comme sur des rails. Laissez-vous porter : il suffit de rédiger, en cherchant si possible l'expression juste. Vingt minutes par parties devraient vous suffire.
Attention ! Pensez à laisser une bonne page pour votre introduction (que vous écrirez en dernier).
Candidats au baccalauréat, de grâce, aérez vos copies ! Respectez une ligne blanche entre chaque paragraphe, trois entre chaque partie. N'imaginez pas que les pavés bleus attirent l'oeil ou donnent une impression de solidité, au contraire : rien de plus éprouvant pour le correcteur.
Stratégies foireuses. Voyez ici.
Stratégie hyperfoireuse. En général, c'est pendant cette troisième heure que surgit "l'idée géniale" qui vous avait échappée jusqu'alors. Un éclair illumine tout à coup votre crâne et vous avez le sentiment de comprendre d'un bloc tout le propos de l'auteur. C'est un piège ! Neuf fois sur dix, si cette "clef" vous paraît si exacte, si juste, si séduisante, c'est au fond parce qu'elle est hors sujet ou, pire, qu'elle vous envoie valdinguer dans le contresens. A vouloir à toutes fins l'insérer dans votre propos, vous n'arrivez, le plus souvent, qu'à le fausser. Défiez-vous de cette sirène de la troisième heure, et restez sourd à ses chants. Au pire, notez-la sur un bout de brouillon : vous y reviendrez après l'épreuve. Oui, parce que la philosophie ne s'arrête pas à l'épreuve du bac. Une fois qu'on y tombe, c'est pour toute la vie.
Attention ! Pensez à laisser une bonne page pour votre introduction (que vous écrirez en dernier).
Candidats au baccalauréat, de grâce, aérez vos copies ! Respectez une ligne blanche entre chaque paragraphe, trois entre chaque partie. N'imaginez pas que les pavés bleus attirent l'oeil ou donnent une impression de solidité, au contraire : rien de plus éprouvant pour le correcteur.
Stratégies foireuses. Voyez ici.
Stratégie hyperfoireuse. En général, c'est pendant cette troisième heure que surgit "l'idée géniale" qui vous avait échappée jusqu'alors. Un éclair illumine tout à coup votre crâne et vous avez le sentiment de comprendre d'un bloc tout le propos de l'auteur. C'est un piège ! Neuf fois sur dix, si cette "clef" vous paraît si exacte, si juste, si séduisante, c'est au fond parce qu'elle est hors sujet ou, pire, qu'elle vous envoie valdinguer dans le contresens. A vouloir à toutes fins l'insérer dans votre propos, vous n'arrivez, le plus souvent, qu'à le fausser. Défiez-vous de cette sirène de la troisième heure, et restez sourd à ses chants. Au pire, notez-la sur un bout de brouillon : vous y reviendrez après l'épreuve. Oui, parce que la philosophie ne s'arrête pas à l'épreuve du bac. Une fois qu'on y tombe, c'est pour toute la vie.
Etape 9 : Soufflez de nouveau (5' - 3h05)
Comme à l'étape 6. Relaxez votre malheureux poignet qui cravache depuis soixante minutes !
Etape 10 : Rédaction de la conclusion (10' - 3h15)
En principe, conclure l'explication ne pose guère de difficultés. Il s'agit simplement de tirer la leçon de l'extrait. En particulier, vous resaisissant du problème qui le structure, vous gagnerez beaucoup à répondre magistralement à deux questions : en quoi l'extrait nous renseigne-t-il sur la philosophie de l'auteur ? Quel intérêt l'extrait présente-t-il pour la philosophie en général ?
Si cette dernière question vous paraît trop délicate à traiter, vous pouvez, alternativement, répondre à cette autre question : pourquoi le texte, bien qu'écrit dans un passé parfois lointain, porte-t-il encore sa leçon aujourd'hui ? ou bien au contraire, pourquoi peut-on le considérer comme définitivement dépassé ?
Quelques lignes suffisent en général ; mais n'oubliez pas que la conclusion constitue le dernier moment de la correction, juste avant la notation. Laissez, s'il vous plaît, un bon souvenir au lecteur !
Deux stratégies foireuses doivent être dénoncées ici avec une vigueur particulière. Primo, la conclusion-opinion clôture un bon tiers des explications, sur le mode "moi personnellement je pense que..." Autant dire tout de suite que l'auteur ne vous laisse rien ! Cette indifférence est-elle de bon ton ? Secundo, la non moins catastrophique conclusion relativiste : "L'auteur a un peu raison, mais on pourrait tout aussi bien dire le contraire, parce que chacun ses goûts". Pour rappel, le relativisme n'est jamais philosophique : il s'agit toujours, au mieux, d'une solution de facilité, au pire de la solution de lâcheté (on s'imagine de la sorte se concilier le correcteur). Le fait est, tout de même, que le relativisme - qui revient à dévaluer non seulement le propos de l'auteur, mais aussi le propos contraire - reste tout de même un moyen de ne rien dire en conclusion - c'est-à-dire, au fond, de ne pas conclure. Dans ce cas, mieux vaut encore ne rien écrire !
Enfin, certaines méthodes recommandent d'ouvrir la conclusion sur une nouvelle question qui inviterait le lecteur à poursuivre la réflexion. Le procédé a de quoi séduire. Bien manié, il achève la dissertation avec un rare brio. Pourtant, je le déconseille aux débutants : neuf fois sur dix, la question finale est soit hors sujet (et dans ce cas elle n'a rien à faire dans la copie, pas plus en conclusion qu'ailleurs), soit tellement pertinente qu'elle méritait un traitement dans le développement (et quand il s'agit précisément du problème, on imagine les regrets du correcteur !).
Si cette dernière question vous paraît trop délicate à traiter, vous pouvez, alternativement, répondre à cette autre question : pourquoi le texte, bien qu'écrit dans un passé parfois lointain, porte-t-il encore sa leçon aujourd'hui ? ou bien au contraire, pourquoi peut-on le considérer comme définitivement dépassé ?
Quelques lignes suffisent en général ; mais n'oubliez pas que la conclusion constitue le dernier moment de la correction, juste avant la notation. Laissez, s'il vous plaît, un bon souvenir au lecteur !
Deux stratégies foireuses doivent être dénoncées ici avec une vigueur particulière. Primo, la conclusion-opinion clôture un bon tiers des explications, sur le mode "moi personnellement je pense que..." Autant dire tout de suite que l'auteur ne vous laisse rien ! Cette indifférence est-elle de bon ton ? Secundo, la non moins catastrophique conclusion relativiste : "L'auteur a un peu raison, mais on pourrait tout aussi bien dire le contraire, parce que chacun ses goûts". Pour rappel, le relativisme n'est jamais philosophique : il s'agit toujours, au mieux, d'une solution de facilité, au pire de la solution de lâcheté (on s'imagine de la sorte se concilier le correcteur). Le fait est, tout de même, que le relativisme - qui revient à dévaluer non seulement le propos de l'auteur, mais aussi le propos contraire - reste tout de même un moyen de ne rien dire en conclusion - c'est-à-dire, au fond, de ne pas conclure. Dans ce cas, mieux vaut encore ne rien écrire !
Enfin, certaines méthodes recommandent d'ouvrir la conclusion sur une nouvelle question qui inviterait le lecteur à poursuivre la réflexion. Le procédé a de quoi séduire. Bien manié, il achève la dissertation avec un rare brio. Pourtant, je le déconseille aux débutants : neuf fois sur dix, la question finale est soit hors sujet (et dans ce cas elle n'a rien à faire dans la copie, pas plus en conclusion qu'ailleurs), soit tellement pertinente qu'elle méritait un traitement dans le développement (et quand il s'agit précisément du problème, on imagine les regrets du correcteur !).
Etape 11 : Rédiger le brouillon de l'introduction (20' - 3h35)
Si la conclusion constitue le dernier moment de la lecture, au contraire l'introduction sert de premier contact avec la copie. Il faut donc la soigner plus que tout autre passage : raison pour laquelle je conseille de l'écrire en tout dernier. Vous ne pouvez pas vraiment écrire une introduction engageante avant de savoir ce que vous allez dire (donc avant d'avoir vérifié votre brouillon à l'étape 7) ; et par ailleurs, si vous vous avisez d'écrire le brouillon de votre introduction au début de la troisième heure, c'est-à-dire au moment où l'attention faiblit, vous risquez de produire une introduction très médiocre. Au contraire, dans la quatrième heure d'épreuve, la fin du temps réglementaire approchant, le stress vous permet de remobiliser vos facultés - à condition que vous ayez soufflé et que vous vous soyez alimenté : si votre corps crie famine, votre cervelle ronronne.
Une bonne introduction, en explication comme en dissertation, a pour fonction d'introduire le problème - encore une fois, d'en montrer la réalité, l'intérêt et l'urgence. Aussi une bonne introduction est-elle rapide - bonne parce que rapide. Elle s'articule, dans le cas de l'explication, autour du problème que vous avez pu formuler d'une seule question, à la fin de l'étape 2. Elle gagne en particulier à s'organiser, comme l'introduction de la dissertation, à partir d'une opinion commune, à laquelle succède un doute légitime - par exemple, ici : "Dans la vie quotidienne, nous accordons aux animaux un statut différent des simples objets matériels inanimés. Cependant, la biologie nous enseigne que les processus du vivants peuvent être reproduits par des machines - ainsi, les battements du coeur peuvent-ils être stimulés par un pacemaker. Peut-on, alors, réduire le vivant à une simple mécanique ? Descartes prend parti et répond par l'affirmative, en montrant que les animaux, comme les objets, sont soumis aux mêmes lois physiques."
Stratégies foireuses : souvent, les introductions d'explications versent dans deux travers. Primo, les intros-étalages : oublieux de la consigne, le candidat se croit obligé de recracher tout un paragraphe de connaissances sur l'auteur ou sur sa doctrine. Dans le pire des cas, ces "connaissances" s'avèrent de vagues souvenirs mal digérés, voire des confusions impardonnables. Que penser de tel élève qui confond Engels et Hegel ? De tel autre qui affirme de Platon qu'il vivait "à l'époque romaine" ? Ces erreurs placées en tête de la copie augurent mal du reste... Secundo, les introductions descriptives, qui s'emparent de l'extrait comme un bonimenteur présente sa camelote : "Dans ce texte, l'auteur dit que..." On croirait entendre une émission de téléachat : "Cet article vous permet de..." Quoi de moins palpitant ? Quoi de moins engageant ?
Un soin particulier doit être apporté à l'écriture de l'introduction. Plus qu'ailleurs, il faut trouver le mot juste, la formule nette, le tour élégant, la continuité fluide de la réflexion. N'hésitez pas à passer cinq minutes à peaufiner chaque élément de l'introduction, pour les livrer de la manière la plus ramassée, la plus dense et la plus exacte possible.
Une bonne introduction, en explication comme en dissertation, a pour fonction d'introduire le problème - encore une fois, d'en montrer la réalité, l'intérêt et l'urgence. Aussi une bonne introduction est-elle rapide - bonne parce que rapide. Elle s'articule, dans le cas de l'explication, autour du problème que vous avez pu formuler d'une seule question, à la fin de l'étape 2. Elle gagne en particulier à s'organiser, comme l'introduction de la dissertation, à partir d'une opinion commune, à laquelle succède un doute légitime - par exemple, ici : "Dans la vie quotidienne, nous accordons aux animaux un statut différent des simples objets matériels inanimés. Cependant, la biologie nous enseigne que les processus du vivants peuvent être reproduits par des machines - ainsi, les battements du coeur peuvent-ils être stimulés par un pacemaker. Peut-on, alors, réduire le vivant à une simple mécanique ? Descartes prend parti et répond par l'affirmative, en montrant que les animaux, comme les objets, sont soumis aux mêmes lois physiques."
Stratégies foireuses : souvent, les introductions d'explications versent dans deux travers. Primo, les intros-étalages : oublieux de la consigne, le candidat se croit obligé de recracher tout un paragraphe de connaissances sur l'auteur ou sur sa doctrine. Dans le pire des cas, ces "connaissances" s'avèrent de vagues souvenirs mal digérés, voire des confusions impardonnables. Que penser de tel élève qui confond Engels et Hegel ? De tel autre qui affirme de Platon qu'il vivait "à l'époque romaine" ? Ces erreurs placées en tête de la copie augurent mal du reste... Secundo, les introductions descriptives, qui s'emparent de l'extrait comme un bonimenteur présente sa camelote : "Dans ce texte, l'auteur dit que..." On croirait entendre une émission de téléachat : "Cet article vous permet de..." Quoi de moins palpitant ? Quoi de moins engageant ?
Un soin particulier doit être apporté à l'écriture de l'introduction. Plus qu'ailleurs, il faut trouver le mot juste, la formule nette, le tour élégant, la continuité fluide de la réflexion. N'hésitez pas à passer cinq minutes à peaufiner chaque élément de l'introduction, pour les livrer de la manière la plus ramassée, la plus dense et la plus exacte possible.
Etape 12 : Recopier l'introduction au propre (10' - 3h45)
Aucune difficulté ici : il suffit d'écrire lisiblement.
Etape 13 : Relire (15' - 4h00)
Que de copies à la limite de l'indécryptable ! Que d'écritures à la limite de l'indescriptible ! De grâce, relisez-vous et n'allez pas imaginer que vous avez le français infus !
Se relire ne consiste pas à meubler les dernières minutes d'épreuve en parcourant distraitement la copie. Il s'agit d'un travail actif en trois temps.
- Vérifiez le style. Avez-vous, chaque fois, employé le terme propre, le tour correct, la formule élégante ? N'avez-vous pas commis de faute de syntaxe ?
- Vérifiez l'orthographe. Au moins le minimum : des confusions sur a ou à, sur est ou ait, ne sont pas admissibles en Terminale. Pour rappel, la philosophie exige une maîtrise de la langue supérieure à celle d'un élève de Quatrième. Le cours sur le langage devrait vous persuader que l'on ne peut pas philosopher dans une prose confuse et incorrecte. Vous vérifierez donc systématiquement les accords de l'adjectif avec le nom qu'il qualifie, la conjugaison du verbe avec son sujet, l'orthographe des termes philosophiques (prenez garde au h de rhétorique) et des noms d'auteurs (surtout Nietzsche, Galilée et Heidegger). Ce processus s'avère sans doute fastidieux (il faut, eh oui, s'arrêter à chaque mot, ou presque), mais songez qu'une expression truffée de fautes peut vous ôter jusqu'à deux points : il serait dommage que ces questions de forme vous fassent chuter sous la moyenne.
- Vérifiez que tous les mots soient lisibles. Commencez par fuir les encres exotiques (jaune paille, turquoise des îles, vert pomme, et surtout le rouge - comment voulez-vous qu'on vous corrige ?). Méfiez-vous aussi des effaceurs qui non seulement effacent l'encre normale, mais parfois aussi absorbent le mot écrit au verso, voire l'encre de rectification fournie avec l'effaceur. Transformer votre copie en bas-relief de plâtre grâce au correcteur blanc n'est pas toujours, non plus, une excellente idée (une simple biffure à la règle est souvent plus élégante). Nombre de correcteurs souffrent de myopie. Ce n'est pas une raison pour choisir une écriture de débutant du type trois mots par ligne, mais de grâce, assurez-vous qu'on parvient à faire la différence entre vos n et vos u, entre vos r, vos e et vos a, ce que les écritures rondelettes, hideuses mais à la mode (veut-on imiter l'onciale romane ?), compromet gravement.
Vous estimerez peut-être injuste que ces considérations formelles puissent vous coûter des points. Vous vous trompez. La présentation cochonne d'une prose fautive dans une syntaxe barbare en dit long quant au soin apporté à la copie. Par ailleurs, la forme et le fond se confondent dans le message. Le vers de Baudelaire : "Il est des parfums doux comme des chairs d'enfant" signifie exactement : "Certaines odeurs agréables ressemblent à de la viande de jeune." Qui prétendra identiques ces deux phrases ? Souvent, de telles différences formelles expliquent des écarts de notation entre deux copies prétendument "pareilles". Les mêmes arguments dans le même ordre ne suffisent pas à garantir la même note.
Se relire ne consiste pas à meubler les dernières minutes d'épreuve en parcourant distraitement la copie. Il s'agit d'un travail actif en trois temps.
- Vérifiez le style. Avez-vous, chaque fois, employé le terme propre, le tour correct, la formule élégante ? N'avez-vous pas commis de faute de syntaxe ?
- Vérifiez l'orthographe. Au moins le minimum : des confusions sur a ou à, sur est ou ait, ne sont pas admissibles en Terminale. Pour rappel, la philosophie exige une maîtrise de la langue supérieure à celle d'un élève de Quatrième. Le cours sur le langage devrait vous persuader que l'on ne peut pas philosopher dans une prose confuse et incorrecte. Vous vérifierez donc systématiquement les accords de l'adjectif avec le nom qu'il qualifie, la conjugaison du verbe avec son sujet, l'orthographe des termes philosophiques (prenez garde au h de rhétorique) et des noms d'auteurs (surtout Nietzsche, Galilée et Heidegger). Ce processus s'avère sans doute fastidieux (il faut, eh oui, s'arrêter à chaque mot, ou presque), mais songez qu'une expression truffée de fautes peut vous ôter jusqu'à deux points : il serait dommage que ces questions de forme vous fassent chuter sous la moyenne.
- Vérifiez que tous les mots soient lisibles. Commencez par fuir les encres exotiques (jaune paille, turquoise des îles, vert pomme, et surtout le rouge - comment voulez-vous qu'on vous corrige ?). Méfiez-vous aussi des effaceurs qui non seulement effacent l'encre normale, mais parfois aussi absorbent le mot écrit au verso, voire l'encre de rectification fournie avec l'effaceur. Transformer votre copie en bas-relief de plâtre grâce au correcteur blanc n'est pas toujours, non plus, une excellente idée (une simple biffure à la règle est souvent plus élégante). Nombre de correcteurs souffrent de myopie. Ce n'est pas une raison pour choisir une écriture de débutant du type trois mots par ligne, mais de grâce, assurez-vous qu'on parvient à faire la différence entre vos n et vos u, entre vos r, vos e et vos a, ce que les écritures rondelettes, hideuses mais à la mode (veut-on imiter l'onciale romane ?), compromet gravement.
Vous estimerez peut-être injuste que ces considérations formelles puissent vous coûter des points. Vous vous trompez. La présentation cochonne d'une prose fautive dans une syntaxe barbare en dit long quant au soin apporté à la copie. Par ailleurs, la forme et le fond se confondent dans le message. Le vers de Baudelaire : "Il est des parfums doux comme des chairs d'enfant" signifie exactement : "Certaines odeurs agréables ressemblent à de la viande de jeune." Qui prétendra identiques ces deux phrases ? Souvent, de telles différences formelles expliquent des écarts de notation entre deux copies prétendument "pareilles". Les mêmes arguments dans le même ordre ne suffisent pas à garantir la même note.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
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Méthodes
Nota Bene : cette méthode "didactique" explique comment écrire une dissertation. Elle s'appuie sur le sujet : "Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?", dont un corrigé intégral se trouve ici. Cette méthode "didactique" se complète d'une méthode "empirique" qui présente le texte intégral d'une dizaine de copies pour en comparer les avantages et les défauts.
Nota Bene 2 : après chaque "étape" de la dissertation figurent deux chiffres. Le premier correspond au temps indicatif que devrait durer l'étape, le second au temps cumulé depuis le début de l'épreuve. Evidemment, ces chiffres sont indicatifs : pour certaines questions, le problème est beaucoup plus "visible" que pour d'autres, d'où une recherche moins longue (comparer par exemple : "Le travail est-il notre lien le plus étroit avec la réalité ?" et "A quoi bon respecter autrui ?").
Nota Bene 3 : cette méthode paraîtra peut-être longue à lire ; certains auront sans doute du mal à ingurgiter tous ces conseils et à les mettre en pratique du premier coup. Il existe des méthodes plus synthétiques et moins "bavardes", dans un sens, que celle qui suit (par exemple, en voici une fort recommandable, malgré sa tolérance pour le plan en deux parties) ; mais elles me semblent présenter un grave défaut : à en dire si peu, elles finissent par soulever plus de questions qu'elles n'en résolvent et le candidat, embarrassé devant ce qu'il prend pour du flou, hésite à exercer sa pleine liberté. Dans le pire des cas, il panique. Très souvent, il finit par s'imaginer que, pour réussir en philo, il lui suffira de "discuter" - et là, il court à l'échec : voyez pourquoi ici.
Nota Bene 4 : une méthode exige d'être mise en pratique. Certains conseils vous paraîtront peut-être superflus, d'autres contre-productifs. Mettez-la donc à votre sauce, cette méthode ! En fait, à vouloir la suivre mordicus, vous échouerez à produire des copies vraiment brillantes. Vous atteindrez l'originalité le jour où vous cesserez de vous obnubiler sur la méthode.
Etape 0 : lire tous les sujets et choisir le sien (15' - 0h15).
Nota Bene 2 : après chaque "étape" de la dissertation figurent deux chiffres. Le premier correspond au temps indicatif que devrait durer l'étape, le second au temps cumulé depuis le début de l'épreuve. Evidemment, ces chiffres sont indicatifs : pour certaines questions, le problème est beaucoup plus "visible" que pour d'autres, d'où une recherche moins longue (comparer par exemple : "Le travail est-il notre lien le plus étroit avec la réalité ?" et "A quoi bon respecter autrui ?").
Nota Bene 3 : cette méthode paraîtra peut-être longue à lire ; certains auront sans doute du mal à ingurgiter tous ces conseils et à les mettre en pratique du premier coup. Il existe des méthodes plus synthétiques et moins "bavardes", dans un sens, que celle qui suit (par exemple, en voici une fort recommandable, malgré sa tolérance pour le plan en deux parties) ; mais elles me semblent présenter un grave défaut : à en dire si peu, elles finissent par soulever plus de questions qu'elles n'en résolvent et le candidat, embarrassé devant ce qu'il prend pour du flou, hésite à exercer sa pleine liberté. Dans le pire des cas, il panique. Très souvent, il finit par s'imaginer que, pour réussir en philo, il lui suffira de "discuter" - et là, il court à l'échec : voyez pourquoi ici.
Nota Bene 4 : une méthode exige d'être mise en pratique. Certains conseils vous paraîtront peut-être superflus, d'autres contre-productifs. Mettez-la donc à votre sauce, cette méthode ! En fait, à vouloir la suivre mordicus, vous échouerez à produire des copies vraiment brillantes. Vous atteindrez l'originalité le jour où vous cesserez de vous obnubiler sur la méthode.
Etape 0 : lire tous les sujets et choisir le sien (15' - 0h15).
Trois sujets (deux de dissertation, un d'explication) vous sont proposés : vous devez en traiter un, et un seul. Choisissez-le donc soigneusement, selon ce que vous vous sentez le mieux capable de réussir. Aussi la lecture préliminaire doit-elle être active. Ne vous laissez pas tétaniser par les questions mais d'emblée opérez des rapprochements avec certaines parties du cours ou certaines auteurs pour vous faire une idée des notions auxquelles la question réfère : voyez pourquoi ici.
Vous choisirez de préférence (1) le sujet portant sur la partie du cours que vous maîtrisez le mieux (vous n'avez évidemment pas fait d'impasse, mais certaines notions vous intéressent plus que d'autres ou ont provoqué chez vous plus de méditations) ; ou bien (2) le sujet qui vous paraît le plus choquant, le plus gênant, ou le plus bizarre (le problème est beaucoup plus facile à déterminer dans ces cas).
Quelques stratégies foireuses. Ne rejetez pas "par principe" l'un ou l'autre des exercices au motif que vous n'êtes pas familiarisé avec la méthode : si le texte vous pose tout de suite un grave problème, choisissez-le même si vous n'avez jamais rédigé de commentaire parce qu'un problème bien compris constitue presque la garantie d'une note correcte. Ne choisissez pas "par prudence" le sujet qui vous paraît le "plus facile" : c'est un piège ! Le problème sera d'autant plus difficile à cerner que, précisément, vous avez l'impression que le sujet est facile - donc ne pose pas de problème.
Petits veinards ! Parmi les sujets, à votre très agréable surprise, il s'en trouve un que vous avez déjà traité pendant l'année, ou dont vous avez déjà lu le corrigé (par exemple ici). Le coup de bol ! Evidemment, dans ce cas, vous choisissez ce sujet, à la double condition (1) que vous ayez compris et bien retenu le corrigé et (2) que vous ne vous contentiez pas de recracher un corrigé-type mais que vous l'ayez mis à votre sauce en approfondissant, en proposant des exemples originaux et pertinents, etc.
Vous choisirez de préférence (1) le sujet portant sur la partie du cours que vous maîtrisez le mieux (vous n'avez évidemment pas fait d'impasse, mais certaines notions vous intéressent plus que d'autres ou ont provoqué chez vous plus de méditations) ; ou bien (2) le sujet qui vous paraît le plus choquant, le plus gênant, ou le plus bizarre (le problème est beaucoup plus facile à déterminer dans ces cas).
Quelques stratégies foireuses. Ne rejetez pas "par principe" l'un ou l'autre des exercices au motif que vous n'êtes pas familiarisé avec la méthode : si le texte vous pose tout de suite un grave problème, choisissez-le même si vous n'avez jamais rédigé de commentaire parce qu'un problème bien compris constitue presque la garantie d'une note correcte. Ne choisissez pas "par prudence" le sujet qui vous paraît le "plus facile" : c'est un piège ! Le problème sera d'autant plus difficile à cerner que, précisément, vous avez l'impression que le sujet est facile - donc ne pose pas de problème.
Petits veinards ! Parmi les sujets, à votre très agréable surprise, il s'en trouve un que vous avez déjà traité pendant l'année, ou dont vous avez déjà lu le corrigé (par exemple ici). Le coup de bol ! Evidemment, dans ce cas, vous choisissez ce sujet, à la double condition (1) que vous ayez compris et bien retenu le corrigé et (2) que vous ne vous contentiez pas de recracher un corrigé-type mais que vous l'ayez mis à votre sauce en approfondissant, en proposant des exemples originaux et pertinents, etc.
Etape 1 : Analyser la question (20' - 0h35).
Vous avez choisi un sujet de dissertation : il faut déterminer le problème avec précision. Certaines méthodes pédantes (pompeusement baptisées "méthodologies") parlent ici de "problématique", mais l'idée est la même.
Ca va peut-être vous paraître bête, mais répondre à une question exige d'abord de la comprendre avec précision. Cette compréhension implique une analyse en trois temps.
Ca va peut-être vous paraître bête, mais répondre à une question exige d'abord de la comprendre avec précision. Cette compréhension implique une analyse en trois temps.
1.1. Définir les termes du sujet.
Tous les noms, verbes et adjectifs du libellé doivent recevoir une définition précise et complète. Dans "Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?" plus de la moitié de mes copies négligent la définition du verbe "goûter". Dommage : c'est sur lui que portait l'essentiel du problème !
Voyez ici les vertus des définitions.
1.2. Repérer les relations entre les termes.
Où les termes s'affrontent-ils ? Comment s'affrontent-ils ?
Posons qu'on ait défini "goûter" au sens de "prendre du plaisir à" et "cultivé" au sens "qui possède une érudition livresque". Il s'agit ici de déterminer si, pour jouir d'une oeuvre d'art (c'est-à-dire dans le domaine des sensations, du coeur), on a besoin d'un savoir (c'est-à-dire de quelque chose qui dépend de l'intellect, de la tête). En général, la question ne se pose pas : pour les fraises, les sports de glisse ou le plaisir sexuel, en principe, on n'a pas besoin d'avoir recours à des connaissances théoriques pour y trouver son plaisir. L'affrontement a donc lieu dans le champ précis de l'oeuvre d'art, et il concerne les relations entre les émotions et l'entendement.
Dès ce stade, le problème se préfigure.
1.3. Tenir compte de la forme de la question.
Les sujets de philosophie s'organisent en général selon des formes classiques : le plus souvent, les questions se formulent par "Pour ..., faut-il ... ?", "..., est-ce ... ?", "..., n'est-ce que ... ?" etc. Il convient de tenir compte de cette forme. "Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?" pose bien un problème de causalité : la culture constitue-t-elle la condition nécessaire (mais peut-être pas suffisante) pour goûter une oeuvre d'art ? On pourrait formuler des questions proches en apparence, mais en fait très différentes. Par exemple : "Pour goûter une oeuvre d'art, suffit-il d'être cultivé ?" ; "Être cultivé permet-il de bien goûter une oeuvre d'art ?" ; "Goûter une oeuvre d'art, est-ce se cultiver ?" Des copies qui répondraient à ces questions déviées plutôt qu'à la question posée seraient, de toute évidence, hors sujet.
Tous les noms, verbes et adjectifs du libellé doivent recevoir une définition précise et complète. Dans "Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?" plus de la moitié de mes copies négligent la définition du verbe "goûter". Dommage : c'est sur lui que portait l'essentiel du problème !
Voyez ici les vertus des définitions.
1.2. Repérer les relations entre les termes.
Où les termes s'affrontent-ils ? Comment s'affrontent-ils ?
Posons qu'on ait défini "goûter" au sens de "prendre du plaisir à" et "cultivé" au sens "qui possède une érudition livresque". Il s'agit ici de déterminer si, pour jouir d'une oeuvre d'art (c'est-à-dire dans le domaine des sensations, du coeur), on a besoin d'un savoir (c'est-à-dire de quelque chose qui dépend de l'intellect, de la tête). En général, la question ne se pose pas : pour les fraises, les sports de glisse ou le plaisir sexuel, en principe, on n'a pas besoin d'avoir recours à des connaissances théoriques pour y trouver son plaisir. L'affrontement a donc lieu dans le champ précis de l'oeuvre d'art, et il concerne les relations entre les émotions et l'entendement.
Dès ce stade, le problème se préfigure.
1.3. Tenir compte de la forme de la question.
Les sujets de philosophie s'organisent en général selon des formes classiques : le plus souvent, les questions se formulent par "Pour ..., faut-il ... ?", "..., est-ce ... ?", "..., n'est-ce que ... ?" etc. Il convient de tenir compte de cette forme. "Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?" pose bien un problème de causalité : la culture constitue-t-elle la condition nécessaire (mais peut-être pas suffisante) pour goûter une oeuvre d'art ? On pourrait formuler des questions proches en apparence, mais en fait très différentes. Par exemple : "Pour goûter une oeuvre d'art, suffit-il d'être cultivé ?" ; "Être cultivé permet-il de bien goûter une oeuvre d'art ?" ; "Goûter une oeuvre d'art, est-ce se cultiver ?" Des copies qui répondraient à ces questions déviées plutôt qu'à la question posée seraient, de toute évidence, hors sujet.
Etape 2 : Justifier deux réponses antagonistes (5' - 0h40)Maintenant que vous avez déterminé le sens précis de la question, vous pouvez commencer à y répondre. Une réponse vous vient sans doute tout de suite à l'esprit. Appelons cette première idée "réponse spontanée". Vous ne pouvez pas vous contenter de "oui" ou "non" bornés : il faut justifier. Par exemple : "Non, on n'a pas besoin d'être cultivé pour goûter une oeuvre d'art, parce que l'art parle à l'âme, aux émotions, aux sensations." (L'image ci-contre est (c) 2006 Oregon State University.)
Cette première justification apportée, prenez maintenant une réponse diamétralement opposée (on l'appellera "réponse paradoxale") et justifiez-la aussi. Par exemple : "Oui, il est indispensable d'être cultivé pour goûter une oeuvre d'art, parce que si on ignore tout de ses conditions de production, on ne peut tout simplement pas la comprendre."
Comme vous vous en doutez, ces deux réponses préfigurent votre thèse et votre antithèse. Remarquez ici que vous pouvez parfaitement les intervertir : votre "réponse spontanée" peut être "oui, il faut être cultivé, parce que etc.". En tous cas, ces réponses doivent être de la forme "Ceci, parce que cela".
Cette méthode fonctionne à merveille pour les questions "fermées" - celles auxquelles on peut répondre par "oui" ou "non". Elle est moins commode pour les questions "ouvertes" (auxquelles on ne peut répondre ni par oui ni par non), par exemple : "Pourquoi punir ?" Cependant, là aussi, vous avez certainement un avis sur la question (par exemple : "Il faut punir pour réprimer un acte criminel"), auquel il vous sera possible d'opposer un avis contraire (par exemple : "Punir ne sert qu'à attiser un sentiment de rancune et d'injustice").
Hypergaffe ! Cette étape conditionne tout le reste. Voyez pourquoi ici.
Cette première justification apportée, prenez maintenant une réponse diamétralement opposée (on l'appellera "réponse paradoxale") et justifiez-la aussi. Par exemple : "Oui, il est indispensable d'être cultivé pour goûter une oeuvre d'art, parce que si on ignore tout de ses conditions de production, on ne peut tout simplement pas la comprendre."
Comme vous vous en doutez, ces deux réponses préfigurent votre thèse et votre antithèse. Remarquez ici que vous pouvez parfaitement les intervertir : votre "réponse spontanée" peut être "oui, il faut être cultivé, parce que etc.". En tous cas, ces réponses doivent être de la forme "Ceci, parce que cela".
Cette méthode fonctionne à merveille pour les questions "fermées" - celles auxquelles on peut répondre par "oui" ou "non". Elle est moins commode pour les questions "ouvertes" (auxquelles on ne peut répondre ni par oui ni par non), par exemple : "Pourquoi punir ?" Cependant, là aussi, vous avez certainement un avis sur la question (par exemple : "Il faut punir pour réprimer un acte criminel"), auquel il vous sera possible d'opposer un avis contraire (par exemple : "Punir ne sert qu'à attiser un sentiment de rancune et d'injustice").
Hypergaffe ! Cette étape conditionne tout le reste. Voyez pourquoi ici.
Etape 3 : Rassembler des arguments pour la thèse et l'antithèse (30' - 1h10)
Neuf fois sur dix, le correcteur vous indique en marge "A approfondir". Qu'est-ce que cela veut dire ? Cette annotation signifie que vous n'avez pas assez justifié, ou pas assez examiné, une idée pourtant prometteuse. Il vous faut des arguments pour justifier votre thèse et votre antithèse. "Argument" n'est pas un terme très heureux puisque, outre les arguments proprement dits (les "idées"), le mot désigne aussi les exemples, les références, etc.
Combien ? Au moins vingt-quatre. Pourquoi ce chiffre ? Voyez ici.
Stratégies payantes. En principe, un exemple ou une référence doivent être brefs. S'ils vous demandent plus de quatre lignes, vous dérapez probablement hors sujet. Du reste, vous ne devriez jamais négliger de rattacher chacun de vos paragraphes aux termes mêmes de la question. Combien on trouve dans les copies d'idées pertinentes en apparence hors sujet, faute de lien avec le libellé ! En principe aussi, les exemples et arguments doivent présenter une certaine originalité : voyez pourquoi ici.
Trente minutes pour trouver vingt-quatre arguments et les organiser dans un plan logique : ça devrait suffire si du moins vous avez bien mémorisé le cours. Voyez pourquoi ici.
Combien ? Au moins vingt-quatre. Pourquoi ce chiffre ? Voyez ici.
Stratégies payantes. En principe, un exemple ou une référence doivent être brefs. S'ils vous demandent plus de quatre lignes, vous dérapez probablement hors sujet. Du reste, vous ne devriez jamais négliger de rattacher chacun de vos paragraphes aux termes mêmes de la question. Combien on trouve dans les copies d'idées pertinentes en apparence hors sujet, faute de lien avec le libellé ! En principe aussi, les exemples et arguments doivent présenter une certaine originalité : voyez pourquoi ici.
Trente minutes pour trouver vingt-quatre arguments et les organiser dans un plan logique : ça devrait suffire si du moins vous avez bien mémorisé le cours. Voyez pourquoi ici.
Etape 4 : Rassembler des arguments pour la synthèse (30' - 1h40)
Eh oui ! Pour les douze arguments nécessaires à la synthèse, il vous faudra autant de temps que pour les vingt-quatre arguments des deux premières parties (les paragraphes de la synthèse s'organisent comme ceux des deux premières parties).
Du fait même de leur difficulté, les questions philosophiques autorisent plusieurs synthèses différentes - vous avez donc le choix. Reprendrez-vous la réponse "spontanée" en concédant une nuance à la réponse "paradoxale" ? Opérerez-vous une ou plusieurs distictions conceptuelles qui montreront l'ambiguité de la question (voyez ici les avantages de cette méthode) ? Parviendrez-vous à une "synthèse" au sens chimique, c'est-à-dire une combinaison des deux réponses initiales ? Montrerez-vous que le problème n'admet aucune solution ?
Toutes les questions n'admettent pas toutes ces solutions, mais en tout état de cause, la synthèse doit faire l'objet d'un choix stratégique : votre pensée s'y révèle pleinement, et vous avez intérêt à la mettre en valeur.
Du fait même de leur difficulté, les questions philosophiques autorisent plusieurs synthèses différentes - vous avez donc le choix. Reprendrez-vous la réponse "spontanée" en concédant une nuance à la réponse "paradoxale" ? Opérerez-vous une ou plusieurs distictions conceptuelles qui montreront l'ambiguité de la question (voyez ici les avantages de cette méthode) ? Parviendrez-vous à une "synthèse" au sens chimique, c'est-à-dire une combinaison des deux réponses initiales ? Montrerez-vous que le problème n'admet aucune solution ?
Toutes les questions n'admettent pas toutes ces solutions, mais en tout état de cause, la synthèse doit faire l'objet d'un choix stratégique : votre pensée s'y révèle pleinement, et vous avez intérêt à la mettre en valeur.
Etape 5 : Souffler (5' - 1h45)Oui, sortez de la copie. Vous travaillez d'arrache-pied depuis une heure et demie. Insistons : d'arrache-pied. Il s'agit peut-être de l'heure et demie la plus intense de votre baccalauréat, peut-être même de toute votre vie. Vous êtes vidé-e. Quoi de plus normal ?
Par ailleurs, personne ne parvient à maintenir une concentration soutenue pendant plus de deux heures. Selon les dernières recherches, c'est métaboliquement impossible ; et voilà longtemps que les chefs d'entreprises s'avisèrent que, sur une heure de travail, dix minutes sont toujours perdues.
Alors, soufflez. A foncer, nez dans le guidon, quatre heures durant, vous ne vous apercevrez pas que vous dérapez hors sujet, voire que vous déraisonnez. Au contraire, mieux vous serez sorti-e de votre copie, plus évidents vous paraîtront les éventuels défauts de votre plan.
Pour sortir de la copie, alimentez-vous : un fruit, une barre chocolatée, une boisson, ce qui vous plaît, pourvu que ça vous aide à penser à autre chose (aux vacances, au bouquin que vous êtes en train de lire - ou d'écrire ! - à votre copain-ine, à Anakin Skywalker, bref, à n'importe quoi qui ne soit pas philosophique et qui ne vous ramène pas au bac).
(La géniale photo de plage ci-dessus est de Tristan Nitot, (c) 2006 Sous licence Creative Commons BY-NC 2.0.)
Par ailleurs, personne ne parvient à maintenir une concentration soutenue pendant plus de deux heures. Selon les dernières recherches, c'est métaboliquement impossible ; et voilà longtemps que les chefs d'entreprises s'avisèrent que, sur une heure de travail, dix minutes sont toujours perdues.
Alors, soufflez. A foncer, nez dans le guidon, quatre heures durant, vous ne vous apercevrez pas que vous dérapez hors sujet, voire que vous déraisonnez. Au contraire, mieux vous serez sorti-e de votre copie, plus évidents vous paraîtront les éventuels défauts de votre plan.
Pour sortir de la copie, alimentez-vous : un fruit, une barre chocolatée, une boisson, ce qui vous plaît, pourvu que ça vous aide à penser à autre chose (aux vacances, au bouquin que vous êtes en train de lire - ou d'écrire ! - à votre copain-ine, à Anakin Skywalker, bref, à n'importe quoi qui ne soit pas philosophique et qui ne vous ramène pas au bac).
(La géniale photo de plage ci-dessus est de Tristan Nitot, (c) 2006 Sous licence Creative Commons BY-NC 2.0.)
Etape 6 : Vérification du plan (15' - 2h00)
Le recul critique sur son propre travail prouve la pensée philosophique. Il est encore temps de changer votre plan, d'évacuer une idée qui vous paraît hors sujet. N'hésitez pas à y procéder : cela arrive aux meilleurs (à vrai dire, les meilleurs rectifient toujours leur plan à cette étape).
En particulier, vous devriez vous assurer que :
Remarquez que, si vous avez suivi les conseils jusqu'ici, que vous ne pouvez pas avoir produit de "plan-miroir" (du type : "I/ Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ? II/ Qu'est-ce qu'être cultivé ? III/ Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?"). De toute évidence, dans un tel plan qui démantibule le sujet, seul le III répond à la question. Il faut donc le fuir coûte que coûte (avec deux parties hors sujet, vous êtes évidemment noté-e sur 7 points maximum...).
Tout va bien : voilà environ deux heures que vous travaillez et vous n'avez toujours rien écrit sur votre copie. C'est normal. Pas de panique : de toute façon, maintenant, vous disposez d'un plan en bonne et due forme. Ce repère des deux premières heures d'épreuves ne devrait pas beaucoup varier : tout au plus pourrez-vous gagner quelques minutes sur la revue de votre plan ; mais en principe, si vous avez fini votre plan en moins d'une heure trente, vous pouvez être à peu près sûr-e qu'un aspect important de la question vous a échappé (sauf, évidemment, dans le cas où vous avez déjà traité le sujet...).
Attention ! Vous entrez dans la troisième heure d'épreuve : l'heure de tous les dangers !

(Ci-dessus, Harrison Ford interprète Indiana Jones dans Les aventuriers de l'arche perdue de Steven Spielberg.)En particulier, vous devriez vous assurer que :
- chaque idée-force répond à la question ;
- chaque idée-force se situe à la bonne place (qu'aucune idée-force de la thèse ne se trouve en antithèse, par exemple) ;
- chaque idée-force est justifiée ou approfondie ;
- chaque exemple ou référence s'accompagne d'une explication et d'un lien avec le sujet.
- chaque idée-force se situe à la bonne place (qu'aucune idée-force de la thèse ne se trouve en antithèse, par exemple) ;
- chaque idée-force est justifiée ou approfondie ;
- chaque exemple ou référence s'accompagne d'une explication et d'un lien avec le sujet.
Remarquez que, si vous avez suivi les conseils jusqu'ici, que vous ne pouvez pas avoir produit de "plan-miroir" (du type : "I/ Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ? II/ Qu'est-ce qu'être cultivé ? III/ Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?"). De toute évidence, dans un tel plan qui démantibule le sujet, seul le III répond à la question. Il faut donc le fuir coûte que coûte (avec deux parties hors sujet, vous êtes évidemment noté-e sur 7 points maximum...).
Tout va bien : voilà environ deux heures que vous travaillez et vous n'avez toujours rien écrit sur votre copie. C'est normal. Pas de panique : de toute façon, maintenant, vous disposez d'un plan en bonne et due forme. Ce repère des deux premières heures d'épreuves ne devrait pas beaucoup varier : tout au plus pourrez-vous gagner quelques minutes sur la revue de votre plan ; mais en principe, si vous avez fini votre plan en moins d'une heure trente, vous pouvez être à peu près sûr-e qu'un aspect important de la question vous a échappé (sauf, évidemment, dans le cas où vous avez déjà traité le sujet...).
Attention ! Vous entrez dans la troisième heure d'épreuve : l'heure de tous les dangers !

Etape 7 : Rédaction du développement (60' - 3h00)
Voilà deux heures que vous travaillez. Vous êtes fatigué-e. L'attention se relâche. Raison pour laquelle, à ce stade, vous ne devriez plus fournir aucun travail intellectuel exigeant. Au contraire : votre plan vous guide comme sur des rails. Laissez-vous porter : il suffit de rédiger, en cherchant si possible l'expression juste. Vingt minutes par parties devraient vous suffire.
Attention ! Pensez à laisser une bonne page pour votre introduction (que vous écrirez en dernier).
Candidats au baccalauréat, de grâce, aérez vos copies ! Respectez une ligne blanche entre chaque paragraphe, trois entre chaque partie. N'imaginez pas que les pavés bleus attirent l'oeil ou donnent une impression de solidité, au contraire : rien de plus éprouvant pour le correcteur.
Stratégies foireuses. Voyez ici.
Stratégie hyperfoireuse. En général, c'est pendant cette troisième heure que surgit tout à coup dans votre crâne "l'idée géniale" qui vous avait échappée jusqu'alors. C'est un piège ! Neuf fois sur dix, si cette idée vous paraît si fraîche, si originale, si séduisante, c'est au fond parce qu'elle est hors sujet. A vouloir à toutes fins l'insérer dans votre propos, vous n'arrivez, le plus souvent, qu'à le fausser. Défiez-vous de cette sirène de la troisième heure, et restez sourd à ses chants. Au pire, notez-la sur un bout de brouillon : vous y reviendrez après l'épreuve. Oui, parce que la philosophie ne s'arrête pas à l'épreuve du bac. Une fois qu'on y tombe, c'est pour toute la vie.
Attention ! Pensez à laisser une bonne page pour votre introduction (que vous écrirez en dernier).
Candidats au baccalauréat, de grâce, aérez vos copies ! Respectez une ligne blanche entre chaque paragraphe, trois entre chaque partie. N'imaginez pas que les pavés bleus attirent l'oeil ou donnent une impression de solidité, au contraire : rien de plus éprouvant pour le correcteur.
Stratégies foireuses. Voyez ici.
Stratégie hyperfoireuse. En général, c'est pendant cette troisième heure que surgit tout à coup dans votre crâne "l'idée géniale" qui vous avait échappée jusqu'alors. C'est un piège ! Neuf fois sur dix, si cette idée vous paraît si fraîche, si originale, si séduisante, c'est au fond parce qu'elle est hors sujet. A vouloir à toutes fins l'insérer dans votre propos, vous n'arrivez, le plus souvent, qu'à le fausser. Défiez-vous de cette sirène de la troisième heure, et restez sourd à ses chants. Au pire, notez-la sur un bout de brouillon : vous y reviendrez après l'épreuve. Oui, parce que la philosophie ne s'arrête pas à l'épreuve du bac. Une fois qu'on y tombe, c'est pour toute la vie.
Etape 8 : Soufflez de nouveau (5' - 3h05)
Comme à l'étape 5. Relaxez votre malheureux poignet qui cravache depuis soixante minutes !
Etape 9 : Rédaction de la conclusion (10' - 3h15)
En principe, conclure la copie de philosophie ne pose guère de difficultés. Il s'agit simplement de tirer la leçon du parcours intellectuel suivi. On était parti d'un problème (dont on rappellera habilement les termes), on arrive à un semblant de solution : fêtons-la dignement, si possible avec panache. Quelques lignes suffisent en général ; mais n'oubliez pas que la conclusion constitue le dernier moment de la correction, juste avant la notation. Laissez, s'il vous plaît, un bon souvenir au lecteur !
Stratégies foireuses. Voyez ici.
Enfin, certaines méthodes recommandent d'ouvrir la conclusion sur une nouvelle question qui inviterait le lecteur à poursuivre la réflexion. Le procédé a de quoi séduire. Bien manié, il achève la dissertation avec un rare brio. Pourtant, je le déconseille aux débutants : neuf fois sur dix, la question finale est soit hors sujet (et dans ce cas elle n'a rien à faire dans la copie, pas plus en conclusion qu'ailleurs), soit tellement pertinente qu'elle méritait un traitement dans le développement (et quand il s'agit précisément du problème, on imagine les regrets du correcteur !).
Stratégies foireuses. Voyez ici.
Enfin, certaines méthodes recommandent d'ouvrir la conclusion sur une nouvelle question qui inviterait le lecteur à poursuivre la réflexion. Le procédé a de quoi séduire. Bien manié, il achève la dissertation avec un rare brio. Pourtant, je le déconseille aux débutants : neuf fois sur dix, la question finale est soit hors sujet (et dans ce cas elle n'a rien à faire dans la copie, pas plus en conclusion qu'ailleurs), soit tellement pertinente qu'elle méritait un traitement dans le développement (et quand il s'agit précisément du problème, on imagine les regrets du correcteur !).
Etape 10 : Rédiger le brouillon de l'introduction (20' - 3h35)
Si la conclusion constitue le dernier moment de la lecture, au contraire l'introduction sert de premier contact avec la copie. Il faut donc la soigner plus que tout autre passage : raison pour laquelle je conseille de l'écrire en tout dernier. Vous ne pouvez pas vraiment écrire une introduction engageante avant de savoir ce que vous allez dire (donc avant d'avoir vérifié votre plan à l'étape 6) ; et par ailleurs, si vous vous avisez d'écrire le brouillon de votre introduction au début de la troisième heure, c'est-à-dire au moment où l'attention faiblit, vous risquez de produire une introduction très médiocre. Au contraire, dans la quatrième heure d'épreuve, la fin du temps réglementaire approchant, le stress vous permet de remobiliser vos facultés - à condition que vous ayez soufflé et que vous vous soyez alimenté : si votre corps crie famine, votre cervelle ronronne.
Une bonne introduction a pour fonction d'introduire le problème - encore une fois, d'en montrer la réalité, l'intérêt et l'urgence. Aussi une bonne introduction est-elle rapide - bonne parce que rapide.
Comment s'y prendre ? Le mieux est encore d'en revenir aux réponses initiales ("spontanée" et "paradoxale"). La première montre que la question semble recevoir une réponse évidente, laquelle est aussitôt mise en doute par la seconde : à la certitude succède le soupçon. Déjà, nous savons que nous faisons de la philosophie, et pas un exercice creux. Complétons aussitôt cette difficulté par l'exposé de ses enjeux fondamentaux : qu'avons-nous à perdre, dans cette histoire ? La dimension de la question ainsi exprimée, il ne reste plus qu'à poser le problème aussi clairement que possible. Le cas échéant, l'introduction peut se compléter d'une annonce de plan, pourvu que celle-ci ne soit pas trop lourde, et qu'elle ne dévoile pas l'issue du combat dès l'abord (sinon, à quoi bon écrire les quatre pages qui suivent ?)
Par exemple : "Puisqu'elle parle aux sentiments, l'oeuvre d'art semble universelle (réponse "spontanée") ; pourtant, elle émerge de circonstances socioculturelles précises, qu'elle véhicule toujours en partie avec elle, et qu'il faut connaître pour la comprendre (réponse "paradoxale"). Doit-on alors refuser aux ignorants la jouissance face à l'art ? (exposé des enjeux) La sensation de plaisir tirée d'une oeuvre d'art présuppose-t-il sa compréhension intellectuelle, et cette dernière dépend-elle de connaissances sur ses conditions de production ? (problème)"
Une extrême méticulosité doit être apportée à l'écriture de l'introduction. Plus qu'ailleurs, il faut trouver le mot juste, la formule nette, le tour élégant, la continuité fluide de la réflexion. N'hésitez pas à passer cinq minutes à peaufiner chaque élément de l'introduction, pour les livrer de la manière la plus ramassée, la plus dense et la plus exacte possible.
Stratégies foireuses. Voyez ici.
Une bonne introduction a pour fonction d'introduire le problème - encore une fois, d'en montrer la réalité, l'intérêt et l'urgence. Aussi une bonne introduction est-elle rapide - bonne parce que rapide.
Comment s'y prendre ? Le mieux est encore d'en revenir aux réponses initiales ("spontanée" et "paradoxale"). La première montre que la question semble recevoir une réponse évidente, laquelle est aussitôt mise en doute par la seconde : à la certitude succède le soupçon. Déjà, nous savons que nous faisons de la philosophie, et pas un exercice creux. Complétons aussitôt cette difficulté par l'exposé de ses enjeux fondamentaux : qu'avons-nous à perdre, dans cette histoire ? La dimension de la question ainsi exprimée, il ne reste plus qu'à poser le problème aussi clairement que possible. Le cas échéant, l'introduction peut se compléter d'une annonce de plan, pourvu que celle-ci ne soit pas trop lourde, et qu'elle ne dévoile pas l'issue du combat dès l'abord (sinon, à quoi bon écrire les quatre pages qui suivent ?)
Par exemple : "Puisqu'elle parle aux sentiments, l'oeuvre d'art semble universelle (réponse "spontanée") ; pourtant, elle émerge de circonstances socioculturelles précises, qu'elle véhicule toujours en partie avec elle, et qu'il faut connaître pour la comprendre (réponse "paradoxale"). Doit-on alors refuser aux ignorants la jouissance face à l'art ? (exposé des enjeux) La sensation de plaisir tirée d'une oeuvre d'art présuppose-t-il sa compréhension intellectuelle, et cette dernière dépend-elle de connaissances sur ses conditions de production ? (problème)"
Une extrême méticulosité doit être apportée à l'écriture de l'introduction. Plus qu'ailleurs, il faut trouver le mot juste, la formule nette, le tour élégant, la continuité fluide de la réflexion. N'hésitez pas à passer cinq minutes à peaufiner chaque élément de l'introduction, pour les livrer de la manière la plus ramassée, la plus dense et la plus exacte possible.
Stratégies foireuses. Voyez ici.
Etape 11 : Recopier l'introduction au propre (10' - 3h45)
Aucune difficulté ici : il suffit d'écrire lisiblement.
Etape 12 : Relire (15' - 4h00)
Que de copies à la limite de l'indécryptable ! Que d'écritures à la limite de l'indescriptible ! De grâce, relisez-vous et n'allez pas imaginer que vous avez le français infus !
Se relire ne consiste pas à meubler les dernières minutes d'épreuve en parcourant distraitement la copie. Il s'agit d'un travail actif en trois temps.
- Vérifiez le style. Avez-vous, chaque fois, employé le mot juste et la tournure correcte ? N'avez-vous pas commis de faute de syntaxe ?
- Vérifiez l'orthographe. Au moins le minimum : des confusions sur a ou à, sur est ou ait, ne sont pas admissibles en Terminale. Pour rappel, la philosophie exige une maîtrise de la langue supérieure à celle d'un élève de Quatrième. Le cours sur le langage devrait vous persuader que l'on ne peut pas philosopher dans une prose confuse et incorrecte. Vous vérifierez donc systématiquement les accords de l'adjectif avec le nom qu'il qualifie, la conjugaison du verbe avec son sujet, l'orthographe des termes philosophiques (prenez garde au h de rhétorique) et des noms d'auteurs (surtout Nietzsche, Galilée et Heidegger). Ce processus s'avère sans doute fastidieux (il faut, eh oui, s'arrêter à chaque mot, ou presque), mais songez qu'une expression truffée de fautes peut vous ôter jusqu'à deux points : il serait dommage que ces questions de forme vous fassent chuter sous la moyenne.
- Vérifiez que tous les mots soient lisibles. Commencez par fuir les encres exotiques (jaune paille, turquoise des îles, vert pomme, et surtout le rouge - comment voulez-vous qu'on vous corrige ?). Méfiez-vous aussi des effaceurs qui non seulement effacent l'encre normale, mais parfois aussi absorbent le mot écrit au verso, voire l'encre de rectification fournie avec l'effaceur. Transformer votre copie en bas-relief de plâtre grâce au correcteur blanc n'est pas toujours, non plus, une excellente idée (une simple biffure à la règle est souvent plus élégante). Nombre de correcteurs souffrent de myopie. Ce n'est pas une raison pour choisir une écriture de débutant du type trois mots par ligne, mais de grâce, assurez-vous qu'on parvient à faire la différence entre vos n et vos u, entre vos r, vos e et vos a, ce que les écritures rondelettes, hideuses mais à la mode (veut-on imiter l'onciale romane ?), compromet gravement.
Vous estimerez peut-être injuste que ces considérations formelles puissent vous coûter des points. Vous vous trompez. La présentation cochonne d'une prose fautive dans une syntaxe barbare en dit long quant au soin apporté à la copie. Par ailleurs, la forme et le fond se confondent dans le message. Le vers de Baudelaire : "Il est des parfums doux comme des chairs d'enfant" signifie exactement : "Certaines odeurs agréables ressemblent à de la viande de jeune." Qui prétendra identiques ces deux phrases ? Souvent, de telles différences formelles expliquent des écarts de notation entre deux copies prétendument "pareilles". Les mêmes arguments dans le même ordre ne suffisent pas à garantir la même note.
Se relire ne consiste pas à meubler les dernières minutes d'épreuve en parcourant distraitement la copie. Il s'agit d'un travail actif en trois temps.
- Vérifiez le style. Avez-vous, chaque fois, employé le mot juste et la tournure correcte ? N'avez-vous pas commis de faute de syntaxe ?
- Vérifiez l'orthographe. Au moins le minimum : des confusions sur a ou à, sur est ou ait, ne sont pas admissibles en Terminale. Pour rappel, la philosophie exige une maîtrise de la langue supérieure à celle d'un élève de Quatrième. Le cours sur le langage devrait vous persuader que l'on ne peut pas philosopher dans une prose confuse et incorrecte. Vous vérifierez donc systématiquement les accords de l'adjectif avec le nom qu'il qualifie, la conjugaison du verbe avec son sujet, l'orthographe des termes philosophiques (prenez garde au h de rhétorique) et des noms d'auteurs (surtout Nietzsche, Galilée et Heidegger). Ce processus s'avère sans doute fastidieux (il faut, eh oui, s'arrêter à chaque mot, ou presque), mais songez qu'une expression truffée de fautes peut vous ôter jusqu'à deux points : il serait dommage que ces questions de forme vous fassent chuter sous la moyenne.
- Vérifiez que tous les mots soient lisibles. Commencez par fuir les encres exotiques (jaune paille, turquoise des îles, vert pomme, et surtout le rouge - comment voulez-vous qu'on vous corrige ?). Méfiez-vous aussi des effaceurs qui non seulement effacent l'encre normale, mais parfois aussi absorbent le mot écrit au verso, voire l'encre de rectification fournie avec l'effaceur. Transformer votre copie en bas-relief de plâtre grâce au correcteur blanc n'est pas toujours, non plus, une excellente idée (une simple biffure à la règle est souvent plus élégante). Nombre de correcteurs souffrent de myopie. Ce n'est pas une raison pour choisir une écriture de débutant du type trois mots par ligne, mais de grâce, assurez-vous qu'on parvient à faire la différence entre vos n et vos u, entre vos r, vos e et vos a, ce que les écritures rondelettes, hideuses mais à la mode (veut-on imiter l'onciale romane ?), compromet gravement.
Vous estimerez peut-être injuste que ces considérations formelles puissent vous coûter des points. Vous vous trompez. La présentation cochonne d'une prose fautive dans une syntaxe barbare en dit long quant au soin apporté à la copie. Par ailleurs, la forme et le fond se confondent dans le message. Le vers de Baudelaire : "Il est des parfums doux comme des chairs d'enfant" signifie exactement : "Certaines odeurs agréables ressemblent à de la viande de jeune." Qui prétendra identiques ces deux phrases ? Souvent, de telles différences formelles expliquent des écarts de notation entre deux copies prétendument "pareilles". Les mêmes arguments dans le même ordre ne suffisent pas à garantir la même note.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
publié dans :
Méthodes











