Sur la liberté, le bonheur et le droit : H. Arendt, Eichmann, p. 1141
La liberté de parole, l’artiste et son message, Morrison Miami 1969 ou Rose Bonbon, Dali et Franco ; l’art peut-il, au nom de l’art et de la liberté d’expression, verser dans le saugrenu ou l’incompréhensible ? Musique dodécaphonique, fauves, cubisme, l’art dégénéré. Spinoza.
Pas oublier que la question d’autrui ne se pose aucunement en termes antiques (zoon politikon)
J’aborde le politique par la question de la liberté. Capitale à 18 ans parce que c’est justement le moment de la vie où l’on possède le plus de forces ; d’autant plus que c’est aussi moment où l’on se découvre de nouvelles libertés : le champ d’action s’accroît. Liberté de conduire, de choisir ses études, de se lancer dans des expériences inédites et surtout de voter.
Malheureusement, c’est aussi le moment où vous découvrez combien la société tout entière hait la liberté. Et cette haine n’est même pas dissimulée. Regardez l’environnement où vous vivez : des barreaux aux fenêtres, des horaires à respecter, des sanctions disciplinaires, une surveillance permanente, une obligation de réussir, des conseils de classe qui vérifient votre docilité, votre souplesse d’échine, votre faculté à vous couler dans un moule que nous, les adultes, jugeons bon. Nous ne voulons absolument pas que vous soyez libres. Depuis votre plus tendre enfance, nous ne voulons absolument pas que vous soyez libres et depuis votre plus tendre enfance nous vous apprenons la discipline. Nous voulons pouvoir vous contrôler. Pour vous contrôler, nous devons détruire votre individualité, vous normer de la manière la plus féroce et la plus brutale. Vous allez apprendre la discipline.
Pourquoi vous visser de la sorte ? Mais, voyons : parce que nous avons peur de vous, de vos caprices, de vos fantasmes et de votre force ; et aussi parce que cette force sera bien mieux employée à notre service, à notre avantage, à la poursuite des buts qui nous exaltent, nous, les vieux. Nous ne voulons aucune déperdition d’énergie, aucune initiative que nous n’aurons pas d’abord approuvée.
Pour empêcher les révoltes et les rébellions, nous avons inventé une foule d’instruments et d’abord la prison, le pénitencier, les juges, les flics, l’armée, bref, tout l’arsenal répressif.
Pour limiter la liberté, nous avons inventé les chefs, les bureaux, les administrations, les dossiers à remplir, le casier judiciaire, la raison d’Etat et les services spéciaux du Ministère de l’Intérieur.
Pour vous empêcher de vivre correctement, nous avons inventé les patrons, le temps de travail, la soumission à l’argent, la vie échangée contre un salaire pour pouvoir vivre.
Pour vous empêcher de vous révolter, on a inventé Dieu, ce super-flic qui vous surveille en permanence et qui finira par vous juger, de telle sorte que même dans la mort vous ne serez jamais, jamais, jamais libres.
Pour que vous ne puissiez pas conspirer contre nous, on vous empêche de vous voir et de vous aimer en toute liberté. Vos sorties sont vérifiées, vos copains soumis à un examen attentif par vos parents, votre courrier est intercepté, vos mails sont lus, vos balades sur Internet sont surveillées.
Et pour que vous ne vous rendiez pas trop compte de tout cela, l’on vous empêche de penser par vous-mêmes en vous farcissant la tête en permanence, en vous gavant de cours de mathématiques, de physique, d’histoire, de philosophie, de littérature, tous ces trucs inutiles et pédants, en vous gorgeant d’informations, le publicités, de films, de télévision, d’Internet.
Alors, vous allez apprendre la discipline. Et si vous ne voulez pas apprendre, on trouvera le moyen de vous faire taire. On trouvera le moyen de vous exiler. Ou alors, on vous supprimera. Comme on a supprimé Socrate, à Athènes, en 399 av. J.-C.. La ciguë pour les insoumis ! La fusillade pour les déserteurs de 1917, qui mettaient la vie et la paix au-dessus de la patrie. La chaise électrique pour les anarchistes, même quand ce sont deux innocents comme Sacco et Vanzetti, assassinés par les Etats-Unis d’Amérique en 1921. Qu’est-ce que ça nous coûte, une vie humaine, quand notre bonheur à nous, les vieux, est en jeu ?
Alors, vous apprendrez la discipline ; et comme nous, vous finirez par aimer Big Brother.
Tout ce que je viens de vous dire, vous le sentez, plus ou moins confusément. Si ce schéma rapide vous fait cet effet, c’est parce que, confusément, vous vous en étiez déjà rendu compte. Je ne fais que dévoiler ce que vous perceviez déjà.
Mais en même temps, cette société qui restreint, de fait, si sévèrement la liberté individuelle est, en même temps la société qui en chante le plus les louanges. Société du « temps libre ». Paradoxe, ou simple faux-semblant, simple hypocrisie ?
Pour le savoir, nécessaire d’examiner la notion de liberté plus précisément.
Suite du cours : problèmes de définition.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
publié dans :
Notions











