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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

Autrui - 1

La difficulté du point de vue cartésien vient de son extrême sévérité. Le cogito nous renvoie, au paroxysme du doute hyperbolique, à une solitude fondamentale dans laquelle je puis seulement dire que « je pense » - et encore cette « pensée » reste-t-elle très difficile à définir si l'on tient compte d'un inconscient (attention : pas forcément l'inconscient freudien). Le cogito ne répond donc que très partiellement à la question « Qui suis-je ? » Dans la solitude, nous n’avons aucun moyen d’isoler en nous-même la part de reconstruction fantasmatique, d'illusion, de prétention, de mauvaise foi, qui existe en nous-mêmes et qui participe à notre identité tout en la perturbant. Il faut d’ailleurs remarquer que tous les enfants ont remarqué cette limite fatidique de la solitude comme solution : la conscience humaine possède cette faculté fantastique d'invoquer de l’altérité – de créer un ami imaginaire. Au plus profond de la solitude, je me suscite un autre ; mais comment est-ce possible ? Comment de moi un « autre » peut-il sortir ? Sans doute parce que cet alter ego, cet autre moi-même qui me ressemble, me reflète, et pourtant ne se confond pas avec moi, se trouve au fond de moi-même – selon la formule rimbaldienne, « Je est un Autre ». L’altérité resurgit du plus profond de mon isolement : elle est constitutive de mon identité. Dans ce cas, contempler un autre humain, observer autrui, m'aiderait singulièrement à me définir moi-même et à surmonter en partie le doute radical sur le réel. (Photo par Hopper.)


I. Autrui, élément structurant de l’identité

1) Autrui, médiateur entre moi et moi-même

Je viens de faire un geste maladroit ou vulgaire : ce geste colle à moi, je ne le juge ni ne le blâme, je le vis simplement […]. Mais voici tout à coup que je lève la tête : quelqu’un était là et m’a vu. Je réalise tout à coup toute la vulgarité de mon geste et j’ai honte. Il est certain que ma honte n’est pas réflexive, car la présence d’autrui à ma conscience, fût-ce à la manière d’un catalyseur, est incompatible avec l’attitude réflexive : dans le champ de ma réflexion je ne puis jamais rencontrer que la conscience qui est la mienne. Or autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même : j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui. Et, par l’apparition même d’autrui, je suis en mesure de porter un jugement sur moi-même comme sur un objet, car c’est comme objet que j’apparais à autrui. Mais pourtant, cet objet apparu à autrui, ce n’est pas une vaine image dans l’esprit d’un autre. Cette image en effet serait entièrement imputable à autrui et ne saurait me "toucher ». Je pourrais ressentir de l’agacement, de la colère en face d’elle, comme devant un mauvais portrait de moi, qui me prête une laideur ou une bassesse d’expression que je n’ai pas ; mais je ne saurais être atteint jusqu’aux moelles : la honte est, par nature, reconnaissance. Je reconnais que je suis comme autrui me voit. […] La notion même de vulgarité implique d’ailleurs une relation […]. On n’est pas vulgaire tout seul. Ainsi autrui ne m’a pas seulement révélé ce que j’étais : il m’a constitué un type d’être nouveau qui doit supporter des qualifications nouvelles.
Sartre, l’Être et le Néant

La valeur de preuve vient de l’intensité de l’expérience chez Sartre. Il faut bien comprendre que nous n'avons pas honte par nature (sans quoi nous ne commettrions pas l'acte maladroit ou vulgaire). Si nous ressentons de la honte, c'est parce que autrui nous a vu (et qu'autrui est bien reconnu comme un autre moi-même : un fauteuil ne nous fait pas ressentir de la honte), et que nous jugeons qu'autrui réprouve notre geste. Dans ce cas, ce sentiment de honte provient bien du fait que nous nous reconnaissons être (au moins en partie) comme autrui nous voit - donc qu'autrui nous détermine en partie. (N'allons pas trop loin : Sartre ne suggère pas que nous sommes seulement et exactement ce qu’autrui s’imagine que nous sommes.)

Cette détermination, dans un sens, est mineure, puisqu'il s'agit seulement de nous révéler la dimension maladroite ou vulgaire de notre geste - que, dans la solitude, nous n'aurions jamais découverte. Dans ce cas, autrui peut me révéler à moi-même une partie de ce que je suis (pas seulement de ce que je parais ou de ce que je m’imagine) – autrement dit, il existe en moi une opacité qu’autrui peut éclairer (c'est d'ailleurs tout le propos de la psychanalyse).
 

Suite du cours : autrui, en apparence simple objet.

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