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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

La diversité des goûts -4


3) L’éducation sentimentale

Une cause évidente de ce que beaucoup ne parviennent pas à ressentir le véritable sentiment de la beauté est le manque de cette délicatesse […] qui est requise pour prendre conscience des émotions fines. À cette délicatesse, tous prétendent : chacun en parle et réduirait volontiers toute espèce de goût ou de sentiment à sa propre norme […].
Mais, bien qu’il y ait une grande différence au point de vue de la délicatesse entre une personne et une autre, rien ne tend davantage à accroître et à parfaire ce talent que la pratique d’un art particulier, et l’étude ou la contemplation répétées d’une sorte particulière de beauté. Lorsque les objets de quelque sorte sont présentés pour la première fois à l’œil ou à l’imagination, le sentiment qui les accompagne est obscur et confus, et l’esprit est, dans une grande mesure, incapable de se prononcer quant à leurs mérites ou leurs défauts. Le goût ne peut pas discerner numériquement les quelques excellences de l’œuvre ; encore moins peut-il distinguer le caractère spécifique de chaque perfection, et en rendre manifestes la qualité et le degré. S’il énonce que l’ensemble, pris en général, est beau ou laid, c’est là le maximum qu’on peut attendre de lui, et même pour porter ce simple jugement, une personne dépourvue à ce point d’expérience, sera encline à une hésitation et à une réserve considérables. Mais, si vous la laissez acquérir l’expérience de ces objets, vous voyez le sentiment de cette personne gagner en exactitude et en perfection […]. Se dissipe le brouillard qui semblait auparavant s’étendre sur l’objet : l’organe acquiert une plus grande perfection dans ses opérations, et peut, sans risque d’erreur, se prononcer sur les mérites de chaque réalisation. En un mot, la même adresse et la même dextérité que donne aussi la pratique pour exécuter un travail, sont acquises par le même moyen pour en juger.

Il est possible, explique Hume, de perfectionner le jugement artistique par une expérience acquise. Comprenons bien : ce ne sont pas les organes des sens qu’on perfectionne, mais la manière de s’en servir. Un personnage doté d'un palais extrêmement fin, à la première gorgée de whisky, ne sentira peut-être que l'alcool, et aura bien du mal à débrouiller les soixante saveurs que l'amateur averti sait y distinguer parfois. Inversement, un personnage frustre, mais accoutumé à déguster du whisky, ne percevra peut-être pas toutes les soixantes saveurs, mais il en identifiera certainement plus que notre néophyte prometteur. En somme, explique Hume, il existe une méthode pour goûter les choses : il s'agit d'apprendre à repérer tout de suite ce qu’il faut percevoir.

Le goût peut s’éduquer. Maintenant, une petite question : depuis votre CP, combien d’heures de mathématiques vous a-t-on proposées ? Au moins cinq par semaines, et ce trente semaines par an, pendant onze ans, nous donnent 1.650 heures. En face, combien d’heures d’analyse esthétique ? Combien d'heures dans les musées consacrées à comparer des toiles, à les examiner dans leur détail, dans leur composition, dans leurs nuances ? Si vous dépassez les cent heures, vous faites partie de l'élite la mieux lotie.

Qui aurait l'idée d'émettre des avis en chirurgie cardiaque ou en droit fiscal international sans passer d'abord par une formation adéquate ? Personne, sans doute ; mais alors, pourquoi contester qu'avant de juger une oeuvre d'art, il faut au moins maîtriser les concepts qu'utilisent les artistes ? Pourquoi contester que, pour porter un jugement correct en peinture, il faut au moins connaître la différence entre la valeur et la teinte des couleurs ; ou entre la ligne et le trait ? Le fait que l'école abandonne la formation artistique aux parents explique peut-être pourquoi, aujourd'hui, tant de monde prétend que « chacun ses goûts », que « des goûts et des couleurs il ne faut point discuter », que le moteur de l'artiste tient dans « l'inspiration » ou dans le « talent » (alors que tous les artistes insistent sur l'importance première du travail et de la pratique, et que certains même nient l'existence d'une inspiration - ainsi Paul Valéry qui écrit :
« L'inspiration, c'est tous les jours de quatre à six »), etc.

Hume, suivant son idée, précise qu'en matière de formation artistique, rien ne remplace la pratique :

La pratique présente tant d’avantages pour discerner la beauté qu’il sera même requis de nous, avant que de pouvoir émettre un jugement sur quelque œuvre d’importance, que cette réalisation très particulière ait été lue plus d’une fois attentivement, et considérée sous divers éclairages avec attention et réflexion. Il y a un désordre et une précipitation de la pensée qui accompagnent la première lecture de toute pièce et qui rendent confus le sentiment authentique de la beauté. […] Sans compter le fait qu’il existe une espèce de beauté qui, parce qu’elle se peint en des couleurs brillantes et superficielles, plaît au premier abord, mais qui, une fois qu’on a découvert son incompatibilité avec une expression juste de la raison ou de la passion, a tôt fait de lasser le goût […].

Ceux qui disent : « une œuvre doit me plaire tout de suite », dans un sens, se rendent justice. Apprécier une oeuvre d'art exige une étude approfondie, une pratique assidue, sans laquelle le jugement restera obscurci par l'ignorance.

« L’ignorance » : le mot est lâché. Pour juger de l’œuvre, il ne faut pas en rester à un premier sentiment « spontané », épidermique, superficiel, mais tenir compte d’une dimension plus intellectuelle que sentimentale. Evidemment, il n'est pas certain que tous les ignorants qui se piquent d'art soient disposés à s'astreindre à ces travaux si difficiles ; et encore une fois, on comprend leur désir de couper court à une discussion qui pourrait vite devenir un débat d'experts. Par exemple : le clair-obscur chez Rembrandt (à gauche, le Philosophe en méditation, 1632) a-t-il la même fonction et le même sens que chez le Caravage (à droite, la Vocation de Saint Matthieu, 1600) ?


Suite du cours : la comparaison.
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