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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

La diversité des goûts -5

III. La raison dans le discours esthétique

Nous nous trouvons ainsi, avec Hume, amenés à introduire des connaissances et des raisonnements dans le discours esthétique.


1) La comparaison

Hume nous y invitait déjà lorsqu'il rapprochait Ogilby et Milton : comparer, c’est raisonner (on parle bien de compa-raison). Toute la différence entre le mauvais et le bon juge vient de leur attitude devant l'oeuvre. Le mauvais juge souhaite de l’œuvre qu’elle le subjugue, qu’elle provoque en lui une sorte d’extase qui emporte son adhésion. Le bon juge, lui, compare et évalue. Devant le portrait de Dora Maar de Picasso (visible ici), la première réaction du bon juge ne consiste pas à se demander s'il
« aime » ou s'il « n'aime pas », si c'est « bien peint » ou pas, si « c'est beau » ou pas. Il s'interroge : en quoi ce portrait se distingue-t-il de la Joconde ? pourquoi Picasso utilise-t-il cette technique plutôt qu'une autre ? quel message cette technique inédite permet-elle d'exprimer, que le sfumato de Vinci échoue à transmettre ? pourquoi ces couleurs vives (ou criardes) plutôt que les nuances subtiles (ou ternes) de Vinci ? Hume insiste :

Il est impossible de persévérer dans la pratique de la contemplation de quelque ordre de beauté que ce soit, sans être fréquemment obligé de faire des comparaisons entre les divers degrés et genres de perfection, et sans estimer l’importance relative des uns par rapport aux autres. Un homme qui n’a eu aucune possibilité de comparer les différentes sortes de beauté n’a absolument aucune qualification pour donner son opinion sur un objet qui lui est présenté. C’est seulement par comparaison que nous fixons les épithètes de louange, ou de blâme, et apprenons à assigner le juste degré de l’un ou de l’autre. […] Les ballades les plus vulgaires ne sont pas entièrement dépourvues d’harmonie ni de naturel, et personne, si ce n’est un homme familiarisé avec des beautés supérieures, n’énoncerait que leurs rythmes sont désagréables ou que les histoires qu’elles content sont sans intérêt.

Reconnaissons-le : la Danse des Canards, ça
« marche » : la chanson ne manque ni de rythme ni d'un humour potache assez plaisant ; et encore une fois, on peut juger ce morceau agréable. Pourtant, soutient Hume, pour l'apprécier à sa juste valeur, encore faut-il avoir rencontré des oeuvres plus complexes et plus élevées ; d'ailleurs, ne faut-il pas plaindre les ignorants qui n'ont jamais eu la chance d'accomplir ces rencontres ? Ne faut-il pas regretter qu'une large majorité d'individus, aujourd'hui, n'ait jamais ressenti la profonde interrogation dont toute oeuvre vraiment géniale est porteuse, et qui la baigne d'un mystère enthousiasmant, même lorsqu'on en connaît tous les détails ? (Ci-dessous, Melancholia d'Albrecht Dürer, 1514.)


A ce stade, des critiques de Hume ont soulevé un argument gênant. Comment se forment les
« bons juges » ? Au contact des belles oeuvres. Qui, cependant, décide qu'une oeuvre est belle ? Evidemment, les « bons juges » ! C’est un cercle vicieux : en définitive, il faut reconnaître, à un moment ou l'autre, le caractère arbitraire d'un jugement artistique.

Pourtant, il n'est pas difficile de conforter la position humienne. Ce
« cercle vicieux » relève d'une lecture contestable et approximative. Les « bons juges » se forment au contact de toutes les œuvres, bonnes et mauvaises, par comparaison. Ils ne prétendent jamais qu'une oeuvre est « belle » et une autre « laide » ; mais lorsqu'ils s'autorisent ce type de jugements, ils disent toujours « telle oeuvre est plus réussie que telle autre pour telle raison ».

Encore faut-il, pour user correctement des comparaisons, disposer d'un savoir minimum.

Suite du cours : visée et prérequis de l'oeuvre.
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Z


Bonjour monsieur,


Avec ce cours on peut dire que vous mettez la pâtée à ces satanés dictons !


"Comparaison n'est pas raison"... Bah voyons ! J'espère que les gens qui font de ce proverbe paresseux leur cheval de bataille tomberons un jour sur votre blog et sur ce cours histoire de
réfléchir un petit peu !


Bonne continuation


 


Zorroastre



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