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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

La diversité des goûts -7


3) Qualités formelles de l’œuvre

Avec ce dernier point, cependant, on atteint un autre niveau, et Hume répond à l'argument fondamental de l'opinion populaire. Selon cet argument, il n'est jamais possible de juger une oeuvre « belle » parce que ce jugement ne porte pas sur une qualité intrinsèque de l'objet, mais sur la relation entre cet objet et un point de vue subjectif. En fait, indique Hume, cette affirmation n'est pas entièrement exacte.

Même si le doux et l’amer, le beau et le laid, sont des adjectifs décrivant une relation entre l'objet et le spectateur (et non des propriétés de l'objet lui-même), il n’en reste pas moins que les œuvres possèdent des qualités intérieures formelles, comme la cohérence, le contraste, la nuance, le rythme, la gamme, la tonalité etc. qui sont « calculées » pour causer ces sensations de beauté ou de laideur.

Dans un autre essai, intitulé De la Tragédie, Hume s'emploie à montrer que ces qualités formelles déterminent le sentiment des spectateurs. Comment peut-on trouver une tragédie « belle » ? s'interroge-t-il. Quel plaisir peut-on trouver à voir représenter ces histoires atroces (celle de Thyeste et Atrée, celle de Phèdre et Hippolyte, celle de Roméo et Juliette) ? Si ces événements arrivaient vraiment, on s’en affligerait. Pourtant, ajoute Hume, les spectateurs payent volontiers pour écouter ces histoires ; et du reste, on peut ressentir également un sentiment de beauté face à l'art oratoire (à la lecture des Catilinaires de Cicéron, par exemple). Pourtant, dans ces cas, les événements ont vraiment lieu. Le discours de Churchill du 4 juin 1940 devant la Chambre des Communes (consultable en VO ici), juste après la défaite française, à l'heure la plus sombre de la guerre contre la barbarie nazie, annonce clairement des épreuves épouvantables :

Nous ne fléchirons pas et nous ne faillirons pas. Nous continuerons jusqu'à la fin. Nous combattrons en France, et sur les mers et sur les océans. Nous combattrons avec une confiance croissante, et une force grandissante dans les cieux. Nous défendrons notre île, quel qu'en soit le prix. Nous combattrons sur les plages, nous combattrons sur les pistes d'atterrissage, et dans les champs, et dans les rues, et sur les collines. Nous ne nous rendrons jamais [...].
Winston Churchill, discours du 4 juin 1940

L'émotion bouleversante qui peut saisir l'auditeur devant ces paroles pourtant sinistres nous amènent à croire que seules les qualités formelles du discours le rendent beau. Sitôt cette hypothèse envisagée, Hume cite en exemple la lenteur caractéristique de la célèbre pièce de Shakespeare Othello (consultable en VO ici). Cette lenteur, soutient Hume, joue pour une large part dans l'émotion que nous inspire la pièce. On peut sans difficulté étendre ce raisonnement à toutes les autres qualités formelles des oeuvres, et trouver bientôt des indices très forts à l'appui de cette thèse. Par exemple, comment pourrions-nous trouver « belle » une oeuvre inachevée si nous ne donnions pas la priorité à la forme par rapport au fond dans le jugement esthétique ?

Par ailleurs, l'analyse des oeuvres picturales classiques insiste volontiers sur la composition et l'équilibre : ainsi opérera-t-on de savants découpages de la toile où l'on montrera que les personnages s'insèrent dans un triangle régulier, qu'ils occupent chacun une égale portion de la toile, etc. ; mais alors, si en effet ces équilibres rigoureux donnent ce sentiment d'harmonie et de beauté, pourquoi ne pas gagner en efficacité, supprimer ces personnages qui brouillent le message, et ne garder que les structures ?  Pourquoi ne pas faire l'économie du sujet et oser l'abstraction ? (A gauche, Composition en rouge, bleu et jaune de Piet Mondrian ; à droite, N°1, 1949 de Jackson Pollock, 1949.)

Alors que je vivais déjà à Munich, je fus ravi un jour par une vue tout à fait inattendue dans mon atelier. C’était l’heure du jour déclinant. Après avoir travaillé sur une étude, je venais de rentrer chez moi avec ma boîte de peinture… lorsque j’aperçus un tableau d’une indescriptible beauté baigné de couleurs intérieures. Je commençais par me renfrogner, puis me diriger droit vers cette œuvre énigmatique dans laquelle je ne voyais rien d’autre que des formes et des couleurs et dont le sens me restait incompréhensible. Je trouvai instantanément la clé de l’énigme : c’était un de mes tableaux posé de côté contre un mur. Le jour suivant, je voulus reproduire l’impression de la veille à la lumière du jour, mais je n’y parvins qu’à demi ; même de côté, je reconnaissais sans cesse les objets, et il y manquait le subtil glacis du crépuscule. Je savais à présent très exactement que l’objet était nuisible à mes tableaux.
Kandinsky, cité par Ulrike Becks-Malorny,
Wassili Kandinsky 1866-1944. Vers l’abstraction (1994)

Non seulement le sujet représenté n'a aucune importance, mais encore il gêne la contemplation. Non sans malice, Pollock remarque que l'on peut trouver beau un parterre de fleur sans se tracasser de savoir « ce qu'il représente ».


Suite du cours : conclusions.
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