II. Le langage ne sert-il qu’à communiquer ?
1) Un système de signesIl semble évident avec Wittgenstein et dans l’utilisation courante que le langage ne sert qu'à communiquer ; du reste, la manipulation passe toujours par la communication d’idées, d’opinions etc.
Le lien unissant le signifiant au signifié est arbitraire, ou encore, puisque nous entendons par signe le total résultat de l’association d’un signifiant à un signifié, nous pouvons dire plus simplement : le signe linguistique est arbitraire.
Ainsi, l’idée de « sœur » n’est liée par aucun rapport intérieur avec la suite de sons s-ö-r qui lui sert de signifiant ; il pourrait être aussi bien représenté par n’importe quelle autre : à preuve les différences entre les langues et l’existence même de langues différentes : le signifié « bœuf » a pour signifiant b-ö-f d’un côté de la frontière et o-k-s (Ochs) de l’autre. […]
Le mot arbitraire appelle aussi une remarque. Il ne doit pas donner l’idée que le signifiant dépend du libre choix du sujet parlant (on verra plus bas qu’il n’est pas au pouvoir de l’individu de rien changer à un signe une fois établi dans un groupe linguistique) ; nous voulons dire qu’il est immotivé, c’est-à-dire arbitraire par rapport au signifié, avec lequel il n’a aucune attache naturelle dans la réalité.
Ainsi, l’idée de « sœur » n’est liée par aucun rapport intérieur avec la suite de sons s-ö-r qui lui sert de signifiant ; il pourrait être aussi bien représenté par n’importe quelle autre : à preuve les différences entre les langues et l’existence même de langues différentes : le signifié « bœuf » a pour signifiant b-ö-f d’un côté de la frontière et o-k-s (Ochs) de l’autre. […]
Le mot arbitraire appelle aussi une remarque. Il ne doit pas donner l’idée que le signifiant dépend du libre choix du sujet parlant (on verra plus bas qu’il n’est pas au pouvoir de l’individu de rien changer à un signe une fois établi dans un groupe linguistique) ; nous voulons dire qu’il est immotivé, c’est-à-dire arbitraire par rapport au signifié, avec lequel il n’a aucune attache naturelle dans la réalité.
Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale
Le signe linguistique, comme tous les signes, consiste en une opération mentale par laquelle un signifiant perçu (la série de sons entendus ou la série de lettres vues) convoque dans la pensée un signifié différent du signifiant (l'idée à laquelle le mot réfère) ; mais à la différence des indices (signes dans lesquels le signifié se trouve lié au signifiant par un rapport de causalité - ainsi des pas dans le sable, indices du passage d'un individu), les signes linguistiques sont des symboles : le lien entre signifiant et signifié s'avère « immotivé », écrit Saussure. Ce lien ne s'explique pas par un rapport de cause à effet.
S'il est effectivement « immotivé », « arbitraire », alors le signe linguistique ne dépend que de la volonté des individus communiquants. Si vous et moi décidons, arbitrairement, que, pour nous, « les navires du Débarquement ont quitté leurs ports d'attache » se dira « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne... », rien ni personne ne peut nous en empêcher. Comme le dit Wittgenstein, « Il est clair, naturellement, qu'à la place de cette inscription, on pourrait avoir n'importe quelle autre. » Le langage présente une malléabilité totale pour ceux qui l'emploient. On peut inventer des mots, changer le sens des mots, imaginer (comme le fit Tolkien) des langues qui n'existent pas... ou plus simplement décider que « rivière » ne désignera que des cours d'eau de débit comparable à celui de la Tamise, alors que l'Amazone se qualifiera de « fleuve ». Pur outil entre nos mains, modifiable à merci, il ne sert effectivement qu'à communiquer.
Suite du cours : les actes de langage.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
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