II. Une discipline à la portée de tous ?
1) Le degré zéro de la philosophie
N’importe qui est capable, avec des efforts, d’apprendre des dates marquantes de l’histoire de la pensée.
Répondre par des préjugés, des clichés, des évidences. Les choses sont toujours beaucoup plus compliquées, nuancées, surprenantes, qu’on ne croit. Omettre ces nuances, ces facultés, cette complexité, revient à se cantonner dans le connu, l’habituel, les fausses certitudes détruites par Popper mais si confortables. « Tous pourris ! », « Elections, pièges à cons ! ». La pensée par slogan. Face au philosophe, c’est l’artillerie contre l’escrime, c’est l’équarissage contre la chirurgie.
Le gâchis. Une inouïe diversité de pensées possibles, un potentiel d’une puissance sans pareil, et tant de personnes qui n’ont que la beauté indiffère, que la vérité aveugle, que la liberté effarouche !
Veut-on être de ceux-là ?
2) Le propos philosophique.
Contrairement à la sociologie, la philosophie hurle : c’est possible ! Vous pouvez vous arracher à cette condition. Personne n’est exclu, parce que personne n’est exclu de la raison, ni de la sensibilité.
Tout le monde peut s’engager sur le chemin. Il n’est pas certain que tout le monde arrivera au bout mais tout le monde peut au moins s’engager sur le chemin, et se mettre en état de marche : debout, de face, et en avant.
Je sais bien, comme Socrate, que c’est un peu peine perdue ; que certains d’entre vous ont déjà fait leur choix, tout comme certains citoyens d’Athènes avaient déjà jugé la cause avant d’entendre Socrate. Mais pour les autres, les quelques autres qui écoutent, ces propos ne sont pas inutiles. Et maintenant, juges ! la question la plus terrible que nous devions affronter.
3) Le prix à payer.
Un engagement total. Philosopher, ce n’est pas seulement retenir des dates, des théories, des citations prêtes à l’emploi. Cela consiste en un engagement total. Comment pourrait-on faire moins ? Lorsqu’on place une question au-dessus de toutes les autres en urgence, il faut être cohérent et la conserver au-dessus de toutes les autres tant qu’on ne l’a pas résolue. Pas de compromis.
Les « sectes » antiques.
Mais le prix n’est-il pas plus fort encore ?
Le doute. Le relativisme. Le nihilisme.
Dieu est mort ! Il n’existe plus aucune transcendance ! Toutes les valeurs sont mortes !
Le désespoir.
On a parcouru tout ce chemin pour en arriver là ? Là où il n’y a plus rien que le froid et l’indifférence ?
Le vide intersidéral.
Deuxième illumination : mais pourquoi ressent-on ce désespoir ?
Ca n’a pas de sens. On a ce qu’on cherchait. On s’est débarrassé de toutes les illusions, de tous les préjugés, de toutes les bigarrures trompeuses. Alors pourquoi ce désespoir ? Et d’ailleurs, à quoi bon ce désespoir ? Car après tout, nous sommes en vie, n’est-ce pas ? Nous avons survécu.
Quelqu’un qui serait plus faible que nous se tuerait maintenant ; mais nous avons au contraire toutes les raisons de nous réjouir ! Victoire ! Nous avons encore une raison de trouver de la beauté ici-bas !
Et d’ailleurs, sur ce chemin que nous avons parcouru, sommes-nous bien sûrs d’avoir examiné tout ce que nous devions examiner, ou bien avons-nous laissé de côté certains problèmes essentiels ?
Même si nous connaissons la fin de l’histoire, n’est-il pas opportun de réexaminer le chemin ? Lire plusieurs fois attentivement. Hume 136, Nietzsche, Machiavel « ceux qui écoutent », Platon « juges ».
Et où commencer ? Où, sinon justement dans cette interrogation : nous avons survécu, cela nous émeut comme une belle victoire ; mais qu’est-ce qu’une victoire ? qu’est-ce qui est beau ? Qui sommes-nous, pour crier victoire ?
Suite du cours : philosopher en terminale.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
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Notions











