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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

Droit, devoir, bonheur - 8


III. Le bonheur


Si nous jugeons, en effet, la loi inique, l'ordre odieux, y obéirons-nous néanmoins, au motif de garder profil bas, dans l'espoir d'avoir la paix chez soi ? Trahirons-nous notre ami, ou mentirons-nous à la milice au risque de la torture et de la mort ? La morale, et surtout la moralité du droit, a maille à partir avec notre bonheur.


1) Le droit naturel

Il suffit d'entrer dans le premier bistrot venu pour s'apercevoir que la moralité du droit occasionne des débats passionnés. Les citoyens réagissent à l'existence de la loi, et querellent quant à son contenu. Même votées et promulguées, les lois abolissant la peine de mort ou légalisant l'avortement continuent de provoquer des affrontements.

Pourtant, cet état de fait paraît extrêmement curieux. Si le droit déterminait tout entier notre morale, une loi en vigueur ne générerait aucune discussion. Nous devons donc supposer qu'il existe, indépendamment et antérieurement à la loi, un certain nombre de principes moraux qu'on appelle habituellement "conscience morale".

Même frustre ou approximative, cette conscience valorise, spontanément semble-t-il, nos actions en bien ou en mal. Un enfant qui escalade l'armoire à confitures, ou même un chien qui dérobe un pâté en cuisine, présentent des comportements furtifs, indices de leur mauvaise conscience.

On peut dire alors, avec Aristote, qu'il existe, en deçà des droits positifs de chaque pays, un "droit naturel", ensemble de principes moraux innés propres à régir les rapports humains, même hors d'une société ou d'un pays. Dans la mesure où ce droit naturel est inné, il faut croire que tous les droits positifs le reflètent en quelque manière : et en effet, certaines prescriptions légales paraissent universelles (sauf cas de force majeure ou de nécessité), ainsi la prohibition de l'inceste ou du meurtre. Lorsqu'il est conforme au droit naturel, le droit positif s'impose de lui-même très facilement, puisque chaque citoyen (ou du moins la très grande majorité des citoyens qui ne sont pas entièrement vicieux) tend à l'appliquer spontanément (le droit positif se confond avec les principes moraux fondamentaux qui dirigent l'individu).

Du reste, le droit naturel se révèle aussi par les droits iniques, en négatif, par la révolte qu'ils provoquent. Face à l'oppression, à la haine, à l'injustice, toujours des individus se lèvent, au mépris du danger. En effet, comme l'écrit Henry Thoreau, "dans un système injuste, la place du juste est en prison".

Pourquoi se révolter de la sorte ? mais voyons : au nom du bonheur. Quoi d'autre ? Si, même dans les systèmes politiques les plus affreux, au fond de la dictature totalitaire, certains continuent de se révolter au grand jour, c'est parce qu'ils ne supporteraient pas de vivre dans des conditions pareilles : si leur société ou leur Etat les empêche de goûter au bonheur, ils préfèrent mourir.

Ainsi, en 1930, les élèves de Mohandas Karamchand Gandhi décident d'imiter leur maître et d'entamer une marche vers les salines de Dharasana pour briser le monopole sur le sel que tentent d'imposer les Britanniques (Gandhi lui-même ne put participer à cette marche : il croupissait en prison pour avoir ramassé une poignée de sel à Dandi - ci-contre à gauche). Le 21 mai, les satyagrahis parviennent aux salines, protégées par quatre cents policiers armés de lathis (lourds gourdins ferrés). Webb Miller, correspondant de l'Associated Press, raconte : "Soudain, réagissant à l'ordre, des dizaines de policiers se précipitèrent sur les manifestants et firent pleuvoir les coups [...]. Aucun des manifestants ne bougea même le bras pour se protéger. [...] De l'endroit où je me trouvais, j'entendais l'épouvantable fracas des gourdins sur les crânes [...]. Même si chacun savait que, en quelque minutes, il serait brutalisé, peut-être même tué, je ne pouvais observer le moindre signe de faiblesse ou de peur. Ils marchaient d'un pas régulier, tête haute, sans musique, sans applaudissements, sans l'espoir d'échapper à une blessure grave ou à la mort."

Ainsi également, après la réunion de Caluire, Jean Moulin (à droite) est arrêté le 21 juin 1943 par la Gestapo. Transféré à Paris, rue Lauriston, au siège de la Gestapo, il est atrocement torturé. Mis au supplice, il finit par céder. Un nazi lui tend un bloc de papier, et Jean Moulin commence à écrire. Au bout d'une dizaine de minutes, on le lui arrache. Le bourreau n'en crut pas ses yeux : le résistant venait de le caricaturer sous les traits hideux d'un sanglier.

Ainsi encore, lors de la révolte des étudiants pékinois de 1989 contre le régime, Deng Xiaoping décide d'envoyer les chars pour évacuer la place Tien an Men, occupée par les manifestants. Alors, un des étudiants se lève et vient se planter face aux blindés. A lui seul, il arrête la colonne de chars (ci-dessous).

Ces trois exemples montrent tous que certains individus sont prêts à risquer leur vie pour le bonheur ; et cela porte une leçon particulière : si nous cherchons vraiment le bonheur, il nous faut sans doute du courage
; à bien des égards, on peut affirmer que c’est justement quand l'individu ose se dresser contre l’injustice, quand il expose son corps mortel à la menace physique pour protéger ceux que l’on aime, quand il reprend sa liberté malgré les fusils, qu'il atteint sa vraie grandeur. Il ne s'agit pas ici, comprenons-nous, d'une absence de crainte proche de l'aveuglement : le courageux ressent la peur - mais il ne la laisse pas le dominer. Ainsi, dans le Seigneur des Anneaux, lorsque Frodo assiste à la conférence tenue chez Elrond. Il vient d'affronter les horribles nazgûls, et a récolté une vilaine blessure dont il n'a été sauvé qu'in extremis ; il a toutes les raisons d'avoir peur et de se terrer. Pourtant, devant la discorde violente que provoque l'Anneau, il déclare : "I will take the ring, though I do not know the way." Quel meilleure illustration du courage ?

Aussi n'est-ce certainement pas un hasard si Aristote place le courage en première place, dans l'Ethique à Nicomaque (1115a4 et suivantes). Dans un univers tant soit peu injuste ou dangereux, il n'est pas possible à un lâche d'être heureux.

Suite du cours : le Bien et le Mal.

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