I. Tentative de définition du fait religieux
1) La croyance en Dieu
Religion semble immédiatement liée à la notion de Dieu. Religare, relier le fidèle à la divinité. Cette croyance, cette foi, se fonde sur un sentiment très fort et très ambigu que l’individu ressent face à l’univers. Rudolf Otto (théologie allemand) appelle « le numineux » ce mélange de frayeur et de reconnaissance devant une totalité à la fois énorme, toute-puissante et bienveillante. La divinisation de la totalité cosmique pas du tout une spécialité des monothéismes : même chez les animistes, Wakan Tanka (Dakotas) ou Kitche Manitou (Algonquins), Vaudou (Haïti) ou encore Nzambi (Bantous) – paraît universel.
Toutefois cette divinité cosmique, alias le Créateur ou le Démiurge, est souvent reléguée à l’arrière-plan par rapport aux saints, aux esprits, aux loas cf. aucune église consacrée à Dieu : beaucoup moins de différence entre le prétendu « animisme » ou « polythéisme » et le « monothéisme » qu’on le croit d’habitude (merci de se débarrasser des habitudes de pensée du XIXème siècle, on y reviendra).
Affirmation de la croyance en Dieu (credo) : fait central de la vie du fidèle, mais par ailleurs la plupart des rituels honorent des figures moins imposantes : anges, esprits, ou incarnations du Dieu (les « avatars » indiens, le Christ). Ces rituels font partie intégrante de la religion et ils dévaluent l’importance fondamentale du Dieu.
Croyance en Dieu paraît difficilement dissociable de tout un appareil de dogmes concernant la création, la cosmogonie, les interventions divines, les miracles (ie : la création : rien ne naît de rien, et cf. artistes) – bref, toute une mythologie postulant des relations entre deux mondes, le monde humain et le monde divin ; et l’ennui, c’est qu’on est ici très proche de la sorcellerie, du vaudou, de la superstition.
Un agnostique qui croit au fer dans les épinards, aux fantômes ou aux OVNIs. Certains faits religieux, en particulier certains cultes, semblent pouvoir se passer de la notion de Dieu. Cf. aussi bouddhisme et shinto, culte des ancêtres.
Par ailleurs, cette notion de « dieu » très compliquée à définir. Grande diversité de notions derrière ce mot. Entre Dieu, Allah, Ouranos, Wakan Tanka, Vaudou, Moloch-Baal, Yu-ti (l’Auguste de Jade), n’y a-t-il vraiment qu’une différence nominale ?
Encore plus complexe du fait que Diane à Versailles, pourtant dans une société très intolérante d’un point de vue religieux (c’est le même Louis XIV qui révoque l’Edit de Nantes). Bien une représentation d’une déesse, mais pourtant pas une représentation religieuse. Le mot « dieu » très vague : les dieux du stade ? les hommes divins (Epicure, Mozart) ?
Tentant de juger que, en fait, plus que le contenu de la croyance, la religion se définit par la forme de la croyance : une croyance de facto partagée par toute la communauté des fidèles. Religare serait aussi établir un lien entre fidèles, et autre étymologie possible religere, respecter / recueillir.
Suite du cours : caractère social de la religion.
1) La croyance en Dieu
Religion semble immédiatement liée à la notion de Dieu. Religare, relier le fidèle à la divinité. Cette croyance, cette foi, se fonde sur un sentiment très fort et très ambigu que l’individu ressent face à l’univers. Rudolf Otto (théologie allemand) appelle « le numineux » ce mélange de frayeur et de reconnaissance devant une totalité à la fois énorme, toute-puissante et bienveillante. La divinisation de la totalité cosmique pas du tout une spécialité des monothéismes : même chez les animistes, Wakan Tanka (Dakotas) ou Kitche Manitou (Algonquins), Vaudou (Haïti) ou encore Nzambi (Bantous) – paraît universel.
Toutefois cette divinité cosmique, alias le Créateur ou le Démiurge, est souvent reléguée à l’arrière-plan par rapport aux saints, aux esprits, aux loas cf. aucune église consacrée à Dieu : beaucoup moins de différence entre le prétendu « animisme » ou « polythéisme » et le « monothéisme » qu’on le croit d’habitude (merci de se débarrasser des habitudes de pensée du XIXème siècle, on y reviendra).
Affirmation de la croyance en Dieu (credo) : fait central de la vie du fidèle, mais par ailleurs la plupart des rituels honorent des figures moins imposantes : anges, esprits, ou incarnations du Dieu (les « avatars » indiens, le Christ). Ces rituels font partie intégrante de la religion et ils dévaluent l’importance fondamentale du Dieu.
Croyance en Dieu paraît difficilement dissociable de tout un appareil de dogmes concernant la création, la cosmogonie, les interventions divines, les miracles (ie : la création : rien ne naît de rien, et cf. artistes) – bref, toute une mythologie postulant des relations entre deux mondes, le monde humain et le monde divin ; et l’ennui, c’est qu’on est ici très proche de la sorcellerie, du vaudou, de la superstition.
Un agnostique qui croit au fer dans les épinards, aux fantômes ou aux OVNIs. Certains faits religieux, en particulier certains cultes, semblent pouvoir se passer de la notion de Dieu. Cf. aussi bouddhisme et shinto, culte des ancêtres.
Par ailleurs, cette notion de « dieu » très compliquée à définir. Grande diversité de notions derrière ce mot. Entre Dieu, Allah, Ouranos, Wakan Tanka, Vaudou, Moloch-Baal, Yu-ti (l’Auguste de Jade), n’y a-t-il vraiment qu’une différence nominale ?
Encore plus complexe du fait que Diane à Versailles, pourtant dans une société très intolérante d’un point de vue religieux (c’est le même Louis XIV qui révoque l’Edit de Nantes). Bien une représentation d’une déesse, mais pourtant pas une représentation religieuse. Le mot « dieu » très vague : les dieux du stade ? les hommes divins (Epicure, Mozart) ?
Tentant de juger que, en fait, plus que le contenu de la croyance, la religion se définit par la forme de la croyance : une croyance de facto partagée par toute la communauté des fidèles. Religare serait aussi établir un lien entre fidèles, et autre étymologie possible religere, respecter / recueillir.
Suite du cours : caractère social de la religion.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
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