3) La laïcité
La séparation de l’Eglise et de l’Etat évite ces problèmes. Tendance actuelle à restreindre la religion à la sphère privée. Religion conforme à l’ordre publique. Pas question de se lancer dans des Croisades. Les JMJ, le FRAT, c’est cool ; les processions de Marie, pas plus de problèmes (et même moins) qu’une manif de la CGT. Le religieux en sourdine : on valorise l’action sur le prosélytisme. Rôle du religieux est alors de structurer la conduite sociale (« exclusivement » la conduite sociale) des fidèles. Proposer un modèle d’existence. Sur ce point cependant, deux problèmes : un spécifiquement chrétien, un dans toutes les religions.
Problème spécifiquement chrétien, c’est que la moralité de la vie apostolique atteint au surhumain. Il ne s’agit pas seulement d’être gentil. Le Christ n’a pas seulement dit « venez venir à moi les petits enfants » (Matt 19,14), Il a aussi dit « je suis venu apporter le glaive » (Matt 10, 34) ; Il n’a pas seulement guéri les paralytiques et marché sur l’eau (Matt, 14, 24-33), Il a aussi jeté les marchands hors du Temple (Matt, 21, 12-16) et rompu le sabbat (Matt 12,1-8) ; et surtout, Il enseigne, du début à la fin de son enseignement, le partage selon une égalité stricte, le mépris de l’argent et le rejet systématique des richesses matérielles.
Texte 4 : st. Matthieu
« Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent. Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ? Voyez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? Qui d’entre vous d’ailleurs peut, en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ? »
[…] Or voici qu’un homme s’approcha et lui dit : « Rabbi, que dois-je faire de bon pour posséder la vie éternelle ? » Jésus lui répondit : « Qu’as-tu à m’interroger sur ce qui est bon ? Un seul est Bon. Que si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » […] Le jeune homme lui dit : « Tout cela, je l’ai gardé ; que me manque-t-il encore ? » - « Si tu veux être parfait, lui dit Jésus, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor aux cieux ; puis viens, suis-moi. » Quand il entendit cette parole, le jeune homme s’en alla, attristé, car il avait de grands biens. Jésus dit alors à ses disciples : « En vérité, je vous le dis, il sera difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux. Oui, je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux. » À ces mots, les disciples restèrent tout interdits. « Qui donc peut être sauvé ? » disaient-ils. Fixant sur eux son regard, Jésus leur dit : « Pour les hommes c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. »
Evangile selon st. Matthieu, 6, 24-27 ; 19, 16-27.
Une figure proche de l’anarchisme par bien des côtés, en tous cas très différente de celle des bigots, du croyant moyen ou même des hommes d’Eglise traditionnels. Nombreux mouvements chrétiens pour le retour à la vie apostolique (cathares, Réforme).
Deuxième problème, général à toutes les religions. Sitôt qu’on réduit la religion à l’éthique, le problème surgit : finalement, pas besoin d’accomplir les rituels, de génuflexions et autres salamalecs. Le sermon sur la montagne insiste sur le secret de l’aumône et de la prière. On pourrait presque se passer de la croyance en Dieu – et c’est d’ailleurs ce que suggère très fortement le père Benz lorsqu’il dit : « si l’on aime, on est chrétien, même si l’on n’est pas baptisé ; mais si on aime pas, on n’est pas chrétien, même si l’on est baptisé, confirmé, prêtre, évêque » - et l’on ne voit pas pourquoi on s’arrêterait là dans la hiérarchie ecclésiastique.
L’ennui, c’est que l’éthique inspirée par la religion ne peut pas, ou très difficilement, se séparer d’une autre partie théorique, tout aussi importante, à savoir la théologie. L’attitude apostolique que prône le Christ, le renoncement aux richesses matérielles, n’a de sens que dans le cadre d’une croyance, en contrepartie, à des richesses spirituelles, au « trésor dans les cieux » - autrement dit à un autre monde, divin et éternel. On pourrait dire que, dans ces cas-là, cette histoire de récompense dans les cieux est une sorte de promesse pieuse, un moyen de faire en sorte que des méchants crédules agissent de manière à peu près morale ; mais il n’est guère légitime d’instrumentaliser ainsi la croyance en Dieu. C’est même exactement le contraire : Dieu domine la religion et la religion est bonne parce que Dieu existe vraiment.
Vraiment. Le mot est lâché.
Suite du cours : religion et science.
La séparation de l’Eglise et de l’Etat évite ces problèmes. Tendance actuelle à restreindre la religion à la sphère privée. Religion conforme à l’ordre publique. Pas question de se lancer dans des Croisades. Les JMJ, le FRAT, c’est cool ; les processions de Marie, pas plus de problèmes (et même moins) qu’une manif de la CGT. Le religieux en sourdine : on valorise l’action sur le prosélytisme. Rôle du religieux est alors de structurer la conduite sociale (« exclusivement » la conduite sociale) des fidèles. Proposer un modèle d’existence. Sur ce point cependant, deux problèmes : un spécifiquement chrétien, un dans toutes les religions.
Problème spécifiquement chrétien, c’est que la moralité de la vie apostolique atteint au surhumain. Il ne s’agit pas seulement d’être gentil. Le Christ n’a pas seulement dit « venez venir à moi les petits enfants » (Matt 19,14), Il a aussi dit « je suis venu apporter le glaive » (Matt 10, 34) ; Il n’a pas seulement guéri les paralytiques et marché sur l’eau (Matt, 14, 24-33), Il a aussi jeté les marchands hors du Temple (Matt, 21, 12-16) et rompu le sabbat (Matt 12,1-8) ; et surtout, Il enseigne, du début à la fin de son enseignement, le partage selon une égalité stricte, le mépris de l’argent et le rejet systématique des richesses matérielles.
Texte 4 : st. Matthieu
« Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent. Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ? Voyez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? Qui d’entre vous d’ailleurs peut, en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ? »
[…] Or voici qu’un homme s’approcha et lui dit : « Rabbi, que dois-je faire de bon pour posséder la vie éternelle ? » Jésus lui répondit : « Qu’as-tu à m’interroger sur ce qui est bon ? Un seul est Bon. Que si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » […] Le jeune homme lui dit : « Tout cela, je l’ai gardé ; que me manque-t-il encore ? » - « Si tu veux être parfait, lui dit Jésus, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor aux cieux ; puis viens, suis-moi. » Quand il entendit cette parole, le jeune homme s’en alla, attristé, car il avait de grands biens. Jésus dit alors à ses disciples : « En vérité, je vous le dis, il sera difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux. Oui, je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux. » À ces mots, les disciples restèrent tout interdits. « Qui donc peut être sauvé ? » disaient-ils. Fixant sur eux son regard, Jésus leur dit : « Pour les hommes c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. »
Evangile selon st. Matthieu, 6, 24-27 ; 19, 16-27.
Une figure proche de l’anarchisme par bien des côtés, en tous cas très différente de celle des bigots, du croyant moyen ou même des hommes d’Eglise traditionnels. Nombreux mouvements chrétiens pour le retour à la vie apostolique (cathares, Réforme).
Deuxième problème, général à toutes les religions. Sitôt qu’on réduit la religion à l’éthique, le problème surgit : finalement, pas besoin d’accomplir les rituels, de génuflexions et autres salamalecs. Le sermon sur la montagne insiste sur le secret de l’aumône et de la prière. On pourrait presque se passer de la croyance en Dieu – et c’est d’ailleurs ce que suggère très fortement le père Benz lorsqu’il dit : « si l’on aime, on est chrétien, même si l’on n’est pas baptisé ; mais si on aime pas, on n’est pas chrétien, même si l’on est baptisé, confirmé, prêtre, évêque » - et l’on ne voit pas pourquoi on s’arrêterait là dans la hiérarchie ecclésiastique.
L’ennui, c’est que l’éthique inspirée par la religion ne peut pas, ou très difficilement, se séparer d’une autre partie théorique, tout aussi importante, à savoir la théologie. L’attitude apostolique que prône le Christ, le renoncement aux richesses matérielles, n’a de sens que dans le cadre d’une croyance, en contrepartie, à des richesses spirituelles, au « trésor dans les cieux » - autrement dit à un autre monde, divin et éternel. On pourrait dire que, dans ces cas-là, cette histoire de récompense dans les cieux est une sorte de promesse pieuse, un moyen de faire en sorte que des méchants crédules agissent de manière à peu près morale ; mais il n’est guère légitime d’instrumentaliser ainsi la croyance en Dieu. C’est même exactement le contraire : Dieu domine la religion et la religion est bonne parce que Dieu existe vraiment.
Vraiment. Le mot est lâché.
Suite du cours : religion et science.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
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