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Samedi 28 janvier 2006

3) Prouver l’existence de Dieu

Dieu reste caché. Dieu ne se montre pas à tous. D’où la volonté de « prouver » l’existence de cet Être.
_ Premier moteur. Un objet en mouvement s’arrête naturellement. Le mouvement ne se produit qu’en raison d’un choc. Un mouvement quelconque implique donc une cause, un mouvement antérieur ; mais ce mouvement lui-même est conséquence d’un autre mouvement etc. Régression à l’infini. Bien obligé de postuler un « premier moteur » (cf. Big Bang ; effet Doppler, décalage vers le rouge). Dieu = inconditionné, causa sui – se suffit à lui-même, contrairement à l’humain, donc parfait. Réponse de la science : mais enfin, le Big Bang a créé l’espace et le temps. Le Big Bang, ce n’est pas le début de la matière, c’est le début de l’univers. Se demander ce qu’il y avait « avant » n’a tout simplement pas de sens.

_ Cause finale. Toute chose a un but. Le télos, la téléologie. On voit bien qu’un gland planté dans la terre devient un chêne, et pas une locomotive ou une équation du troisième degré. Pourquoi ? Il faut bien postuler qu’une intelligence suprême a donné cet ordre, cette direction à l’univers. Ici, des critiques très sévères, qu’on examinera au deuxième trimestre, mais d’une manière générale, on considère aujourd’hui que cette manière d’analyser le fonctionnement de l’univers est littéralement antiscientifique. En fait, on peut même raisonner de manière diamétralement contraire : si les constantes fondamentales de l’univers avaient été différentes (masse ou charge de l’électron, par exemple), il n’aurait tout simplement pas pu exister (on modélise ça très bien par ordinateur). Il y a peut-être eu « plusieurs » « tentatives » avant que l’univers n’existe.


- Ces preuves « physiques » de l’existence de Dieu semblent contestables. Une autre preuve : « métaphysique ». « L’argument ontologique » : preuve de saint Anselme, plus version Descartes. Difficultés : une définition de Dieu (ou de l’infini ? problème théologique, pas philosophique). Inséré dans un credo : on se mord la queue ! Et surtout, le problème signalé par Leibniz.

Texte 6 : Gottfried Wilhelm Leibniz
Oui sans doute, on pense quelquefois à des choses impossibles, et même on en fait des démonstrations. […] Le mouvement de la dernière vitesse est impossible dans quelque corps que ce soit, car si on le supposait dans un cercle par exemple, un autre cercle concentrique environnant celui-ci, et fermement attaché au premier, serait mû d’une vitesse encore plus grande que le premier qui par conséquent n’est pas du suprême degré, comme nous avions supposé. Nonobstant tout cela, on pense à cette vitesse suprême qui n’a point d’idée, puisqu’elle est impossible. De même le plus grand de tous les cercles, est une chose impossible, et le nombre de toutes les unités possibles ne l’est pas moins : il y en a démonstration. Et néanmoins nous pensons à tout cela. C’est pourquoi il y a lieu de douter assurément, si l’idée du plus grand de tous les êtres n’est pas sujette à caution ; et s’il n’enferme pas quelque contradiction.
Leibniz, Lettre à la Princesse Elisabeth de Bohème de 1678
 

Dans un sens, cette « preuve » est un pur jeu de mots, une plaisanterie sur les définitions. A-t-on vraiment le droit de considérer la pensée comme un espace ? Que veut dire « dans » lorsqu’on l’emploie dans l’expression « dans la pensée » ? La pensée de qui, d’ailleurs, sinon du fidèle ?

Un autre courant religieux conteste complètement ces entreprises. Seul un dieu transcendant peut se prouver ; si Dieu est immanent, on n’a pas besoin de preuves. Dieu ne peut pas se prouver. Explication de Kant : par définition, l’absolu ne peut pas être objet de connaissance ni de démonstration, puisque connaissance et démonstration introduisent des relations (évidemment le contraire d’un absolu). Saint Thomas d’Aquin : science et religion n’atteignent pas les mêmes vérités. Vérité révélée par essence inatteignable par la science (contraire à Augustin).

Dernière réponse possible à la question « pourquoi la science n’a pas fait disparaître la religion ? » : comme Thomas d’Aquin, soutenir que science et religion ne sont pas sur le même plan. Elles ne se gênent pas l’une l’autre parce qu’elles ne s’adressent pas aux mêmes dimensions en nous, au niveau de l’individu.

Texte 7 : Pascal (1623-1662)
Nous connaissons la vérité non seulement par la raison, mais encore par le cœur. C’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes et c’est en vain que le raisonnement, qui n’a point de part essaie de les combattre. […] Nous savons que nous ne rêvons point. Quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison, cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l’incertitude de toutes nos connaissances […]. Le cœur sent qu’il y a trois dimensions dans l’espace et que les nombres sont infinis et la raison démontre ensuite qu’il n’y a point deux nombres carrés dont l’un soit double de l’autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent et le tout avec certitude, quoique par différentes voies – et il est tout aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cœur des preuves de ses premiers principes pour vouloir y consentir, qu’il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu’elle démontre pour vouloir les recevoir.
Blaise Pascal, Pensées, 110

La science parle à l’intelligence, la religion parle au cœur. La science livre des connaissances, la religion se fonde sur une certitude inébranlable, un sentiment très personnel et très intime. « Je te cherchais dehors, mon Dieu… et tu étais dedans » (St Augustin). Nous revoilà devant cette foi, ce « numineux » dont parle Otto mais qui laisse la place au doute, ce doute qui fait toute la différence entre un croyant et un fanatique. Que reste-t-il, alors, sinon cette élévation du fidèle vers Dieu ?


Texte 8 : Kant (1724-1804)
On peut ramener toutes les religions à deux : celle qui recherche des faveurs (religion de simple culte) et la religion morale, c’est-à-dire de la bonne conduite. D’après la première, l’homme se flatte que Dieu peut bien le rendre éternellement heureux sans qu’il ait à vrai dire besoin de devenir meilleur […] ; ou encore, si cela ne lui semble pas possible, il se flatte que Dieu peut bien le rendre meilleur sans qu’il ait autre chose à faire qu’à l’en prier ; ce qui, en présence d’un Être qui voit tout, n’étant autre chose que désirer, serait en réalité ne rien faire ; en effet, si le simple désir suffisait, tout le monde serait bon. Mais, suivant la religion morale (et parmi toutes les religions publiques qu’il y eut jamais, seule la religion chrétienne a ce caractère), c’est un principe fondamental que chacun doit, selon ses forces, faire son possible pour devenir meilleur et ce n’est que […] lorsqu’il a employé sa disposition originelle au bien, pour devenir meilleur, qu’il peut espérer que ce qui n’est pas en son pouvoir sera complété par une collaboration d’en haut. […] Mais alors le principe suivant garde sa valeur : « Il n’est pas essentiel, ni par suite nécessaire à quiconque, de savoir ce que Dieu fait ou a fait pour son salut » ; mais bien de savoir ce que lui-même doit faire pour se rendre digne de ce secours.
Emmanuel Kant, la Religion dans les limites de la simple raison

La place de la prière bien réduite après Kant : le notre père et le deo gratias.

Suite du cours : la raison et le réel.
par Jérôme Coudurier-Abaléa publié dans : Notions
 
 
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