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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

La vérité - 5


II. La "révolution copernicienne" de Kant

Publiée en 1748, l'Enquête sur l'entendement humain de David Hume (disponible ici en VO et en texte intégral) oeuvre maîtresse du scepticisme empirique, détermine l'un des virages les plus marquants en philosophie des sciences et en théorie de la connaissance. Emmanuel Kant lit l'ouvrage, sans doute vers 1770. Pour lui, c'est un tremblement de terre : "Hume m'a sorti de mon sommeil dogmatique" écrira-t-il (ci-contre, la photographie est (c)... mais je ne sais pas qui créditer ! Je présente mes excuses à l'auteur : s'il pouvait se manifester, je lui en serais très reconnaissant). Jusqu'à cette date, en effet, Kant exerçait en tant que professeur (notamment d'astronomie) et avait adopté une position philosophique parente de celle de Platon et de Descartes, où l'existence d'une vérité ne fait aucun doute. La lecture de l'Enquête lui montre que la science n'est peut-être qu'un échafaudage chancelant, puisque la "vérité" dépend de l'expérience. Kant, à presque cinquante ans, va alors donner la priorité à la philosophie : il entame une "nouvelle carrière", si l'on ose dire. Après onze ans d'efforts, il publie, en 1781, l'une des plus grandes oeuvres philsophiques de tous les temps : la Critique de la raison pure (disponible ici en VO et en texte intégral).

Il y apaise la querelle entre dogmatiques et sceptiques par une découverte, littéralement, renversante, dont l'apparente évidence peut décontenancer.


1) "7 + 5 = 12"

Quoi de plus évident que cette simple vérité ? Quoi de plus banal que cette addition enfantine ? Et pourtant...

Comme toutes les vérités mathématiques, "7 + 5 = 12" est vraie de toute éternité : elle n'a donc nul besoin d'une expérience pour être "prouvée", aussi doit-on la considérer comme a priori ; mais par ailleurs, remarque Kant, "12" présente certaines propriétés intéressantes (il est pair, il est composé de deux chiffres...) que ne possèdent ni 7, ni 5 (et à plus forte raison ni + ni =). Il faut donc admettre que la mise en relation mathématique de 7 et 5 par le biais de l'opération "addition" nous enseigne quelque chose que nous ne savions pas au démarrage, lorsque nous ne disposions que de 7, 5, + et =. La proposition "7 + 5 = 12" est donc synthétique.

Concluons : elle est synthétique ET a priori. (Remarquons au passage que Kant propose ici une vraie démarche philosophique : il dévoile un sens nouveau d'un constat en apparence trivial - en quelque sorte, il augmente l'intérêt du monde.)


Types de propositions vraies A priori A posteriori
Analytique "Un triangle a trois côtés."  
Synthétique "7 + 5 = 12" "La vache est la proie du loup."


Conception révolutionnaire ! Au fond, le problème de l'affrontement entre dogmatiques et sceptiques tient à une sorte de "manque d'ouverture" intellectuel. Pour les premiers, si une proposition est vraie, c'est forcément qu'elle doit être, d'une manière ou d'une autre, analytique (le prédicat "proie du loup" doit être en quelque sorte "englobé" dans l'Idée de vache) - position insoutenable parce qu'à ce compte, chaque Idée de chaque chose englobe toutes les choses de l'univers. Pour les seconds, les analytiques a priori ne sont pas du tout des "vérités" puisqu'elles se contentent de redites formelles privées de contenu informatif - là aussi, position insoutenable, car il est clair qu'une proposition du type "Un triangle a trois côtés" est vraie. En somme, les uns et les autres campent sur leurs positions ; mais entre elles, il existe un pont, un moyen de les réconcilier, explique Kant : les propositions synthétiques a priori.

Ces propositions présentent deux propriétés fascinantes : d'une part, elles sont vraies indépendamment de toute expérience - donc tous les êtres humains, quelque soit leur vécu, peuvent s'entendre sur elles ; et d'autre part, elles nous enseignent vraiment quelque chose que nous ne savions pas au départ : elles sont donc fécondes.

Qu'espérer de mieux ? Il peut paraître, alors, de la plus extrême urgence de recenser et de classer ces propositions synthétiques a priori sur lesquelles on poura fonder solidement les sciences expérimentales. Sitôt ce programme esquissé, cependant, surgit une autre découverte tout aussi importante que "7 + 5 = 12".


Suite du cours : une nouvelle conception de la connaissance
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