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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

Inconscient et responsabilité - 4


II. L’hypothèse de l’inconscient et la psychanalyse

De ces réflexion, Freud va tirer un enseignement monumental, appuyé sur quatre découvertes remarquables.


1) La première topique

Les lapsus, les conduites obstinées, les conduites « d’esquive », les actes manqués : autant de phénomènes de la vie psychique que les données de la conscience ne suffisent pas à expliquer. L’hypothèse de l’inconscient permet avec une grande économie de moyens de rendre compte de tous ces phénomènes : elle est donc à la fois « nécessaire et légitime » (selon les mots de Freud : il s'agit de la découverte n°1) et permet en outre de comprendre les rêves comme le réalisation d’un désir déguisé, inconscient.

De là découle la « première topique » c’est-à-dire la première « géographie mentale » découlant de l’hypothèse de l’inconscient : la conscience ne serait que la partie émergée de l'iceberg. « Derrière » la conscience, on trouverait un énorme réservoir d'idées, de souvenirs, de sentiments, que Freud appelle l'inconscient. Les passages entre l'un et l'autre (certains souvenirs inconscients redeviennent conscients, et inversement certains événements vécus dans la conscience sont relégués dans l'inconscient) impliquent l'existence d'une « zone de transition », le « préconscient » (le mot « subconscient » n'existe pas en philosophie).

Assurément, cette analyse n'est guère agréable parce que si le travail de la conscience a lieu « sans nous », alors nous ne sommes pas maîtres de nous. « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison », écrit Freud.

L’inconscient n’est pas la corbeille à papier de la conscience : en permanence, il tente de se manifester dans la conscience, et n'y parvient que lorsque la conscience relâche sa vigilance (c'est alors que surviennent les lapsus, les actes manqués etc.). Il faut donc croire que l'inconscient possède une énergie projetée en permanence vers les conscience. Cette énergie, Freud l'appelle « pulsion ». La vie psychique n’a donc rien d’un étang tranquille. C’est une bataille quotidienne, pour garder les pulsions dans l’inconscient. Pourquoi les y garder, au fait ? Parce que, répond calmement Freud, ces pulsions sont radicalement inavouables. Eros (pulsions sexuelles) et Thanatos (pulsions de mort) feraient de nous des fous sanguinaires si nous nous abandonnions à leur puissance (ci-contre, aquarelle de Salvador Dali). Aussi la conscience les réprime-t-elle en permanence, ne les laissant s'exprimer (et encore, de manière déguisée) que dans le rêve.

Cette répression des pulsions s’appelle « refoulement ». Evidemment, une telle autocensure ne se passe pas bien puisque chaque individu étouffe sa spontanéité la plus authentique. En fait, estime Freud, les troubles mentaux, notamment les névroses (crises d'angoisse, phobies, comportements déviants, troubles du caractère...), proviennent tous de refoulements mal vécus. C'est une révolution ! Jusqu'à Freud, la psychiatrie estimait que la maladie mentale provenait toujours de lésions organiques. Au contraire ! réplique Freud (découverte n°2), la maladie psychique découle d'une histoire personnelle traumatique. Inutile, dans ce cas, de trépaner les malades, de leur administrer des électrochocs ou des thérapies chimiques qui les abrutissent. Inutile, également, de chercher un « gène » de la démence : la folie n'est pas héréditaire, elle résulte d'un parcours vécu.

Comment soigner les malades, alors ? Très simplement, en leur faisant accepter leurs pulsions. En leur faisant admettre que ces pulsions existent en eux, et qu'elles sont normales. La cure psychanalytique consiste à replonger le patient dans ses souvenirs, de les lui faire revivre, de l’aider à en prendre conscience pour qu’il les accepte et les empêche ainsi de le rendre malade. Toutes les manifestations du psychisme révélant l’inconscient, le malade peut dire tout ce qui lui passe par la tête (le groupe surréaliste imaginera la méthode de l'écriture automatique à partir de cette idée freudienne). En principe, l’analyste ne parle pas, mais il pose des questions. Aussi la cure psychanalytique présente-t-elle des caractères singuliers, puisque le « médecin" semble ne rien faire. Seul le patient agit (en parlant) ; seul le patient sait quand il a trouvé la cause de ses troubles (évidemment, l'analyste ne peut pas deviner d'avance quel événement a été vécu comme un traumatisme par le patient, pour la bonne raison que cet événement reste refoulé dans l'inconscient) ; et, par voie de conséquence, seul le patient sait quand il est guéri ; ou plutôt, seul le patient le sent (il ne peut pas savoir d'avance ce qui le traumatise : c'est seulement quand il le découvre qu'il s'en aperçoit).

Si la guérison intervient, les pulsions demeurent : elles ne disparaissent pas du jour au lendemain ; mais comme le patient les accepte, il peut les employer comme moteur d'une activité artistique, industrielle, scientifique, militaire, philosophique etc. Dans ce cas, les pulsions sont « sublimées », métamorphosées en une œuvre.

Freud lui-même s’est auto-analysé. Lors de cette auto-analyse, il comprend que les pulsions sont intimement liées à l’apprentissage du plaisir, lequel se déroule dans la toute petite enfance (découverte n°3). Les enfants ne sont pas du tout, explique Freud, des êtres angéliques et « innocents », comme on se l'imaginait alors ; ils ont une sexualité, fort développée (Freud décrit même l'enfant comme un « pervers polymorphe ») : ils jouent au docteur, au papa et à la maman, échangent des caresses et des baisers, comparent les corps.

Plus exactement, on peut diviser la sexualité infantile en trois stades successifs. Au tout début (première année de la vie extrautérine), l'enfant se contente de manger. Il prend son plaisir par la bouche (« stade buccal »). Ensuite (deuxième année), il apprend à être propre. On lui interdit de faire caca n'importe où : il apprend à se retenir. Lorsqu'on l'autorise à déféquer, ce relâchement lui procure du plaisir. C'est le « stade sadique-anal », où l'enfant découvre qu'il jouit d'une puissance sur le monde, et l'exerce avec une cruauté dont il se délecte. Enfin, la sexualité infantile s'achève, pendant la troisième et la quatrième année, dans l'élaboration du complexe d’Œdipe (d'après le célèbre héros de Sophocle, découverte n°4), caractéristique du stade sexuel ou oedipien.

Dans sa forme simplifiée, le cas de l’enfant mâle se présente ainsi : tout au début, il développe un investissement d’objet à l’égard de la mère, qui prend son point de départ dans le sein maternel […] ; quant au père, le garçon s’en empare par identification. Les deux relations cheminent un certain temps côte à côte jusqu’à ce que, les désirs sexuels à l’égard de la mère se renforçant et le père étant perçu comme un obstacle à ses désirs, le complexe d’Œdipe apparaisse. L’identification au père prend alors une tonalité hostile, elle se convertit en désir d’éliminer le père et de le remplacer auprès de la mère. À partir de là, la relation au père est ambivalente […]. L’attitude ambivalente à l’égard du père et à tendance objectale uniquement tendre envers la mère représentent chez le garçon le contenu du complexe d’Œdipe simple, positif.
Freud, Essais de psychanalyse appliquée

Le garçon ne comprend pas que sa mère ne soit pas qu’à lui. Il veut tuer son père pour épouser sa mère. Chez les filles, les choses se passent un peu différemment (sinon, elles ressentiraient toutes de l'attirance pour d'autres femmes, et aucune pour les hommes) : on appelle cet autre développement du stade sexuel le complexe d’Electre. Parce qu’elle constate qu’elle est privée de pénis, la fille conçoit cela comme un manque dont sa mère est responsable. L’agressivité à l’égard de la mère entraîne une relation nouvelle à l’égard du père, « porteur de pénis » que la fille cherche à s’approprier.

Fille ou garçon, là encore, ça ne se passe pas bien ; le complexe est refoulé pendant des années. C’est seulement lorsque ce complexe a été correctement surmonté que l’adolescent peut avoir une sexualité épanouie, et se tourner vers des partenaires extrafamiliaux.

Suite du cours : la deuxième topique.
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C
Bonjour, je lis avec un très grand intérêt votre cours, mais je m\\\'interroge sur la présentation de l\\\'évolution de la sexualité des filles à partir des travaux de Freud. Il veut à tout prix penser la sexualité féminine de manière symétrique à la sexualité masculine, ce qui le conduit à admettre deux points : l\\\'envie de pénis et le renoncement au clitoris. ( pour rendre à Christiane Olivier ce que je lui dois, je vous invite à lire son livre "les enfants de jocaste" ). Ne peut-on insérer dans le fil du cours quelques éléments permettant peut-être aux élèves une amorce de réflexion critique à l\\\'égard de ce point de vue particulier de Freud?  Freud, homme de son temps, cotoyant des femmes que la culture cantonnait dans un certain rôle,n\\\' a-t-il pas arbitrairement universalisé son expérience particulière des femmes?
Répondre
J
Chère Chantal,Sur ce point, je suis entièrement d'accord avec vous. Freud, quand il prend le temps de s'intéresser aux femmes, les conçoit à chaque fois comme un "garçon négatil", comme un revers de médaille, et jamais comme porteuses d'une identité autonome, distincte et irréductible aux analyses proposées pour l'homme. L'article de Wikipedia sur le complexe d'Electre, auquel j'ai contribué, mentionne explicitement plusieurs critiques contre le "raisonnement" freudien. Je mettrai un lien vers cet article d'ici la fin de la semaine prochaine.Bonne continuation.