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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

Inconscient et responsabilité - 5


2) La deuxième topique

Malheureusement, cette première topique n’explique pas comment s'opère le refoulement. De plus, elle n’explique pas que le refoulement lui-même soit un processus inconscient. Cette explication apparaît avec la deuxième topique conçue par Freud dans les années 20.

Il faut, explique Freud, une puissance incroyable pour maintenir les pulsions à l’état inconscient, pour les empêcher de se manifester. Soyons honnêtes : si nous examinons le contenu de nos pensées quotidiennes (y compris lorsque nous ne « pensons à rien »), nous allons nous apercevoir que les idées violentes ou érotiques (ou les deux) occupent la majeure partie de notre vie psychique ; mais d'une manière générale, nous ne concrétisons pas ces idées. Il faudrait que vous entriez dans une rage folle pour torturer quelqu'un (votre prof de philo, par exemple !), et pourtant vous y rêvassez tous les jours. Il faudrait que vous fussiez ivres-morts pour vous masturber en pleine classe, et pourtant, le procédé est connu, sûr, sans danger pour le bénéficiaire (Diogène insiste sur ce point, et déclare : « Quel dommage qu'on ne puisse pas se rassasier ainsi, en se frottant le ventre ! »). Alors ?

L’assouvissement direct des pulsions apparaît socialement insupportable. Si, en général, nous n'égorgeons pas nos voisins et que nous ne nous livrons pas à la débauche vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce n'est pas que l'envie nous en manque : c'est seulement que nous deviendrions des dangers publics. Pour contenir les pulsions individuelles, donc, on a jeté tout le poids de la société. Dès lors, tous les phénomènes sociaux, toutes les cultures peuvent s’analyser comme des moyens de répression des pulsions (parents, profs, agents de police, figures de l’autorité) ou comme les produits d'une sublimation (c'est-à-dire un assouvissement détourné) de ces pulsions (art, science, danse, guerres de conquêtes, sexualité « légale et légitime » normée et codifiée selon les « bonnes moeurs
», etc.).

L'unique rôle de l’éducation (cliquez sur l'image) est d'intégrer le refoulement dans la pensée au point qu’il en devienne presque « réflexe », presque « naturel ». L’éducation est toujours un acte de violence, appris à coups de fessées et de privation de desserts. Il s'agit de barricader l'animal en nous, d'encager le fauve méchant et vicieux qui gronde au fond de nos âmes. Il s'agit de nous le faire comprendre à un tel degré que finalement c'est nous-mêmes qui nous restreindrons. Nous irons même jusqu'à trouver cette haine de nous-mêmes « normale » et « naturelle », et jusqu'à juger les transgressions « anormales » et « criminelles ». Quel renversement des valeurs ! On nous conditionne, on nous dresse, avec une brutalité inouïe. Cette masse énorme de la culture, héritage millénaire, presque atavique, Freud l’appelle le « surmoi ». Son acquisition fait l’objet des premières années de la vie de l’enfant. Le surmoi, inconscient chez l’adulte, s’oppose aux pulsions, surtout à la libido, désignée sous le terme de « ça », et toujours inconscient. À ce premier conflit s’ajoute celui qu’entretient le monde extérieur avec le moi. Le moi, partiellement conscient, n’est qu’un fétu de paille jeté au milieu de cette tempête.

Un adage nous déconseille de servir deux maîtres à la fois. Pour le pauvre moi la chose est bien pire, il a à servir trois maîtres sévères et s’efforce de mettre de l’harmonie dans leurs exigences. Celles-ci sont toujours contradictoires et il paraît souvent impossible de les concilier ; rien d’étonnant dès lors à ce que souvent le moi échoue dans sa mission. Les trois despotes sont le monde extérieur, le surmoi et le ça. Quand on observe les efforts que tente le moi pour se montrer équitable envers les trois à la fois, ou plutôt pour leur obéir, on ne regrette plus d’avoir personnifié le moi, de lui avoir donné une existence propre. Il se sent comprimé de trois côtés, menacé de trois périls différents auxquels il réagit, en cas de détresse, par la production d’angoisse. Tirant son origine des expériences de la perception, il est destiné à représenter les exigences du monde extérieur, mais il tient cependant à rester le fidèle serviteur du ça, à demeurer avec lui sur le pied d’une bonne entente, à être considéré par lui comme un objet et à s’attirer sa libido. En assurant le contact entre le ça et la réalité, il se voit souvent contraint de revêtir de rationalisations préconscientes les ordres inconscients donnés par le ça, d’apaiser les conflits du ça avec la réalité et, faisant preuve de fausseté diplomatique, de paraître tenir compte de la réalité, même quand le ça demeure inflexible et intraitable. D’autre part, le surmoi sévère ne le perd pas de vue et, indifférent aux difficultés opposées par le ça et le monde extérieur, lui impose les règles déterminées de son comportement. S’il vient à désobéir au surmoi, il est puni par de pénibles sentiments d’infériorité et de culpabilité. Le moi ainsi pressé par le ça, opprimé par le surmoi, repoussé par la réalité, lutte pour accomplir sa tâche économique, rétablir l’harmonie entre les diverses forces et influences qui agissent en et sur lui : nous comprenons ainsi pourquoi nous sommes souvent forcés de nous écrier : « Ah, la vie n’est pas facile ! »
Freud, Nouvelles Conférences de psychanalyse

Suite du cours : l'apport de Jung et les critiques de la psychanalyse.


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