3) L’apport de Jung et les critiques de la psychanalyse
Si culture a pour but de juguler les pulsions, alors on peut supposer que, au sein d’un même groupe social, des structures inconscientes similaires opèrent. Jung étudie ces structures communes qu'il désigne sous le terme « d'inconscient collectif ». Il s'agit d'un système de symboles, d'images, de sentiments et d’archétypes qui résonnent dans nos psychismes à un niveau infra-conscient. Pourquoi la série Lost rencontre-t-elle un tel succès ? Parce qu'elle répond aux attentes secrètes, aux fantasmes et aux peurs archaïques de l'Occident, bref, à l'inconscient collectif des spectateurs occidentaux. Repérer ces symboles permet de jouer sur cet inconscient collectif et de dominer les foules.
C’est surtout par les éléments inconscients composant l’âme d’une race que se ressemblent tous les individus de cette race. C’est par les éléments conscients, fruits de l’éducation mais surtout d’une hérédité exceptionnelle, qu’ils diffèrent. Les hommes les plus dissemblables par leur intelligence ont des instincts, des passions, des sentiments parfois identiques. Dans tout ce qui est matière de sentiment : religion, politique, morale, affections, antipathies, etc., les hommes les plus éminents ne dépassent que bien rarement le niveau des individus ordinaires. Entre un célèbre mathématicien et son bottier un abîme peut exister sous le rapport intellectuel, mais au point de vue du caractère et des croyances la différence est souvent nulle ou très faible.
Or, ces qualités générales du caractère, régies par l’inconscient et possédées à peu près au même degré par la plupart des individus normaux d’une race, sont précisément celles qui, chez les foules, se trouvent mises en commun. Dans l’âme collective, les aptitudes intellectuelles des hommes, et par conséquent leur individualité, s’effacent. L’hétérogène se noie dans l’homogène, et les qualités inconscientes dominent.
Or, ces qualités générales du caractère, régies par l’inconscient et possédées à peu près au même degré par la plupart des individus normaux d’une race, sont précisément celles qui, chez les foules, se trouvent mises en commun. Dans l’âme collective, les aptitudes intellectuelles des hommes, et par conséquent leur individualité, s’effacent. L’hétérogène se noie dans l’homogène, et les qualités inconscientes dominent.
Le Bon, Psychologie des foules
La théorie de Jung pose cependant un problème. D’une culture à l’autre, les stratégies pour refouler les pulsions diffèrent. La preuve, c'est que les cultures diffèrent les unes des autres. Dans ce cas, d’une culture à l’autre, l’inconscient collectif varie ; dans ce cas, l’Œdipe et toute cette belle mécanique freudienne ne vaut peut-être qu’au sein de la pensée occidentale - voire, peut-être, seulement au sein de la bourgeoisie viennoise des années 1910. Ce que Freud croyait universel relève peut-être d'un particularisme étroit. Patatras ! Jung, rejeté par la communauté psychanalytique, reste aujourd'hui très contesté mais on constate dans l’école psychanalytique « orthodoxe » des tentatives d’aménagement de la théorie psychanalytique (cas des enfants nourris au biberon, cas des familles recomposées ou monoparentales par exemple).
Ce rejet de Jung occasionne tout de même des critiques assez graves. La fermeture dont fait preuve l'école psychanalytique ferait presque penser à une secte, d'autant que d'autres indices apparaissent troublants. Les honoraires exorbitants de l’analyste, dont Freud affirme qu'ils font partie de la cure, par exemple. Ajoutons les risques de manipulation mentale : souvent, l'analyste devient pour le patient une image des parents, et le patient projette alors sur l'analyste toutes ses émotions - c'est le « transfert ». Il va sans dire qu'un patient si troublé - même sans « psychanalyse sauvage » - se révèle très fragile entre les mains d'un analyste mal intentionné : plusieurs affaires incriminent les analystes qui « implantent » de faux souvenirs, ou qui abusent de leurs patient-e-s. Quant à l'efficacité de la cure, elle est, au mieux, douteuse : des études cliniques semblent montrer qu'on guérit naturellement d’une névrose au bout de cinq ou six ans.
Surtout, la principale critique contre la psychanalyse pourrait porter sur la représentation qu'elle se fait de l'humain. Nous serions tous des violeurs et des assassins en puissance, et de surcroît tous irresponsables, puisque, si nous commettons des crimes, c’est la faute à notre Œdipe !
Ce rejet de Jung occasionne tout de même des critiques assez graves. La fermeture dont fait preuve l'école psychanalytique ferait presque penser à une secte, d'autant que d'autres indices apparaissent troublants. Les honoraires exorbitants de l’analyste, dont Freud affirme qu'ils font partie de la cure, par exemple. Ajoutons les risques de manipulation mentale : souvent, l'analyste devient pour le patient une image des parents, et le patient projette alors sur l'analyste toutes ses émotions - c'est le « transfert ». Il va sans dire qu'un patient si troublé - même sans « psychanalyse sauvage » - se révèle très fragile entre les mains d'un analyste mal intentionné : plusieurs affaires incriminent les analystes qui « implantent » de faux souvenirs, ou qui abusent de leurs patient-e-s. Quant à l'efficacité de la cure, elle est, au mieux, douteuse : des études cliniques semblent montrer qu'on guérit naturellement d’une névrose au bout de cinq ou six ans.
Surtout, la principale critique contre la psychanalyse pourrait porter sur la représentation qu'elle se fait de l'humain. Nous serions tous des violeurs et des assassins en puissance, et de surcroît tous irresponsables, puisque, si nous commettons des crimes, c’est la faute à notre Œdipe !
Suite du cours : la responsabilité.
par Jérôme Coudurier-Abaléa
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