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Jeudi 2 février 2006

2) Le rôle d’autrui dans ma connaissance du monde.

Autrui : autre subjectivité, autre point de vue. Autrui reçoit, selon toute vraisemblance, le même statut ontologique de sujet que moi. Nous nous sentons invités à retourner vers l’idée de Leibniz : la vérité, c'est ce sur quoi les esprits peuvent s'accorder. La notion « d’espace public » chez Russell, espace (ou monde) objectif et neutre qui existe indépendamment du monde subjectif « privé » des sense-data (étant précisé que l'espace public entretient des rapports de causalité avec les espaces privés), ressemble singulièrement à la carte de la ville par rapport aux points de vue des observateurs chez Leibniz.

Par rapport à l'espace public, autrui confirme ou complète ma connaissance du monde. Précisons tout de suite que ce monde « public » est beaucoup plus abstrait que le monde « privé » des sense-data, lesquels sont, par définition, concrets. Je qualifie une pièce de monnaie de « ronde » alors qu’elle m’apparaît presque toujours ovale : l'espace « public » est une reconstruction complète très éloignée de mes expériences quotidiennes mais nous affirmons qu'il est plus « réel », plus « vrai » (nous disons que la pièce est « réellement », « vraiment » ronde). Les idées sont plus réelles que la matière, comme le soutient Platon : voilà ce sur quoi nos esprits peuvent s’accorder.

Dans un sens, nous pouvons réconcilier Platon et Leibniz gâce à la prudence que nous inspire Russell. Certes, on peut avoir raison seul contre tous : mais le cas reste assez rare ; et d'une manière générale, nous avons intérêt à nous enquérir des points de vue d'autrui avant de claironner que nous détenons la vérité. Les Idées sont vraisemblablement plus réelles que les objets concrets ; mais pour bien les percevoir dans leur complexité, le dialogue nous facilite beaucoup la tâche.


3) Une densification du monde

Chaque autrui propose un point de vue différent sur le monde public, d’où une multiplication du monde par la prolifération des significations. La diversité des opinions qu’on déplorait au début du cours de philosophie come un obstacle à la vérité apparaît désormais comme une richesse humaine très importante. La philosophie phénoménologique insiste sur ce point, et en forme une doctrine complète : celle de l'intersubjectivité. Par des relations réciproques d'enrichissement mutuel, les participants à la relation intersubjective s'élèvent l'un l'autre.


Suite du cours : surmonter l'étrangeté.

par Jérôme Coudurier-Abaléa publié dans : Notions
 
 
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