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Vendredi 10 février 2006 5 10 /02 /Fév /2006 14:05
Nombreux sont les philosophes qui ont cherché à établir une norme du goût susceptible d’apporter un jugement correct, fiable et universel sur toute œuvre d’art.
Attaque prétentieuse et vague. « Nombreux sont les philosophes » : il faudrait en citer au moins un.
Ainsi, évaluer le travail d’un artiste semble ne pas être à la portée de tous, mais être réservé à des hommes cultivés qui peuvent avoir un avis préférable à celui d’ignorants en matière d’art.
Des femmes cultivées sont aussi aptes à juger. On écrira donc « Homme » - ou, mieux, des « connaisseurs ».
La culture est-elle une condition nécessaire pour goûter une œuvre d’art ? Dès lors, comment expliquer les millions de visiteurs qui se pressent chaque année aux portes de musées pour admirer des chefs-d’œuvre ?
« Si oui » serait préférable à « dès lors ».
Dans une première partie nous pourrons expliquer en quoi la culture permet la formation d’un avis juste, puis nous montrerons que l’ignorance en matière d’art ne va pas totalement à l’encontre d’un jugement approprié, puis nous opérerons à une distinction entre le jugement et les sentiments que nous inspirent les œuvres d’art.
Annonce de plan un peu scolaire, mais acceptable. La copie a l’air dans le sujet.

Être cultivé signifie posséder un certain nombre de connaissances dans différents domaines et être capable d’en tirer profit dans l’évaluation d’une œuvre d’art, il semble certain qu’elle est utile pour prononcer un jugement correct.
Phrase à deux propositions principales. Il faudrait un point après « d’art » et remplacer « qu’elle » par « que la culture ». Bonne définition de la culture.
Tout d’abord, la culture apporte de la matière pour comparer l’œuvre d’art et permet la suppression de préjugés : avoir de l’expérience dans le domaine concerné va abolir les premières impressions de surprise ou d’émerveillement par exemple, et laisser place à une réflexion plus poussée sur l’œuvre elle-même.
Un exemple eût été bienvenu ; mais l’idée est correcte.
Ensuite, la culture implique une connaissance de l’artiste ou de l’auteur nécessaire à une bonne analyse de l’œuvre : celui qui analyse va pouvoir se replacer dans le contexte historique de la création de l’œuvre et mieux deviner les intentions du créateur. Selon Hume, se mettre à la place de celui pour lequel l’œuvre a été composée est nécessaire pour en comprendre le sens, d’où la nécessité d’être cultivé, selon lui.
Un peu rapide : un exemple aurait là aussi été utile.
Enfin, la culture implique une maîtrise et une connaissance sûre des techniques de réalisation. Hume a estimé que l’évaluation de la cohérence entre les moyens employés et la visée de l’œuvre était magistrale.
La maîtrise et la connaissance font deux, donc « sûres » ; « magistral » est ici mal employé.
Dans le tableau de la Tour le Tricheur à l’as de carreau par exemple, un expert pourra deviner le sens caché du tableau en examinant les jeux de lumière, la position des mains ou des personnages, alors qu’un ignorant aura un avis quelque peu faussé.
Une nouvelle fois, il aurait fallu être plus explicite et montrer ce que « voit » l’ignorant dans cette toile.
La culture apporte donc des éléments importants à la juste analyse d’une œuvre de par le fait qu’elle plonge l’examinateur dans les réalités de l’œuvre d’art.
« De par », barbarisme répugnant, gagne à disparaître au profit du simple « par » ; plutôt qu'examinateur, on préfèrerait spectateur (un lapsus révélateur, peut-être ?).


Pourtant, être cultivé n’est pas une condition pour goûter une œuvre d’art et apprécier sa beauté.
Un ignorant en matière d’art n’est jamais dépourvu de bon sens puisque « le bon sens est la chose au monde la mieux partagée ».
On aurait aimé que Descartes fût nommé, mais au moins la référence est correcte.
Selon Hume, le bon sens fait partie des critères qui conduisent à formuler un avis juste avec un goût sûr : il reste donc très possible qu’un homme dépourvu de culture soit doté d’un goût délicieux.
« Délicieux » paraît ici impropre. Il aurait fallu « exact ». Par ailleurs, il fallait mieux justifier cette idée.
Le goût fait par ailleurs référence à une certaine appréciation de la beauté de l’œuvre, celle-ci pouvant être issue du travail du créateur : celui qui possède une culture limitée saura tout de même apprécier l’œuvre, dans sa forme, ses couleurs, et dans la technique de l’artiste, il sera en mesure de porter un avis juste et sensé.
Une nouvelle fois, l’absence d’exemple laisse la copie parler dans la stratosphère de l’abstraction. Il fallait revenir au réel.
Enfin, un homme ignorant reste un homme qui ressent des émotions. L’ignorant qui se retrouve confronté à la Joconde de Léonard de Vinci va peut-être ressentir une paix de l’âme ou un ravissement qui lui feront dire que cette œuvre est admirable. Ainsi, il est peut-être possible de se fier à ses sentiments pour goûter correctement une œuvre d’art.
Enfin, un exemple ! Ce n’est pas le plus original, mais il a au moins le mérite d’être là, correctement employé et développé.
Il serait tout de même nécessaire d’être vigilant à ne pas se laisser dominer par une première impression trop favorable, grâce à la nouveauté par exemple, car les impressions trop fortes pourraient être susceptible de fausser le jugement.
C’est donc en faisant appel à son bon sens, à son instinct et à ses sentiments, que l’individu dépourvu de culture sera à même de goûter une œuvre d’art.
Idée satisfaisante : on substitue, pour l’ignorant, les sentiments à la culture et on montre qu’il est capable de goûter l’œuvre par un autre moyen.


On peut donc se trouver confronté au sens véritable de la beauté d’une œuvre :
Mal dit. L’élève veut signifier que la notion de « beauté » d’une œuvre s’avère désormais problématique, puisqu’il est possible de la goûter par la culture ou par la seule sensibilité ; or il n’est pas certain que ces deux « voies » nous mènent aux mêmes jugements. L’idée est correcte, la formulation la gâte.
d’une part, l’appréciation du travail de l’artiste dans la recherche de la compréhension approfondie de l’œuvre, d’autre part l’appréciation d’une œuvre en se basant exclusivement sur les sentiments qu’elle nous inspire.
L’homme qui va tirer profit de sa culture saura peut-être trouver le message de l’auteur en dénichant les indices cachés et en admirant le travail minutieux de l’artiste, ce qui le conduira certainement à apprécier l’œuvre, mais saura-t-il détacher son regard de la forme pour s’abandonner à des sentiments plus généraux ? L’homme cultivé pourra très probablement émettre un jugement intrinsèque sur l’objet lui-même, mais il devra se détacher de l’objet pour apprécier l’œuvre d’art et se laisser conquérir par les émotions que lui procure l’œuvre.
L’élève accentue la dichotomie en montrant que l’individu cultivé a, du fait même de cette culture, des difficultés à « goûter » l’œuvre par la seule sensibilité, comme le fait l’ignorant.
Il existe donc une grande différence, dans le jugement d’une œuvre, entre l’admiration de la forme et la considération des émotions qu’elle fournit : bien que la forme soit importante et accentue l’emprise d’une œuvre sur l’Homme et en particulier chez un homme cultivé, il semble que les sentiments que l’œuvre inspire aient toute leur importance auprès d’une culture magistrale dans l’élaboration d’un jugement correct.
Malheureusement, l’élève ne résout pas du tout le problème soulevé : que veut dire au juste « goûter » une œuvre ? Est-ce la saisir par la sensibilité ou la comprendre par la culture ? Le III reste inefficace.


Être cultivé n’est donc pas une condition nécessaire pour goûter une œuvre puisque chaque humain est pourvu de capacités propres à lui faire apprécier une œuvre d’art. La culture peut pourtant être à la base d’un goût sûr et universel, elle aide à l’appréciation du travail de l’artiste.
Voilà justement ce que le III aurait dû s’employer à justifier. Telle quelle, la conclusion ressemble à une pétition de principe.


NOTATION
1. Définitions : correctes. On regrette seulement que la polysémie sur « goûter » ne soit pas explicitée : 2-.
2. Problème : cerné ; malheureusement, la synthèse reste inadéquate : 2.
3. Argumentation : pertinente, même si l’on aurait aimé d’autres exemples : 2.
4. Introduction correcte bien qu’un peu laborieuse, conclusion acceptable : 2.
5. Rhétorique : plutôt agréable à lire, malgré quelques termes employés à mauvais escient : 3.

Note finale : 11/20. Passable mais un peu scolaire. Une synthèse plus audacieuse, des exemples plus recherchés, permettaient d’atteindre une bonne note.


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Par Jérôme Coudurier-Abaléa - Publié dans : Méthodes
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