Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.
Rédigé par Jérôme Coudurier-Abaléa et publié depuis
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Chaque jour des millions de personnes se pressent à travers le monde pour rentrer dans un musée. Accroche peu originale. Ces personnes poussent la porte du Louvre ou d’autres galeries d’art pour se faire plaisir, se divertir, voir de belles œuvres. En effet, en soi, l’art ne sert à rien ; le but premier d’une œuvre d’art est de faire beau, que ça soit dans le domaine de la peinture ou de la sculpture. Tours relâchés : « faire beau », « que ça soit ».Peinture et sculpture paraîssent réductrices par rapport au sujet : quid de la littérature, de la musique, de l’architecture, du cinéma ? Cependant, n’y aurait-il pas d’autres objectifs que celui de faire plaisir aux yeux ? L’auteur ne voudrait-il pas passer un message à travers ses toiles ? Dès lors on se demande si le plaisir donné par l’art est accessible par tout le public ou si il est nécessaire d’avoir un certain savoir, une culture personnelle importante pour s’approprier une œuvre, ne faire qu’un avec elle. Introduction à la fois trop vague et trop précise. Trop vague parce qu’il fallait mieux rattacher aux termes de la question et faire tout de suite sentir la polysémie de « goûter l’œuvre d’art », entre « prendre du plaisir à » et « saisir le message de ». Trop précise parce qu’on a l’impression que l’élève convertit la question et la restreint à : « le spectateur lambda peut-il comprendre le message de la peinture et de la sculpture ? »
La première chose a mettre en avant est que l’art n’est pas réservé à une élite. Il est accessible par tout le monde et même conseillé. Il s’est rarement, surement jamais vu un test de connaissance à l’entrée d’un musée pour voir si une personne était apte à entrer dans le musée Phrase sans point.Même remarque que dans la copie n°2 : ce n’était pas à ce niveau que se posait le problème. Comme le disait David Hume, chaque être a un sentiment différent des autres, et de cela on ne peut pas discuter. Il est donc tout à fait possible, pour un novice de l’art, d’être touché par une œuvre, dès le premier regard et de se sentir s’unir avec la toile. On préfèrera « novice en arts ».Argument acceptable, qu’un exemple aurait bien servi. A partir de là il peut goûter l’art, c’est-à-dire se servir de ses sens pour analyser l’objet qu’il a en face de lui. Il peut se remémorer un souvenir d’enfance, une couleur, une nourrice qui l’a marqué et dont il retrouve des éléments dans le tableau. De ce fait se crée des liens entre l’objet et l’observateur. Ce dernier comprend exactement ce qu’a voulu dire le peintre. Il peut alors voir les détails les plus fins et les comprendre aussitôt. Le sentiment lui est connu, ce qui lui apporte de la joie et parfois de la tristesse. La précision du substantif « nourrice » laisse entendre que l’élève pense à une toile en particulier. Dommage qu’il ne la mentionne pas. Cet homme arrive donc à obtenir de la toile un lien à sa vie en ne sachant strictement rien que la vie qu’il a vecu. Formule maladroite. « Homme » se remplace avantageusement par « spectateur » ; la répétition de « vie », l’accumulation de « que », pouvaient se rectifier sans peine : « Le spectateur relie la toile à sa vie sans autre connaissance que ses souvenirs personnels ». Cet individu peut alors être qualifié d’enfant. Affirmation gratuite et incohérente. Si les souvenirs personnels importent, l’adulte n’est sûrement pas un « enfant ». Arrivé à cette conclusion il est normal de se poser la question pour savoir s’il est possible de goûter, car le sentiment donné est proposé par une assimilation. Une « conclusion » dès la fin du I ? « Pour savoir » ou « de savoir » ? Enfin, quel sens donner à cette phrase ? Goûter une œuvre d’art pour un ignorant semble rare. Celui-ci en général s’arrête à des considérations telles que « c’est beau, c’est ressemblant » ou inversement. Qu’en est-il alors d’un homme ayant acquis certaine connaissances de base en histoire et une personne connaissant la vie de Picasso sur le bout des doigts ? Transition laborieuse, là aussi à la fois trop vague (« un homme », « certaines connaissances ») et trop précise (la vie de Picasso a-t-elle une importance pour celui qui observe un Poussin ?)
Une grande partie des toiles du Louvre font référence à l’histoire. L’exemple type de la peinture historique est celle représentant une femme très peu habillée avec un bonnet tricolore pendant la révolution. Déjà, les éléments donnés renseignent sur la toile. Delacroix (qu’il eût fallu nommer) doit se retourner dans sa tombe ! Le bonnet n’est pas « tricolore », il est « phrygien » (donc rouge) ; la scène n’a pas lieu pendant la « Révolution » (de 1789, avec une majuscule SVP) mais bien pendant la Révolution de 1830 ; et si la femme est bien mi-nue, elle n’est pas « très peu habillée » : la Liberté guidant le peuple n’est pas Alerte à Malibu ! Si une personne ne connait rien à la révolution française et à l’histoire de France, elle ne verra là qu’une femme dénudée avec des soldats armés sur un tas de cadavres. Si on regarde la toile de cette manière, on ne peut rien comprendre, on remarque seulement que la femme ressemble fortement à sa mère ! Par contre si l’observateur est incollable sur la révolution, il va se mettre à analyser le tableau en général pour en arriver au particulier. Et là, il va reconnaitre les personnage, va faire un travail d’analyse très pointilleux. Préférez au lourdingue futur rapproché du type « aller » + infinitif le futur de l’indicatif, tout aussi efficace : « il reconnaîtra les personnages, fera un travail… » De cette analyse va ressortir un plaisir, celui de savoir ce que le peintre a volu montrer. Même celui qui ne connais qu’un peu la révolution, après un temps d’analyse, arrivera à la conclusion que la femme au centre de la toile représente la France. Nouvelles imprécisions : la femme centrale personnifie (et non « représente ») la Liberté (et non la France). Cela dit, remarque capitale, toutes ces erreurs sont pardonnables en raison de la pertinence de l’exemple, qui montre avec efficacité comment des spectateurs de cultures diverses « lisent» la toile de différentes manières. Encore une fois, la dissertation de philosophie est un exercice de réflexion, et non d’érudition. Celui qui n’a aucun savoir, lui aura remarqué une ressemblance de plus. Pour décripter une œuvre d’art il faut avoir des notions de base sur l’auteur ou le thème. Un musulman qui irait voir les peintures religieuses de Michel Ange n’y comprendrait rien. Ses considérations s’arrêteraient à la beauté. An contraire un chrétien peut voir dans ces mêmes peintures de l’ironie de la part du peintre dans la représentation du dernier repas. Le fait de découvrir des indices cachés augmente le plaisir de l’observateur qui, alors, se donne entièrement à la peinture. La copie, écrite en pleine fièvre du Da Vinci Code, fait référence à la Cène de Léonard de Vinci, et cite à tort Michel-Ange. Pourtant, là encore, l’erreur est pardonnable eu égard à la pertinence de l’exemple qui montre combien la maîtrise de certaines « clefs de lecture » attire l’attention sur des détails révélant un message caché, détails qui, sans ces clefs de lecture, passent inaperçus. Ses sens sont en éveil pour découvrir l’histoire racontée. Cela devient tellement puissant que l’observateur se croit dans un autre monde. Il ne fait qu’un avec l’œuvre.
Les enfants très jeunes sont souvent absents des musées. Ils n’ont pas acquis assez de savoir pour pouvoir se donner à une œuvre, tandis que leurs parents, eux, peuvent rester en émois devant une œuvre d’art à la recherche de son histoire, pour tenter d’en devenir le maître et possesseur et d’en éprouver du plaisir. Ultime argument hélas traité trop lapidairement, et qui aurait pu fournir un III correct. Par ailleurs, cette conclusion, faute de reprendre les termes de la question pour y répondre de manière définitive, manque son but.
NOTATION
1. Définitions : trop peu explicites. Les termes sont compris, mais le lecteur n’en est pas clairement averti : 2-. 2. Problème : cerné. I et II polémiques. On comprend bien la différence de « niveau » d’appréciation entre l’inculte et le cultivé : 2. 3. Argumentation : inexacte, mais très pertinente. On regrette l’absence de références philosophiques (qui auraient pu nourrir un III) mais le propos reste réfléchi : 2. 4. Introduction suffisante : elle pose bien un problème, même si elle peine à « faire le point » dessus ; conclusion acceptable mais faiblarde : 1+. 5. Rhétorique : correcte. On reproche des tours relâchés, mais dans l’ensemble les idées se relient les unes aux autres et au sujet : 2.
Note finale : 09,5/20. Le plus gros défaut de cette copie reste l’absence de synthèse, qui grève lourdement la note : il n’était pourtant pas très compliqué, en une quinzaine de lignes, d’opérer une distinction conceptuelle sur « goûter » à partir de l’idée exprimée dans la conclusion, et de fournir une référence philosophique à cet effet. L’élève gagnait alors un point dans chacune des rubriques « définitions », « problème » et « argumentation », et obtenait 12,5, note plus qu’honorable. Avec des références moins erronées, il atteignait 13, ou même 14. Il faut s’imaginer le correcteur navré (et très irrité) de ne pas mettre la moyenne à une copie révélant un élève quand même prometteur.