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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

Conscience de soi et existence - 3


III. L’existence entendue comme continuité

1) Anticipation et mémoire

Dans la mesure tout toute conscience est conscience
« de » quelque chose, elle accomplit au quotidien cette opération tout à fait singulière qui consiste à mettre en rapport une pensée avec quelque chose qui n'est pas du tout une pensée. Dans un sens, il s'agit d'une « interface » pensée/monde ; et en même temps, cette interface n'est pas neutre puisqu'elle se projette en permanence vers le monde.

La perception de cette table est, avant comme après, perception de cette table. Ainsi, tout état de conscience en général est, en lui-même, conscience de quelque chose, quoi qu’il en soit de l’existence réelle de cet objet […]. Par conséquent, il faudra élargir le contenu de l’ego cogito transcendantal, lui ajouter un élément nouveau et dire que tout cogito ou encore tout état de conscience « vise » quelque chose, et qu’il porte en lui-même, en tant que « visé » (en tant qu’objet d’une intention), son cogitatum respectif.
Chaque cogito, du reste, le fait à sa manière. La perception de la « maison » « vise » (se rapporte à) une maison – ou, plus exactement, telle maison individuelle – de la manière perceptive ; le souvenir de la maison « vise » la maison comme souvenir ; l’imagination, comme image ; le jugement prédicatif ayant pour objet la maison « placée là devant moi » la vise de la façon propre au jugement prédicatif ; un jugement de valeur surajouté la viserait encore à sa manière, et ainsi de suite.
Ces états de conscience sont aussi appelés états intentionnels. Le mot intentionnalité ne signifie rien d’autre que cette particularité foncière et générale qu’a la conscience d’être conscience de quelque chose, de porter, en sa qualité de cogito, son cogitatum en elle-même.
Husserl, Méditations cartésiennes

Entendue comme intentionnalité, la conscience tend en permanence à sortir d'elle-même. Sartre tient compte de cet enseignement et, partant du principe que Dieu n'existe pas (il se revendique de «
l'existentialisme athée »), explique que, dans une telle situation, l'individu humain ne peut pas recevoir sa définition d'un Etre supérieur transcendant. Aussi doit-il se définir lui-même, déterminer par lui-même sa propre « essence » ; et il ne le peut que compte tenu d'une conscience qui, d'abord, tend à le faire sortir de lui-même, à le « projeter » vers un avenir encore non déterminé, non clos. Dès lors, pour l'individu humain, « l’existence précède l’essence ».

L'existentialisme athée, que je représente, [...] déclare que si Dieu n'existe pas, il y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essance, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept, et que cet être, c'est l'homme ou, comme dit Heidegger, la réalité humaine. Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialisme, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme est seulement, non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence : l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. Tel est le premier principe de l'existentialisme. C'est aussi ce qu'on appelle la subjectivité, et que l'on nous reproche sous ce nom même. mais que voulons-nous dire par là, sinon que l'homme a une plus grande dignité que la pierre ou la table ? Car nous voulons dire que l'homme existe d'abord, c'est-à-dire que l'homme est d'abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l'avenir. l'homme est d'abord un projet qui se vit subjectivement. L'homme est d'abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d'être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur.
Sartre, L'existentialisme est un humanisme

Chacun construit son projet de vie et en porte la responsabilité puisque nul ne peut recevoir sa propre définition d’une transcendance quelconque. L'existence humaine, tendue vers l’avenir, s'élance vers quelque chose d’autre qu’elle. Là, on commence à percevoir une limite assez désagréable du cogito cartésien.

J’ai conscience de moi-même, […] non pas tel que je m’apparais, ni tel que je suis en moi-même, mais seulement conscience que je suis. Cette représentation est une pensée, et non une intuition […] Je n’ai donc aucune connaissance de moi tel que je suis […]. La conscience de soi-même n’est donc pas encore, il s’en faut, une connaissance de soi-même.
Kant, Critique de la raison pure,
I, 1ère division, 1ère section, § 25

Le cogito me dit que je suis, pas encore qui je suis ; et même si l'exploration de cette idée « je suis un sujet pensant
» a pu porter plusieurs leçons, les questions « existentielles » de l’ordre du journal intime (Qui suis-je ? Pourquoi moi ? Quelles idées, croyances, etc. sont authentiquement les miennes ?) se posent à nous avec une urgence et une acuité renouvelées. « Connais-toi toi-même » nous enjoint Socrate (en grec : gnôthi seauton - Socrate avait fait sa devise de cette inscription portée au fronton du temple d'Apollon à Delphes) : mais c'est là une tâche titanesque. Du reste, nous enseigne Sartre, cette tâche relèvera plus de l'imagination (du « projet ») que de l'analyse scientifique de notre expérience passée, même si la « définition » que je vais écrire de moi-même pour l’avenir s’appuie, au moins en partie, sur la définition que je donne de moi-même aujourd’hui.

On peut même ajouter que la conscience possède nécessairement une dimension mémorielle ; car sans mémoire, la conscience se renouvellerait intégralement à chaque instant. Elle n'aurait nullement l'impression de sa propre continuité ; amnésique, elle renaîtrait à chaque seconde comme si rien n'avait jamais existé pour elle. Elan vers le futur, la conscience porte aussi sa propre histoire : elle est, selon le mot de Bergson, « un pont jeté entre le passé et l'avenir
».

Si re-présenter le passé, le rendre présent à nouveau (donc différent des traces que le passé laisse sur les choses comme l’obsolescence, le nœud dans le mouchoir), constitue une fonction typique de la conscience (on écarte ici le dressage, le conditionnement, l’habitude pouvant porter sur des rats, des mollusques ou même des plantes), cependant cette mémoire nous permet de répondre, de manière satisfaisante, à la question « Qui suis-je ? »

En tant que manière de retenir le passé pour fournir une trame continue d’existence, il apparaît par expérience que la mémoire n’est pas toujours fiable, qu’elle présente des « trous
», des oublis. Les sciences cognitives ont montré que 20% de nos souvenirs sont de pures reconstructions (nous avons tous fait l'expérience d'un « souvenir » dont nous étions sûrs et certains jusqu'au moment où on nous apporte la preuve que nous nous trompons ; ci-contre, photographie de Grégoire Leclercq). Comment s’opèrent ces reconstructions ? Nous réexaminerons cette question dans le cours sur l'inconscient. Remarquons seulement que la mémoire fonctionne de manière tout à fait curieuse, par association d’idées (comme le remarque Spinoza, nos souvenirs marchent par deux, de sorte que l'évocation de l'un nous fait penser à l'autre) et ne donne pas accès à un passé « objectivement rapporté », ni même « fiable ». On retrouve l'intentionnalité de la conscience remarquée par Husserl. Selon mes exigences présentes, mon passé se présentera à moi de telle manière ou de telle autre manière.

(Entre parenthèses, on rêve parfois d’une mémoire parfaite. Mais se rend-on bien compte des conséquences ? Funès ou la mémoire, in Fictions, de Borgès, disponible en VO et en texte intégral ici, répond à cette question embarrassante. Refuser le changement, tout fixer de manière stricte, c’est la mort.)

A ce stade, Descartes se trouve déjà bien entamé : d’abord, le cogito ne nous apprend presque rien ;  et ensuite, il n’est pas sûr qu’on puisse « vider
» la conscience comme il le fait au début de la quatrième partie du Discours de la méthode, puisque la conscience tend toujours à quelque chose d'autre qu'elle (cf. Husserl).


Suite du cours : la critique radicale de Nietzsche.

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J
" On peut même ajouter que la conscience possède nécessairement une dimension mémorielle ; car sans mémoire, la conscience se renouvellerait intégralement à chaque instant. Elle n'aurait nullement l'impression de sa propre continuité ; amnésique, elle renaîtrait à chaque seconde comme si rien n'avait jamais existé pour elle. Elan vers le futur, la conscience porte aussi sa propre histoire : elle est, selon le mot de Bergson, « un pont jeté entre le passé et l'avenir ».Si re-présenter le passé, le rendre présent à nouveau (donc différent des traces que le passé laisse sur les choses comme l’obsolescence, le nœud dans le mouchoir), constitue une fonction typique de la conscience (on écarte ici le dressage, le conditionnement, l’habitude pouvant porter sur des rats, des mollusques ou même des plantes), cependant cette mémoire nous permet de répondre, de manière satisfaisante, à la question « Qui suis-je ? »Justement non ! Qui je suis ? Cela peut-il dépendre de la mémoire ? S'il y a bien quelque chose qui nous est étranger, ou si vous voulez qui est autre que nous, c'est bien la mémoire.En quoi sommes-nous responsables de la formation et du contenu (informations et affects) de la mémoire ? La pensée procède de la mémoire (réponse à un stimulus), et suppose un penseur. Serions-nous le penseur de cette pensée involontaire, imprévue et complètement conditionnée ?
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