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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

La vérité - 4


3) L'affrontement entre dogmatisme et scepticisme

Dogmatisme et scepticisme s'entendent sur un point, un seul : nous possédons un point de contact immédiat avec le réel. Là cependant s'arrête cet accord, car les uns et les autres définissent le "réel" de deux manières inconciliables. Pour les dogmatiques idéalistes, ce point de contact n'est autre que le logos parce que le réel, c'est le monde intelligible des Idées. Pour les sceptiques empiristes, au contraire, s'il existe un monde intelligible, son existence reste sujette à caution, contrairement au monde matériel et tangible. Dès lors, le monde matériel est plus "réel" que le monde intelligible (si même celui-ci existe), et le point de contact que nous avons avec lui est évidemment la perception : comme l'écrit lumineusement Aristote : "Rien n'entre dans l'intellect qui n'ait d'abord été dans la sensation". (Ci-contre, composition de Rothko.)

A partir de là, entre les deux positions, se joue un affrontement radical. Tout, ou presque, les oppose ; et à y bien regarder, aucune des deux positions n'est pleinement satisfaisante. Dans l'idéalisme dogmatique, outre le côté presque invraisemblable de l'hypothèse du monde des Idées, une autre conséquence pèse très lourd. Puisque le monde intelligible demeure invariablement le même, il s'ensuit que toutes les vérités que tous les individus peuvent ou pourront un jour formuler y figurent déjà ; mieux : elles y figuraient depuis l'aube des temps. En particulier, les vérités scientifiques qui permettent le progrès technique, et parmi elles, les Idées des innovations. Ainsi l'avion de Blériot, par exemple : depuis l'aube des temps, il existait une Idée qui lui correspondait. Le seul mérite de Blériot a alors consisté à mieux se "souvenir" d'une Idée dont il n'est nullement l'auteur, mais seulement le copieur. L'inventivité humaine, dans une telle perspective, est littéralement nulle ; et le progrès scientifique, au mieux, une façon de voir un déroulement tout à fait illusoire, puisque le "vrai réel" (le mone intelligible) ne change jamais. En regard, le scepticisme empirique paraît moins contestable à première vue, mais il sape sournoisement l'idée de vérité, en la conditionnant par l'expérience, donc par le vécu, donc par la subjectivité ; et dans ce cas, on ne comprend plus bien de quel droit il continue d'affirmer qu'il existe des "connaissances" (des opinions "vraies") en matière de causes et d'effets.

En fait, c'est exactement sur ce point que se joue l'affrontement entre les deux positions : qu'entend-on, au juste, par "connaissance" ?

Pour les idéalistes dogmatiques, la connaissance consiste dans une saisie correcte (par l'intellect) d'une Idée. Par exemple, l'Idée de triangle inclut la propriété "avoir trois côtés" : la saisie correcte de l'Idée de triangle permet donc de formuler la proposition vraie suivante : "un triangle a trois côtés." Puisqu'il s'agit d'une pure opération de l'âme, aucune expérience n'est nécessaire (on dit qu'une telle proposition est vraie a priori, c'est-à-dire indépendamment - et avant - toute vérification expérimentale). Pour les sceptiques empiristes, au contraire, ce genre de "connaissances" ne nous renseigne, en fait, sur rien du tout : parce qu'à se cantonner dans une Idée et une seule d'une chose et une seule, ces "connaissances" ou "propositions vraies" se contentent de redire ce qu'on savait déjà par définition. Il est clair qu'une tautologie du type "un triangle a trois côtés" est "vraie", si l'on veut ; mais il est tout aussi clair qu'elle ne nous informe de (et en) rien : simple reformulation, elle se contente d'analyser une définition. Pour les sceptiques empiristes, si l'on veut une connaissance positive qui nous enseigne quelque chose, il faut nécessairement que la proposition qui la formule réunisse plusieurs concepts différents - qu'elle les synthétise. Par exemple : "la vache est la proie du loup" : voilà une proposition vraie qui ne pouvait pas être "déduite" analytiquement de la seule Idée de vache, et qui pourtant nous enseigne quelque chose d'intéressant sur la vache, sur le loup, et sur leurs manières de se côtoyer. Les sceptiques empiristes ajoutent que ces propositions exigent une expérience de vérification : elles ne peuvent être reconnues comme vraies qu'a posteriori.

(En filigrane, ici, se rejoue la bataille entre, d'une part, les propositions logiques démontrées mais vides de contenu informatif, et, d'autre part, les connaissances empiriques positives mais "vérifiées" par une série limitée d'expériences, donc tributaires d'une induction. Revoir à ce sujet les cours sur la démonstration et théorie et expérience.)

Résumons : les idéalistes dogmatiques estiment que les seules connaissances vraies sont des propositions analytiques a priori - puisque ce sont les seules propositions qui mettent tout le monde d'accord ; et les sceptiques empiristes, eux, prétendent tout au contraire que les seules "connaissances vraies" dignes de ce nom sont les propositions synthétiques a posteriori, puisque seules ces propositions nous apprennent effectivement quelque chose.

Entre ces deux positions, aucun accord ne paraît possible. Kant va pourtant en trouver un.

 
Suite du cours : la "révolution copernicienne" de Kant.
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