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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

Nature et culture - 1


Avertissement préalable

Proposer aujourd'hui un cours intitulé "Nature et culture" dans le cadre d'une préparation au baccalauréat exige justification. Il est exact, comme on peut le constater en consultant les Instructions officielles, que si la "culture" demeure comme groupement de notions (incluant l'art, le langage, le travail, la religion et l'histoire), la "nature", elle, a disparu des programmes des séries générales (il semble bien qu'elle ait été remplacée par "le réel"). Elle figure en revanche dans les programmes des séries technologiques, soit seule, soit accompagnée de "l'histoire". Pourtant, le tandem "nature et culture" comptait parmi les notions dans les anciens programmes, ainsi que dans la réforme si contestée proposée par M. Alain Renaut en 2000 (retirée dès 2003). (Ci-contre, le Masaï, par Christine Dujardin.)

J'ai cherché les motifs de cette suppression. Sans succès. Je le regrette fort, car je ne me l'explique pas.

Au contraire, le couple "Nature et culture" me paraît porteur d'interrogations transversales qu'il convient d'examiner (fût-ce rapidement) pour comprendre certains enjeux fondamentaux du monde contemporain. Dans l'économie de mon cours, "Nature et culture" permettait même de cadrer les questions politiques essentielles dans un rapport "culturel" typiquement occidental à la "nature". Je pouvais donc l'employer à la fois comme transition entre les parties épistémologique et politique, et comme occasion de ressaisir certains problèmes essentiels dans un éclairage nouveau - par exemple le projet cartésien. Ce même cours me permettait en outre, à un moment crucial de l'année, de provoquer chez les élèves une réflexion indispensable sur l'ensemble de l'éducation qu'ils avaient reçue jusque-là.

Après mûr examen, j'ai décidé d'user de la liberté du professeur et de maintenir ce cours dans le cadre de l'année scolaire. On peut le lire, au choix, comme une conclusion de la partie épistémologique, ou comme une introduction au politique. Chers collègues, qui avez choisi de suivre ces nouvelles instructions, je ne saurais trop vivement vous solliciter : comment vous y êtes-vous pris ? avez-vous redistribué vos propos dans d'autres parties du cours (notamment le vivant et l'histoire) ? l'avez-vous purement et simplement coupé ? N'hésitez surtout pas à me joindre (jerome.philo chez free.fr) sur ces questions : je vous avoue mon extrême impatience à connaître vos réponses. Merci d'avance.


Introduction

Nietzsche nous invitait (voir ce cours) à constater que la puissance du vivant (ce qu'il appelle "l'instinct de vie") commandait, souterrainement, à toutes les productions humaines. Ce faisant, il esquisse l'opposition entre des principes biologiques permanents (et valables aussi pour d'autres espèces que l'humain) et l'ensemble des productions humaines (le "grand art", voir le texte en tête de ce cours), y compris l'art et la science, qui, précisément, sont "produits" par l'humain, et se présentent, comme nous le découvrons depuis le début du cours de philosophie, sous forme de pratiques et de connaissances.

Le fait est que vous ne possédiez pas ces connaissances au départ, héréditairement ou génétiquement. A vrai dire (des générations entières vous le prouvent), vous auriez fort bien pu vivre (et réussir !) votre vie entière sans avoir la moindre connaissance sur l'acte perlocutoire, sur l'effet tunnel, ou sur le Tricheur à l'as de carreau. Toutes ces informations, il vous a fallu les découvrir, les mémoriser, bref, fournir un effort pour les intégrer afin de les mobiliser le jour de l'examen. Elles sont acquises. En revanche, si tout à coup une détonation ébranle la maison voisine, vous allez bondir de surprise et de peur. De même, lorsque le pédiatre vous tape le genou, votre jambe se trouve agitée d’un spasme. Ces réactions sont spontanées, instinctive, réflexes, bref, innées. Remarquons tout de suite l'intangibilité de ces réflexes par rapport à l'extrême variabilité de vos connaissances. On apprend beaucoup plus vite les informations qu'on n'acquiert un réflexe (tous les musiciens le savent). Il faut un effort de longue haleine pour se déprendre d'une habitude (tous les anciens fumeurs en ont fait la pénible expérience), quelques secondes suffisent pour oublier un nom ou une date. Les cadences respectives de la mémoire et de l'habitude se découplent, voire se contrarient. Remarquons aussi que les réflexes sont, dans leur très grande majorité, les mêmes pour tout le monde. La détonation fait sursauter aussi bien un adolescent français qu'un artisan lybien, un vieillard inuit ou une mère de famille péruvienne. La nature nous rapproche les uns les autres, alors que les cultures nous différencient, nous divisent, et parfois même nous opposent jusqu'à la guerre.

Nous sommes donc des créatures doubles : en partie animaux, soumis à nos réflexes innés, et en partie spirituels, propres à acquérir des connaissances. Remarquons d'ailleurs que nous ne sommes pas les seuls à pouvoir mémoriser les connaissances dont nous disposons en tant qu'Européens. Un Tibétain ou un Malien peuvent les apprendre aussi - ils les apprendront à coup sûr s'ils viennent vivre en Europe. Il s’agit seulement de les leur expliquer, de les leur enseigner. Même si par nature nous ne connaissons rien, il n’en reste pas moins que par nature nous sommes capables d'acquérir des savoirs, y compris des savoirs venus de cultures différentes de la nôtre.

Pourquoi se mettre en peine d'une telle éducation ? Pourquoi ne pas nous contenter de nos réflexes ? Evidemment parce que, en progressant dans la connaissance, nous nous cultivons, nous nous élevons - dans le sens éducatif mais aussi moral de ce verbe (ci-contre, Elévation, sculpture de Gilles Candelier). Nous devenons meilleurs ; autrement dit, par nature, nous sommes perfectibles ; et l'éducation constitue la réalisation de cette perfectibilité.

En tous cas, c'est ce que nous pensons, nous autres les adultes, de vous, les enfants et les adolescents. Nous estimons indispensable de vous améliorer - c'est-à-dire de vous faire acquérir une culture qui nous paraissent importantes pour que vous réussissiez votre vie.

Pourtant, cette opposition apparemment très claire entre nature et culture ne cesse de poser des difficultés extrêmement épineuses, que je vous propose d'examiner à trois niveaux différents : au niveau de l'individu, au niveau du groupe social, et enfin au niveau de l'humanité entière.


Suite du cours : l'éducation, perfectionnement de l'individu.
 
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