












Au départ, on pourrait croire que ce sont des questions
comme les autres : on ne voit pas, à première vue, en quoi cette question diffère, par exemple, de la question suivante : « comment préparer une pâte feuilletée ? » Sitôt qu'on essaye d'y
répondre, cependant, la différence entre ces deux questions saute aux yeux.
Reprenons : certaines questions peuvent recevoir une
réponse aisée puisqu'il suffit de consulter le spécialiste adéquat (un cuisinier, dans le cas de la pâte feuilletée, mais aussi, selon le problème rencontré, un astronome, un physicien, un
biologiste, un médecin, un météorologue, un chimiste, un historien, un économiste, un banquier, un avocat, un journaliste, un poète, un psychanalyste...). D'autres questions, en revanche,
autorisent plusieurs réponses argumentées différentes. Il s'ensuit un débat, une délibération, une controverse plus ou moins vive qui peut aller jusqu'à la brouille ou même au conflit violent. Il
est facile, en effet, de sentir si l'on est d'accord ou pas avec telle opinion ; mais quant à reconnaître, entre plusieurs argumentations, laquelle s'avère la plus pertinente, la plus cohérente
ou la plus correcte, voilà qui demande un peu plus de finesse, d'attention et d'honnêteté intellectuelle.
Oui ; mais voyez-vous, le problème, c'est que
l'on ne peut pas vraiment vivre sans idées ou sans opinions. Le présent immédiat de certaines situations pose des questions philosophiques qui exigent une réponse urgente, là, tout de suite. On
peut bien sûr ignorer l'aspect théorique et agir « au feeling » ; mais alors, en agissant de manière épidermique, sans réfléchir (tout est là), vous
risquez non seulement de vous tromper, mais de vous égarer complètement, et de faire du mal autour de vous. Pire encore : en agissant, vous mettrez en pratique une théorie « par défaut », celle que la société, les conventions, vos parents, vos profs, ont choisi pour vous. L'avantage de tous ces vieux bouquins poussiéreux tient en quelques
mots : ils vous prouvent que d'autres réponses, d'autres façons de voir le monde, d'autres manières d'agir, d'autres modes de vie, sont possibles ; et ils vous donnent des pistes pour inventer
vos réponses personnelles. Malheur à qui n'a jamais philosophé ! En tous points comparable à l'héroïne de la chanson de Jean-Jacques Goldman, il « vit
sa vie par procuration », comme un somnambule.
Attention : lire des corrigés n'a jamais enseigné à quiconque à rédiger une bonne copie de philo, pas plus que la mémorisation de traités d'anatomie n'a produit un seul grand
chirurgien. Candidats au bac, vous devez travailler la technique de la copie de philo en... écrivant des copies de philo. Il s'agit d'un apprentissage pour lequel vous n'aurez pas trop d'une
année. Voyez ici comment préparer.
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