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Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

Conscience de soi et existence - 1

Descartes, au début du Discours de la méthode, suit exactement le même parcours que nous : dans un passage autobiographique, il se rappelle le désarroi où il s'est trouvé à la fin de ses études :

J'ai été nourri aux lettres dès mon enfance, et pour ce qu'on me persuadait que, par leur moyen, on pouvait acquérir une connaissance claire et assurée de tout ce qui est utile à la vie, j'avais un extrême désir de les apprendre. Mais sitôt que j'eus achevé tout ce cours d'études au bout duquel on a coutume d'être reçu au rang des doctes, je changeai entièrement d'opinion. Car je me trouvais embarrassé de tant de doutes et d'erreurs, qu'il me semblait n'avoir fait aucun profit, en tâchant de m'instruire, sinon que j'avais découvert de plus en plus mon ignorance. Et néanmoins j'étais en l'une des plus célèbres écoles de l'Europe, où je pensais qu'il devait y avoir de savants hommes, s'il y en avait en aucun endroit de la terre. J'y avais appris tout ce que les autres y apprenaient ; et même, ne m'étant pas contenté des sciences qu'on nous enseignait, j'avais parcouru tous les livres traitant de celles qu'on estime les plus curieuses et les plus rares, qui avaient pu tomber entre mes mains. Avec cela, je savais les jugements que les autres faisaient de moi ; et je ne voyais pas qu'on m'estimât inférieur à mes condisciples, bien qu'il y en eût entre eux déjà quelques-uns qu'on destinait à remplir les places de nos maîtres. Et enfin notre siècle me semblait aussi fleurrissant et aussi fertile en bons esprits qu'ait été aucun des précédents. Ce qui me faisait prendre la liberté de juger par moi de tous les autres, et de penser qu'il n'y avait aucune doctrine dans le monde qui fût telle qu'on m'avait auparavant fait espérer.
Descartes, Discours de la méthode, I

Ainsi qu'un jeune philosophe commençant à sortir de la Caverne, il entérine le caractère insuffisant et inexact du savoir tel qu'on le lui a enseigné, parce que ce « savoir » ne constitue pas des connaissances certaines et indubitables. Un doute raisonnable subsiste ; et il corrompt tout. D'un tempérament philosophe, le jeune Descartes décide de ressaisir sa « liberté » et de sortir par lui-même de l'incertitude et de l'erreur.


I. « Je pense, donc je suis » : le cogito.

1) Le doute méthodique : préparer le cogito


(Merci à Hopper pour le cliché ci-contre.)

De tous les auteurs, Descartes, au début de la quatrième partie du Discours de la méthode, est celui qui tente cette aventure avec le plus d'audace et de déterrmination :

J'avais dès longtemps remarqué que, pour les moeurs, il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu'on sait être fort incertaines, tout de même que si elles étaient indubitables, ainsi qu'il a été dit ci-dessus ; mais pour ce qu'alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensais qu'il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s'il ne resterait point, après cela, quelque chose en ma créance qui fût entièrement indubitable. Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu'il n'y avait aucune chose qui fût telle qu'ils nous la font imaginer. Et, parce qu'il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes, jugeant que j'étais sujet à faillir autant qu'aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j'avais prises auparavant pour des démonstrations. Et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons étant éveillées, nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu'il y en ait aucune pour lors qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes.
Descartes, Discours de la méthode, IV.

Ne nous contentons pas de nous interroger une seconde sur la question de savoir si oui ou non le monde, les « noumènes », les « objets physiques » existent, et revenons sur ce problème un instant. Nous avions rejeté ici l'hypothèse de la non-existence des objets physiques en vertu de trois arguments : d'abord les autres nous en parlent comme s'ils existaient (mais nous savons à présent que nous ne pouvons pas faire confiance au « savoir » d'autrui) ; ensuite ce n'est pas parce que nous ne percevons pas directement l'objet physique qu'il n'existe pas ; enfin, les sense-data que je perçois sont autant d'indices de l'existence de l'objet physique (mais dans le songe, nous rappelle Descartes, nous voyons aussi toutes sortes de choses dont nulle, pourtant, n'existe). Aucun de ces trois arguments n'est absolument décisif. Il est peut-être très vraisemblable que les objets physiques existent, mais un doute légitime, un doute (du latin dubitare, balancer) raisonnable, subsiste.

Malheureusement, à partir du moment où nous prenons la recherche de la connaissance certaine dans son sens le plus sérieux, le plus rigoureux et le plus exigeant, nous ne pouvons pas nous satisfaire de « vraisemblances » : nous cherchons le vrai (et nous savons, par ailleurs, que ce qui semble le plus vraisemblable est parfois faux : ainsi c'est la Terre qui tourne autour du Soleil, et non l'inverse, comme nos sens nous le laisseraient croire). Du point de vue de la recherche de la certitude, une
« vraisemblance », même très forte, n'a pas plus de valeur qu'une erreur, puisqu'elle est seulement vraisemblable - et pas « certaine », justement. L'univers n'est peut-être qu'un songe. Ne nous y fions pas, nous prévient Descartes. Allons même plus loin, et récusons non seulement nos perceptions, mais aussi nos raisonnements et nos pensées. Faisons comme si (« je me résolus de feindre ») tout le contenu mental de notre âme ne valait rigoureusement rien. 

Pourquoi une
tabula rasa aussi expéditive (on parle, à ce sujet, du « doute hyperbolique » cartésien) ? Parce que le moyen le plus efficace pour neutraliser tout risque d'erreur consiste à annuler toutes nos pensées. Il ne s'agit pas d'arrêter de penser, mais seulement de dévaloriser ces pensées jusqu'à les tenir pour nulles, en raison du doute, si petit soit-il, qui continue de les entacher.

On voit bien où vous voulez en venir, M. Descartes ! vous exclamerez-vous peut-être. Nous connaissons vos thèses : elles ne sonnt pas de toute première jeunesse. Déjà Pyrrhon et Sextus Empiricus nous ont appris à suspendre notre assentiment et à pratiquer l'épochê.


Hé, hé. Ne nous emballons pas. Descartes manie, en quelque sorte, l'ironie socratique qui consiste à adopter un point de vue adverse pour le pousser dans ses conséquences extrêmes, jusqu'à la contradiction (stratégie, notons-le, très habile, d'unbe redoutable efficacité et d'une prodigieuse drôlerie) : s'il
« feint » (il fait semblant) que toute sa pensée est fausse, c'est en vue de montrer qu'il en existe au moins une qui résiste au doute, et qui se présente comme certaine de manière absolument indubitable. Le doute « hyperbolique » qui détruit toutes les croyances est en fait un simple outil employé pour faire place nette en vue de mettre en évidence un point plus fondamental : on parle alors plus volontiers de « doute méthodique ».

Remarquons tout de même que Descartes prend un risque grave : s'il ne trouve pas une seule idée indubitable, alors la partie sera définitivement perdue. Puisque rien ne résistera plus au doute, les relativistes auront gagné : il n'existera rien de certain. Trouver une idée indubitable, c'est notre dernière chance.


2) La ressaisie instantanée de la conscience par elle-même :
« Je pense »...

Descartes
« soustrait » de son esprit toute idée douteuse. Il effectue une sorte de nettoyage par le vide ; une fois que la conscience n’a plus d’objet pour la distraire et l’occuper, alors…

[Je résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes.] Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose.

Débarrassée, grâce au doute hyperbolique, de tout contenu susceptible de la distraire, la conscience se ressaisit elle-même. Dans le doute hyperbolique, il faut distinguer, explique Descartes, deux niveaux de réflexion. Primo, la pensée
« tout est faux » ne véhicule que du négatif - idée assez déprimant ; mais aussi, secundo, « la pensée que tout est faux », elle, n'est pas rien : elle est une pensée positive et déterminée. Autrement dit, lorsque je pense que tout est faux, je ne sais peut-être rien sur le monde, mais en revanche je sais que je pense.

Ne dissimulons pas qu'un mystère épais entoure cette opération mentale. Comment, en effet, peut-on savoir que
« la pensée que tout est faux » est une pensée ? Parce que nous le pensons. Nous voilà bien avancés ! et comment le pensons-nous ? Cela n'est ni une perception, ni une démonstration : je m'en aperçois de manière immédiate, comme un fait évident qui s’impose à moi. Le fait est que nous y parvenons, et que nous devons constater ce fait comme une propriété spécifique de l'esprit humain. On parle à ce sujet d'une « aperception » (substantif correspondant au verbe « apercevoir ») : c'est une sorte d'illumination, ou de révélation. (Dans un sens, cette ressaisie instantanée est « inexprimable » au sens de Wittgenstein. Au passage, cette question de la « métapensée » - c'est-à-dire de la pensée qui se pense elle-même - constitue une des pistes de recherches le plus fécondes et les plus complexes des neurosciences actuelles.)


3) L’existence déduite :
« ... donc je suis »

[Il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose.] Et remarquant que cette vérité : Je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques nétaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.
Descartes, Discours de la méthode, IV

La pensée vient de s'apercevoir qu'elle existe, parce qu'elle vient de se rendre compte qu'elle pense que tout est faux ; et puisque c'est moi qui, à l'instant, m'efforçais de feindre que tout était faux, alors c'est bien moi qui pense ; et puisque cette pensée existe, alors forcément j'existe aussi. Mon existence en tant que sujet pensant (et pas seulement en tant que bout de matière organique) est déduite de l’aperception immédiate de ma propre pensée par elle-même.

Pour l'exprimer encore en d'autres termes : douter est une manière de penser ; donc quand je doute, je pense ; donc je ne puis pas douter que je pense, puisque douter de la sorte serait penser ; donc je pense ; et si je pense, alors non seulement ma pensée existe de manière certaine, mais moi aussi.

Evénement fondateur ! Parce que la pensée humaine est capable de se prendre elle-même pour objet, alors au moins deux idées résistent au doute :
« je pense » et « je suis ». Ces idées certaines, parce qu'elle sont indubitables, sont nécessairement vraies. Je ne puis penser que je ne pense pas, ni que je n'existe pas. Le doute hyperbolique n'emporte donc pas tout avec lui : au contraire, il permet de révéler, de désensabler hors du tapage incessant de nos tracas quotidiens, les deux certitudes sur lesquelles nous allons pouvoir, progressivement, construire un savoir authentique. Savoir sur lequel nous réglerons notre conduite, au lieu de nous en tenir à une épochê frileuse et finalement très confortable.


Suite du cours : la perspective de la mort.


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C


L'esprit a une histoire, mais il n'y a pas d'histoire de l'esprit.


(fermaton.over-blog.com)Les mathématiques de la conscience.



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J
Bon, oubliez le mot harmonie dont la définition  vous tient à coeur.
Je constate que cela se passe plutôt bien en ce moment dans mon organisme. Je ne sais pas comment ils se débrouillent tous ces organes, toutes ces fonctions, toutes ces cellules, mais ils assurent un bien-être et des capacités plutôt agréables. Qui plus est, cet organisme s'est adapté à son environnement. (evidemment, si vous le changiez..).
Donc oubliez le mot harmonie et considérez simplement l'idée exprimée à travers cet exemple du corps.
p.s. Je vous espère pareillement en bonne santé.
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R
Bon on ne va pas être d'accord sur le terme d'harmonie. L'harmonie des différentes parties du corps (pluriel) si tu veux mais l'harmonie du corps (singulier) ça ne veux pas dire grand chose. (D'où l'importance des mots..) L'harmonie n'est justement pas une série d'interactions, c'est le résultats de plusieurs actions indépendantes. (l'archer du violon n'agit pas sur les cordes de la harpe.) Il n' y a pas de conflit dans un orchestre sinon ça casserait un peu les oreilles. Tu confonds harmonie et équilibre (encore les mots). Le corps est toujours en conflit avec l'extérieur (température, nourriture, air, contacts épidermiques). Le corps est une dynamique parce qu'il règle l'équilibre de ses différentes composantes même en cas d'agression (ne nous étendons pas sur la conception de la maladie, on est déjà assez loin du sujet de départ.)Au fait quand tu dis qu'un instrument peut toujours être remplacé par un autre: essaie de remplacer un violon par un xilophone ou un rasoir par une masse d'arme. ;-)
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J
C'est sympathique : "mon petit"...ze verrai avec Jérôme pour les mots. En haut de cette page, on lit : "conscience de soi" . Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, le mot n'est ni l'origine, ni la cause, ni la nature de cette conscience.
Harmonie ne veut pas dire immobilité, fixité. Ca, c'est le dogme ou le concept pur et dur. L'harmonie suppose une interaction entre différents éléments. Ce qui suppose une dynamique. L'ensemble est vivant mais il n'y a aucun élément que l'on pourrait qualifier d'intrus ou d'agressif par rapport à cet ensemble. Le corps est un bon exemple. Nous abritons une multitude de microbes. Mais il peut y avoir une intrusion qui remet en cause l'harmonie du corps : la santé.   
 
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R
Jean-Louis mon petit, si tu dis à Jérôme que les mots ne sont pas importants tu ne vas pas te faire un copain. (voir le cours sur le langage)De plus je ne suis pas d'accord avec ton idée que l'harmonie est une abscence de conflit. Cela reviendrait à dire que dans l'harmonie, point de dynamisme, point de mouvement. L'harmonie serait donc l'immobilité totale et je rejoins Jérôme pour dire que cela semble morbide.Prenons un écosystème: dans une forêt poussent des arbres. Ses arbres sont en conflit : ils poussent vers la lumière au détriment des plus jeunes, leur racines se combattent l'eau et les minéraux. Pourtant ils poussent tous dans cette forêt et permettent à d'autres espèces, animales et végétales de survivre. Conflit ou harmonie?
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