Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Labyrinthe - souffle des temps.. Tamisier..

Souffle et épée des temps ; archange ; prophéte : samouraï en empereur : récit en genre et en nombre de soldats divin face à face avec leur histoire gagnant des points de vie ou visite dans des lieux saint par et avec l'art ... soit l'emblème nouvau de jésuraléme.

Méthode didactique de la dissertation

Nota Bene : cette méthode "didactique" explique comment écrire une dissertation. Elle s'appuie sur le sujet : "Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?", dont un corrigé intégral se trouve ici. Cette méthode "didactique" se complète d'une méthode "empirique" qui présente le texte intégral d'une dizaine de copies pour en comparer les avantages et les défauts.

Nota Bene 2 : après chaque "étape" de la dissertation figurent deux chiffres. Le premier correspond au temps indicatif que devrait durer l'étape, le second au temps cumulé depuis le début de l'épreuve. Evidemment, ces chiffres sont indicatifs : pour certaines questions, le problème est beaucoup plus "visible" que pour d'autres, d'où une recherche moins longue (comparer par exemple : "Le travail est-il notre lien le plus étroit avec la réalité ?" et "A quoi bon respecter autrui ?").

Nota Bene 3 : cette méthode paraîtra peut-être longue à lire ; certains auront sans doute du mal à ingurgiter tous ces conseils et à les mettre en pratique du premier coup. Il existe des méthodes plus synthétiques et moins "bavardes", dans un sens, que celle qui suit (par exemple, en voici une fort recommandable, malgré sa tolérance pour le plan en deux parties) ; mais elles me semblent présenter un grave défaut : à en dire si peu, elles finissent par soulever plus de questions qu'elles n'en résolvent et le candidat, embarrassé devant ce qu'il prend pour du flou, hésite à exercer sa pleine liberté. Dans le pire des cas, il panique. Très souvent, il finit par s'imaginer que, pour réussir en philo, il lui suffira de "discuter" - et là, il court à l'échec : voyez pourquoi ici.

Nota Bene 4 : une méthode exige d'être mise en pratique. Certains conseils vous paraîtront peut-être superflus, d'autres contre-productifs. Mettez-la donc à votre sauce, cette méthode ! En fait, à vouloir la suivre mordicus, vous échouerez à produire des copies vraiment brillantes. Vous atteindrez l'originalité le jour où vous cesserez de vous obnubiler sur la méthode.


Etape 0 : lire tous les sujets et choisir le sien (15' - 0h15).

Trois sujets (deux de dissertation, un d'explication) vous sont proposés : vous devez en traiter un, et un seul. Choisissez-le donc soigneusement, selon ce que vous vous sentez le mieux capable de réussir. Aussi la lecture préliminaire doit-elle être active. Ne vous laissez pas tétaniser par les questions mais d'emblée opérez des rapprochements avec certaines parties du cours ou certaines auteurs pour vous faire une idée des notions auxquelles la question réfère : voyez pourquoi ici.

Vous choisirez de préférence (1) le sujet portant sur la partie du cours que vous maîtrisez le mieux (vous n'avez évidemment pas fait d'impasse, mais certaines notions vous intéressent plus que d'autres ou ont provoqué chez vous plus de méditations) ; ou bien (2) le sujet qui vous paraît le plus choquant, le plus gênant, ou le plus bizarre (le problème est beaucoup plus facile à déterminer dans ces cas).

Quelques stratégies foireuses. Ne rejetez pas "par principe" l'un ou l'autre des exercices au motif que vous n'êtes pas familiarisé avec la méthode : si le texte vous pose tout de suite un grave problème, choisissez-le même si vous n'avez jamais rédigé de commentaire parce qu'un problème bien compris constitue presque la garantie d'une note correcte. Ne choisissez pas "par prudence" le sujet qui vous paraît le "plus facile" : c'est un piège ! Le problème sera d'autant plus difficile à cerner que, précisément, vous avez l'impression que le sujet est facile - donc ne pose pas de problème.

Petits veinards ! Parmi les sujets, à votre très agréable surprise, il s'en trouve un que vous avez déjà traité pendant l'année, ou dont vous avez déjà lu le corrigé (par exemple ici). Le coup de bol ! Evidemment, dans ce cas, vous choisissez ce sujet, à la double condition (1) que vous ayez compris et bien retenu le corrigé et (2) que vous ne vous contentiez pas de recracher un corrigé-type mais que vous l'ayez mis à votre sauce en approfondissant, en proposant des exemples originaux et pertinents, etc.


Etape 1 : Analyser la question (20' - 0h35).

Vous avez choisi un sujet de dissertation : il faut déterminer le problème avec précision. Certaines méthodes pédantes (pompeusement baptisées "méthodologies") parlent ici de "problématique", mais l'idée est la même.

Ca va peut-être vous paraître bête, mais répondre à une question exige d'abord de la comprendre avec précision. Cette compréhension implique une analyse en trois temps.


1.1. Définir les termes du sujet.
Tous les noms, verbes et adjectifs du libellé doivent recevoir une définition précise et complète. Dans "Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?" plus de la moitié de mes copies négligent la définition du verbe "goûter". Dommage : c'est sur lui que portait l'essentiel du problème !
Voyez ici les vertus des définitions.


1.2. Repérer les relations entre les termes.
Où les termes s'affrontent-ils ? Comment s'affrontent-ils ?
Posons qu'on ait défini "goûter" au sens de "prendre du plaisir à" et "cultivé" au sens "qui possède une érudition livresque". Il s'agit ici de déterminer si, pour jouir d'une oeuvre d'art (c'est-à-dire dans le domaine des sensations, du coeur), on a besoin d'un savoir (c'est-à-dire de quelque chose qui dépend de l'intellect, de la tête). En général, la question ne se pose pas : pour les fraises, les sports de glisse ou le plaisir sexuel, en principe, on n'a pas besoin d'avoir recours à des connaissances théoriques pour y trouver son plaisir. L'affrontement a donc lieu dans le champ précis de l'oeuvre d'art, et il concerne les relations entre les émotions et l'entendement.
Dès ce stade, le problème se préfigure.


1.3. Tenir compte de la forme de la question.
Les sujets de philosophie s'organisent en général selon des formes classiques : le plus souvent, les questions se formulent par "Pour ..., faut-il ... ?", "..., est-ce ... ?", "..., n'est-ce que ... ?" etc. Il convient de tenir compte de cette forme. "Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?" pose bien un problème de causalité : la culture constitue-t-elle la condition nécessaire (mais peut-être pas suffisante) pour goûter une oeuvre d'art ? On pourrait formuler des questions proches en apparence, mais en fait très différentes. Par exemple : "Pour goûter une oeuvre d'art, suffit-il d'être cultivé ?" ; "Être cultivé permet-il de bien goûter une oeuvre d'art ?" ; "Goûter une oeuvre d'art, est-ce se cultiver ?" Des copies qui répondraient à ces questions déviées plutôt qu'à la question posée seraient, de toute évidence, hors sujet.


Etape 2 : Justifier deux réponses antagonistes (5' - 0h40)

Maintenant que vous avez déterminé le sens précis de la question, vous pouvez commencer à y répondre. Une réponse vous vient sans doute tout de suite à l'esprit. Appelons cette première idée "réponse spontanée". Vous ne pouvez pas vous contenter de "oui" ou "non" bornés : il faut justifier. Par exemple : "Non, on n'a pas besoin d'être cultivé pour goûter une oeuvre d'art, parce que l'art parle à l'âme, aux émotions, aux sensations." (L'image ci-contre est (c) 2006 Oregon State University.)

Cette première justification apportée, prenez maintenant une réponse diamétralement opposée (on l'appellera "réponse paradoxale") et justifiez-la aussi. Par exemple : "Oui, il est indispensable d'être cultivé pour goûter une oeuvre d'art, parce que si on ignore tout de ses conditions de production, on ne peut tout simplement pas la comprendre."

Comme vous vous en doutez, ces deux réponses préfigurent votre thèse et votre antithèse. Remarquez ici que vous pouvez parfaitement les intervertir : votre "réponse spontanée" peut être "oui, il faut être cultivé, parce que etc.". En tous cas, ces réponses doivent être de la forme "Ceci, parce que cela".

Cette méthode fonctionne à merveille pour les questions "fermées" - celles auxquelles on peut répondre par "oui" ou "non". Elle est moins commode pour les questions "ouvertes" (auxquelles on ne peut répondre ni par oui ni par non), par exemple : "Pourquoi punir ?" Cependant, là aussi, vous avez certainement un avis sur la question (par exemple : "Il faut punir pour réprimer un acte criminel"), auquel il vous sera possible d'opposer un avis contraire (par exemple : "Punir ne sert qu'à attiser un sentiment de rancune et d'injustice").

Hypergaffe ! Cette étape conditionne tout le reste. Voyez pourquoi ici.


Etape 3 : Rassembler des arguments pour la thèse et l'antithèse (30' - 1h10)

Neuf fois sur dix, le correcteur vous indique en marge "A approfondir". Qu'est-ce que cela veut dire ? Cette annotation signifie que vous n'avez pas assez justifié, ou pas assez examiné, une idée pourtant prometteuse. Il vous faut des arguments pour justifier votre thèse et votre antithèse. "Argument" n'est pas un terme très heureux puisque, outre les arguments proprement dits (les "idées"), le mot désigne aussi les exemples, les références, etc.

Combien ? Au moins vingt-quatre. Pourquoi ce chiffre ? Voyez ici.

Stratégies payantes. En principe, un exemple ou une référence doivent être brefs. S'ils vous demandent plus de quatre lignes, vous dérapez probablement hors sujet. Du reste, vous ne devriez jamais négliger de rattacher chacun de vos paragraphes aux termes mêmes de la question. Combien on trouve dans les copies d'idées pertinentes en apparence hors sujet, faute de lien avec le libellé ! En principe aussi, les exemples et arguments doivent présenter une certaine originalité : voyez pourquoi ici.

Trente minutes pour trouver vingt-quatre arguments et les organiser dans un plan logique : ça devrait suffire si du moins vous avez bien mémorisé le cours. Voyez pourquoi ici.


Etape 4 : Rassembler des arguments pour la synthèse (30' - 1h40)

Eh oui ! Pour les douze arguments nécessaires à la synthèse, il vous faudra autant de temps que pour les vingt-quatre arguments des deux premières parties (les paragraphes de la synthèse s'organisent comme ceux des deux premières parties).

Du fait même de leur difficulté, les questions philosophiques autorisent plusieurs synthèses différentes - vous avez donc le choix. Reprendrez-vous la réponse "spontanée" en concédant une nuance à la réponse "paradoxale" ? Opérerez-vous une ou plusieurs distictions conceptuelles qui montreront l'ambiguité de la question (voyez ici les avantages de cette méthode) ? Parviendrez-vous à une "synthèse" au sens chimique, c'est-à-dire une combinaison des deux réponses initiales ? Montrerez-vous que le problème n'admet aucune solution ?

Toutes les questions n'admettent pas toutes ces solutions, mais en tout état de cause, la synthèse doit faire l'objet d'un choix stratégique : votre pensée s'y révèle pleinement, et vous avez intérêt à la mettre en valeur.


Etape 5 : Souffler (5' - 1h45)

Oui, sortez de la copie. Vous travaillez d'arrache-pied depuis une heure et demie. Insistons : d'arrache-pied. Il s'agit peut-être de l'heure et demie la plus intense de votre baccalauréat, peut-être même de toute votre vie. Vous êtes vidé-e. Quoi de plus normal ?

Par ailleurs, personne ne parvient à maintenir une concentration soutenue pendant plus de deux heures. Selon les dernières recherches, c'est métaboliquement impossible ; et voilà longtemps que les chefs d'entreprises s'avisèrent que, sur une heure de travail, dix minutes sont toujours perdues.

Alors, soufflez. A foncer, nez dans le guidon, quatre heures durant, vous ne vous apercevrez pas que vous dérapez hors sujet, voire que vous déraisonnez. Au contraire, mieux vous serez sorti-e de votre copie, plus évidents vous paraîtront les éventuels défauts de votre plan.

Pour sortir de la copie, alimentez-vous : un fruit, une barre chocolatée, une boisson, ce qui vous plaît, pourvu que ça vous aide à penser à autre chose (aux vacances, au bouquin que vous êtes en train de lire - ou d'écrire ! - à votre copain-ine, à Anakin Skywalker, bref, à n'importe quoi qui ne soit pas philosophique et qui ne vous ramène pas au bac).

(La géniale photo de plage ci-dessus est de Tristan Nitot, (c) 2006
Sous licence Creative Commons BY-NC 2.0.)


Etape 6 : Vérification du plan (15' - 2h00)

Le recul critique sur son propre travail prouve la pensée philosophique. Il est encore temps de changer votre plan, d'évacuer une idée qui vous paraît hors sujet. N'hésitez pas à y procéder : cela arrive aux meilleurs (à vrai dire, les meilleurs rectifient toujours leur plan à cette étape).

En particulier, vous devriez vous assurer que :
- chaque idée-force répond à la question ;
- chaque idée-force se situe à la bonne place (qu'aucune idée-force de la thèse ne se trouve en antithèse, par exemple) ;
- chaque idée-force est justifiée ou approfondie ;
- chaque exemple ou référence s'accompagne d'une explication et d'un lien avec le sujet.

Remarquez que, si vous avez suivi les conseils jusqu'ici, que vous ne pouvez pas avoir produit de "plan-miroir" (du type : "I/ Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ? II/ Qu'est-ce qu'être cultivé ? III/ Pour goûter une oeuvre d'art, faut-il être cultivé ?"). De toute évidence, dans un tel plan qui démantibule le sujet, seul le III répond à la question. Il faut donc le fuir coûte que coûte (avec deux parties hors sujet, vous êtes évidemment noté-e sur 7 points maximum...).

Tout va bien : voilà environ deux heures que vous travaillez et vous n'avez toujours rien écrit sur votre copie. C'est normal. Pas de panique : de toute façon, maintenant, vous disposez d'un plan en bonne et due forme. Ce repère des deux premières heures d'épreuves ne devrait pas beaucoup varier : tout au plus pourrez-vous gagner quelques minutes sur la revue de votre plan ; mais en principe, si vous avez fini votre plan en moins d'une heure trente, vous pouvez être à peu près sûr-e qu'un aspect important de la question vous a échappé (sauf, évidemment, dans le cas où vous avez déjà traité le sujet...).

Attention ! Vous entrez dans la troisième heure d'épreuve : l'heure de tous les dangers !


(Ci-dessus, Harrison Ford interprète Indiana Jones dans Les aventuriers de l'arche perdue de Steven Spielberg.)

Etape 7 : Rédaction du développement (60' - 3h00)

Voilà deux heures que vous travaillez. Vous êtes fatigué-e. L'attention se relâche. Raison pour laquelle, à ce stade, vous ne devriez plus fournir aucun travail intellectuel exigeant. Au contraire : votre plan vous guide comme sur des rails. Laissez-vous porter : il suffit de rédiger, en cherchant si possible l'expression juste. Vingt minutes par parties devraient vous suffire.

Attention ! Pensez à laisser une bonne page pour votre introduction (que vous écrirez en dernier).

Candidats au baccalauréat, de grâce, aérez vos copies ! Respectez une ligne blanche entre chaque paragraphe, trois entre chaque partie. N'imaginez pas que les pavés bleus attirent l'oeil ou donnent une impression de solidité, au contraire : rien de plus éprouvant pour le correcteur.

Stratégies foireuses
. Voyez ici.

Stratégie hyperfoireuse. En général, c'est pendant cette troisième heure que surgit tout à coup dans votre crâne "l'idée géniale" qui vous avait échappée jusqu'alors. C'est un piège ! Neuf fois sur dix, si cette idée vous paraît si fraîche, si originale, si séduisante, c'est au fond parce qu'elle est hors sujet. A vouloir à toutes fins l'insérer dans votre propos, vous n'arrivez, le plus souvent, qu'à le fausser. Défiez-vous de cette sirène de la troisième heure, et restez sourd à ses chants. Au pire, notez-la sur un bout de brouillon : vous y reviendrez après l'épreuve. Oui, parce que la philosophie ne s'arrête pas à l'épreuve du bac. Une fois qu'on y tombe, c'est pour toute la vie.


Etape 8 : Soufflez de nouveau (5' - 3h05)

Comme à l'étape 5. Relaxez votre malheureux poignet qui cravache depuis soixante minutes !


Etape 9 : Rédaction de la conclusion (10' - 3h15)

En principe, conclure la copie de philosophie ne pose guère de difficultés. Il s'agit simplement de tirer la leçon du parcours intellectuel suivi. On était parti d'un problème (dont on rappellera habilement les termes), on arrive à un semblant de solution : fêtons-la dignement, si possible avec panache. Quelques lignes suffisent en général ; mais n'oubliez pas que la conclusion constitue le dernier moment de la correction, juste avant la notation. Laissez, s'il vous plaît, un bon souvenir au lecteur !

Stratégies foireuses. Voyez ici.

Enfin, certaines méthodes recommandent d'ouvrir la conclusion sur une nouvelle question qui inviterait le lecteur à poursuivre la réflexion. Le procédé a de quoi séduire. Bien manié, il achève la dissertation avec un rare brio. Pourtant, je le déconseille aux débutants : neuf fois sur dix, la question finale est soit hors sujet (et dans ce cas elle n'a rien à faire dans la copie, pas plus en conclusion qu'ailleurs), soit tellement pertinente qu'elle méritait un traitement dans le développement (et quand il s'agit précisément du problème, on imagine les regrets du correcteur !).


Etape 10 : Rédiger le brouillon de l'introduction (20' - 3h35)

Si la conclusion constitue le dernier moment de la lecture, au contraire l'introduction sert de premier contact avec la copie. Il faut donc la soigner plus que tout autre passage : raison pour laquelle je conseille de l'écrire en tout dernier. Vous ne pouvez pas vraiment écrire une introduction engageante avant de savoir ce que vous allez dire (donc avant d'avoir vérifié votre plan à l'étape 6) ; et par ailleurs, si vous vous avisez d'écrire le brouillon de votre introduction au début de la troisième heure, c'est-à-dire au moment où l'attention faiblit, vous risquez de produire une introduction très médiocre. Au contraire, dans la quatrième heure d'épreuve, la fin du temps réglementaire approchant, le stress vous permet de remobiliser vos facultés - à condition que vous ayez soufflé et que vous vous soyez alimenté : si votre corps crie famine, votre cervelle ronronne.

Une bonne introduction a pour fonction d'introduire le problème - encore une fois, d'en montrer la réalité, l'intérêt et l'urgence. Aussi une bonne introduction est-elle rapide - bonne parce que rapide.

Comment s'y prendre ? Le mieux est encore d'en revenir aux réponses initiales ("spontanée" et "paradoxale"). La première montre que la question semble recevoir une réponse évidente, laquelle est aussitôt mise en doute par la seconde : à la certitude succède le soupçon. Déjà, nous savons que nous faisons de la philosophie, et pas un exercice creux. Complétons aussitôt cette difficulté par l'exposé de ses enjeux fondamentaux : qu'avons-nous à perdre, dans cette histoire ? La dimension de la question ainsi exprimée, il ne reste plus qu'à poser le problème aussi clairement que possible. Le cas échéant, l'introduction peut se compléter d'une annonce de plan, pourvu que celle-ci ne soit pas trop lourde, et qu'elle ne dévoile pas l'issue du combat dès l'abord (sinon, à quoi bon écrire les quatre pages qui suivent ?)

Par exemple : "Puisqu'elle parle aux sentiments, l'oeuvre d'art semble universelle (réponse "spontanée") ; pourtant, elle émerge de circonstances socioculturelles précises, qu'elle véhicule toujours en partie avec elle, et qu'il faut connaître pour la comprendre (réponse "paradoxale"). Doit-on alors refuser aux ignorants la jouissance face à l'art ? (exposé des enjeux) La sensation de plaisir tirée d'une oeuvre d'art présuppose-t-il sa compréhension intellectuelle, et cette dernière dépend-elle de connaissances sur ses conditions de production ? (problème)"

Une extrême méticulosité doit être apportée à l'écriture de l'introduction. Plus qu'ailleurs, il faut trouver le mot juste, la formule nette, le tour élégant, la continuité fluide de la réflexion. N'hésitez pas à passer cinq minutes à peaufiner chaque élément de l'introduction, pour les livrer de la manière la plus ramassée, la plus dense et la plus exacte possible.

Stratégies foireuses. Voyez ici.


Etape 11 : Recopier l'introduction au propre (10' - 3h45)

Aucune difficulté ici : il suffit d'écrire lisiblement.


Etape 12 : Relire (15' - 4h00)

Que de copies à la limite de l'indécryptable ! Que d'écritures à la limite de l'indescriptible ! De grâce, relisez-vous et n'allez pas imaginer que vous avez le français infus !

Se relire ne consiste pas à meubler les dernières minutes d'épreuve en parcourant distraitement la copie. Il s'agit d'un travail actif en trois temps.

- Vérifiez le style. Avez-vous, chaque fois, employé le mot juste et la tournure correcte ? N'avez-vous pas commis de faute de syntaxe ?

- Vérifiez l'orthographe. Au moins le minimum : des confusions sur a ou à, sur est ou ait, ne sont pas admissibles en Terminale. Pour rappel, la philosophie exige une maîtrise de la langue supérieure à celle d'un élève de Quatrième. Le cours sur le langage devrait vous persuader que l'on ne peut pas philosopher dans une prose confuse et incorrecte. Vous vérifierez donc systématiquement les accords de l'adjectif avec le nom qu'il qualifie, la conjugaison du verbe avec son sujet, l'orthographe des termes philosophiques (prenez garde au h de rhétorique) et des noms d'auteurs (surtout Nietzsche, Galilée et Heidegger). Ce processus s'avère sans doute fastidieux (il faut, eh oui, s'arrêter à chaque mot, ou presque), mais songez qu'une expression truffée de fautes peut vous ôter jusqu'à deux points : il serait dommage que ces questions de forme vous fassent chuter sous la moyenne.

- Vérifiez que tous les mots soient lisibles. Commencez par fuir les encres exotiques (jaune paille, turquoise des îles, vert pomme, et surtout le rouge - comment voulez-vous qu'on vous corrige ?). Méfiez-vous aussi des effaceurs qui non seulement effacent l'encre normale, mais parfois aussi absorbent le mot écrit au verso, voire l'encre de rectification fournie avec l'effaceur. Transformer votre copie en bas-relief de plâtre grâce au correcteur blanc n'est pas toujours, non plus, une excellente idée (une simple biffure à la règle est souvent plus élégante). Nombre de correcteurs souffrent de myopie. Ce n'est pas une raison pour choisir une écriture de débutant du type trois mots par ligne, mais de grâce, assurez-vous qu'on parvient à faire la différence entre vos n et vos u, entre vos r, vos e et vos a, ce que les écritures rondelettes, hideuses mais à la mode (veut-on imiter l'onciale romane ?), compromet gravement.

Vous estimerez peut-être injuste que ces considérations formelles puissent vous coûter des points. Vous vous trompez. La présentation cochonne d'une prose fautive dans une syntaxe barbare en dit long quant au soin apporté à la copie. Par ailleurs, la forme et le fond se confondent dans le message. Le vers de Baudelaire : "Il est des parfums doux comme des chairs d'enfant" signifie exactement : "Certaines odeurs agréables ressemblent à de la viande de jeune." Qui prétendra identiques ces deux phrases ? Souvent, de telles différences formelles expliquent des écarts de notation entre deux copies prétendument "pareilles". Les mêmes arguments dans le même ordre ne suffisent pas à garantir la même note.
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Bibi 03/08/2017 17:53

Excellents conseils. Merci pour cette aide précieuse !

Nymphadora 24/11/2009 22:06


Et bien merci pour ces précieux conseils !!!


alizée 15/06/2008 18:27

méthode trés intéresante et compléte merci beaucoup pour cette aide si précieuse!!!!!voilà toutes les clef de la réussite!! enfin j'espére

Margaux 24/05/2008 15:36

Un immense merci pour cette méthode très explicite et compréhensive,pour une pauvre (et desespérée)élève de terminale Littéraire....Le destin aura enfin accepté que je trouve votre site à moins d'un mois du bac,cela me portera peut-être chance!!!!Merci!

un étudiant en terminale 24/03/2008 20:54

merci beaucoup pour votre méthode , qui en plus d'être complète n'est pas du tout pompeuse et trés vivante .